27 juillet 2011

Les Alchimistes

de Kathleen Cromie
Traduction de l’anglais Claire Duvivier
Mise en scène Stéphanie Campion
Avec Zoé Besmond de Senneville et François Rimbau
Cette pièce qui fait se rencontrer Jeanne d’Arc et Jean Moulin à la veille de leur mort respective s’intitule ‘Communion of Saints’.Le titre français nous fait passer de la notion de communion et de sainteté à celle d’alchimie quand le résistant français héroïque s’adressant à Jeanne condamnée par l’Eglise pour alliance avec le diable et à la veille de périr sur le bûcher lui déclare : « Vous n’êtes pas une sorcière, vous êtes une alchimiste ». Il dit encore « ceux qui croient en Dieu sont plus dangereux que ceux qui n’y croient pas »… mais que ne dira-t-il pas !
Début avec détonations, Lui sous un chapeau et dont l’ego semble vite hyper-dimensionné et Elle en tunique et pantalon, large ceinture et chaussures pour randonneuse. « Je suis le prisonnier qui occupe cette cellule, vous êtes sainte Jeanne d’Arc »… « vous êtes une vision de la France qui survit ». Le ton est donné et la confrontation touchante jusqu’à en être désopilante de ces deux personnages-héros et héroïne se fera sur fond de séquences de musiques suaves, classiques ou non, ou encore intempestives du genre pour films. Il y aura même du jazz. Jean Moulin qui joue le prof à l’occasion (parce que son père était professeur d’histoire) : « Ça c’est du jazz ». Jeanne n’est même pas interloquée, elle est parfaitement ailleurs. Noirs, détonations. Leurs relations se font plus chaleureuses, ils se tombent dans les bras, s’embrassent très tendrement. Jeanne : « Je ne peux pas vous protéger ». Lui l’interroge impudiquement sur ses rapports avec son propre corps. Elle ne semble pas concernée. Nouveaux bruits d’avions, elle est seule et va rechercher la bougie qu’elle tenait à la main au début de la pièce, la rallume, s’assoit. Lui soudain dévale sur le dos des escaliers côté cour et se retrouve à ses pieds. Avant que tout ne se termine, il y aura eu des très jolis moments : « Quand avez-vous ressenti la présence de Dieu ? »
Dans cette très grande salle la mise en scène est succincte et le décor avec matelas évoquant peut-être aussi le divan d’un psychanalyste est minimaliste. Les déplacements des interprètes le sont tout autant. Que penserez-vous de ce parti-pris ?
Zoé Besmond de Senneville, charmante jeune comédienne est une Jeanne d’Arc attendrissante, parfois au ‘premier degré ’mais toujours sans complaisance. Face à elle François Rimbau faisant mine d’être presque empêtré dans ce que l’auteur et la metteur en scène font de ‘son’ Jean Moulin, s’emballe par moment...
Théâtre du Nord-Ouest, cycle Sartre Camus De Gaulle et la politique. Dates et réservations : 01 47 70 32 75