15 juillet 2011

Molière sur le divan

d’après Molière et Freud (comédie monstre)
Ecriture et mise en scène de Michelle Brûlé, scénographie et costumes de Claire Chérel
Le titre, ce d’après Molière et… racole un peu, mais à côté de Molière et de Freud aurait envoyé aux catacombes ce spectacle que votre arrière-grand-mère qui en cachette de ses parents avait lu Freud aurait qualifié de ‘tordant’. Tordant parce que présentant des ‘tordus’ n’est- ce pas ? Ces obsédés libidineux, névrosés et autres hyper-hystériques démasqués par ce Sigmund que leur descendance a découverts en classe de philosophie terminale mais que Poquelin nous avait fait fréquenter au lycée.
La compagnie Malomains, (applaudir frénétiquement et comme devant un musée faire une queue insensée pour, à leur sortie de scène, pouvoir serrer celles des comédiens) nous offre un divertissement en noir et blanc. Donc blancs : les panneaux d’étoffe derrière lesquels gesticulent systématiquement des médecins aux silhouettes noires avec becs de faucons et nez pour médecins moliéresques reniflant la pestilence de leurs patients. Ils sont six comédiens: un monsieur d’âge respectable, tenue blanche mi-uniforme d’infirmier, mi-salwar kamiz, plus un jeune homme à cheveux longs au visage mélancolique pour Saint-Suaire, et quatre femmes qui gigotent : mère, fille, sœur, belle-mère ou tante, visiblement toutes très atteintes. Mène la danse la soubrette Toinette en courte robe noire, tablier et dessous blancs, voix et sourire gracieux. La mayonnaise prend avant même sa première moutarde.
La table centrale : divan du psy, est revêtue de nappes soyeuses ; défricotées l’une après l’autre, une d’entre elles passera au rouge. Les messieurs, en caleçons et torses nus s’y feront fricoter, l’homme aux cheveux longs y hurle, gémit, et les dames en robes avec hauts en dentelles de même. Le jeune homme triste aux cheveux longs tousse, hurle, et derrière les panneaux-pendrillons ça s’embrasse et ça s’embrase.
« Marier ma fille à son médecin » : cher vieil Argan allez donc consulter pendant que nous hurlons de rire, et ne vous inquiétez surtout pas, votre catharsis est tout-à-fait envisageable.
Quand Claire Chérel, directrice artistique, scénographe et meneuse de jeu fait mine de rendre son tablier, nous sommes au tapis et ravis comme vous le serez aussi.
Le Lucernaire, jusqu’au 27 août, du mardi au samedi à 18h30. Réservations 01 45 44 57 34