26 juillet 2011

L’insomnie du Prince de Conti

Libre adaptation du « Traité de la Comédie et des spectacles » de Conti
Gabriel Debray et Vincent Viotti
On connaît le rôle du Prince de Conti (1629-1666) dans la carrière et la vie du jeune Molière (1622-1673) qu’il avait connu au Collège de Clermont et qu’il invita à séjourner avec son « Illustre Théâtre » à Pézenas, et dont il patronna la compagnie vers1650 quelques années avant de le désavouer, sous l’influence de l’abbé Rouquette. Conti était un libertin fort peu croyant que l’ecclésiastique, le sachant atteint de la syphilis voulut remettre à temps dans le droit chemin et fit adhérer aux recommandations d’une église qui excommuniait les théâtreux. « Pour changer leurs moeurs et régler leur raison, les Chrétiens ont l’église et non pas le théâtre ». Il est « intrigues scandaleuses » et « tout y respire l’impureté ». Donc Dieu, le diable, la miséricorde et l’hypocrisie. Sur la scène, installé en biais un vaste lit d’époque Louis XIV stylisé, avec petites fleurs de lys peintes sur son montant face public et ses tentures obligées.
Musique d’époque également, lumières: le personnage qui y est installé entre coussins et draps, est effectivement la proie d’une succession de mini-cauchemars dont il émerge de plus en plus perplexe. Donc les pièces de ce Jean-Baptiste, son aîné de peu… et soudain le voila devenu tour à tour Arnolphe interrogeant Agnès, Agnès elle-même, Tartuffe faisant sa déclaration scandaleuse à Elmire, et Dom Juan avouant son imposture à Sganarelle qui en est à la fois aussi conscient qu’effondré .
Vincent Viotti tournaille dans le lit, se gratte, prend un flacon, en boit le contenu, s’éponge le visage, s’assoit, se lève, descend sur la scène. Il est en chemise mi-longue puis endosse une veste élégante et encore un long manteau noir de cérémonie. Il se recouche pour empoigner ce large cahier qui est son testament, il y écrit, nous lit les choses généreuses qui y figurent rendant ce personnage complexe et fascinant. Il tire les quatre rideaux les uns après-ou-avant les autres, et s’adresse à nous depuis l’avant-scène. « N’est-ce pas une chose honteuse d’honorer les comédiens de votre approbation et de vos applaudissements en frappant des mains que vous venez d’élever pour invoquer le nom de Dieu ? ». « Fuyez les théâtres…Fuyez. » Lui-même quitte le plateau. Le comédien maîtrise si bien le texte et le rôle, qu’après avoir vu la pièce assis côté jardin, nous avons eu envie de la revoir, côté cour cette fois, et qu’elle nous a fascinés plus encore.
Depuis sa création saluée par Gilles Costaz dans l’Avant-Scène Théâtre en janvier 2009 ce spectacle se redonne régulièrement. Il vous est proposé à Paris dans le cadre des Nuits d’Eté de ce lieu somptueux qu’est l’Hôtel Gouthière.
Hôtel Gouthière, 6 rue Pierre Bullet, Paris-10ème, métro Château-d’Eau.
Jusqu’au 9 août, mardi, mercredi à 20 heures, samedi et dimanche à 18 heures. Réservations : 01 46 36 11 89