03 juillet 2011

Par la fenêtre ou pas !

de Pierre Notte
Mise en scène de Antoine Humbert assisté de Raphaëlle Spagnoli
Pas de « Petites dames (remontant) vers le nord » mais dans le compartiment d’un train ordinaire des voyageurs, vrais partenaires ou faux couples, d’âges divers, venus d’horizons et milieux différents qui ont choisi Venise pour destination. Ils souhaitent y vivre ou revivre des idylles. Le sémillant contrôleur en uniforme SNCF les a pris en charge, mais son métier est à risques, puisqu il peut se faire récupérer par un ou plusieurs d’entre eux et se voir décrété leur confident, la nuit ou à tout autre moment de leur mal-être. Pour se tirer d’affaire il a décidé de s’affaler à terre ou de tomber dans les pommes à chaque fois.
Pièce truculente, surréaliste à en donner le tournis, elle a peut-être été inspirée à l’auteur par des comédiens en cours de formation qu’il sait si bien observer ; peut-être aussi par les ‘impros’ au départ de ces créations dites collectives qui nous ont valu, entre autres, les pièces de Shakespeare.
Ces jeunes gens et jeunes filles qui se confient deux par deux ou un par un cernés par un projecteur, ont l’impression que leurs parents d’abord, leurs partenaires ou conjoints et éventuellement le monde entier se sont souvent ‘foutus’ d’eux. (Pierre Notte est responsable de ce jubilatoire « J’existe, foutez-moi la paix »). Chacun tente de faire le point tandis que le train les emporte. Il calera en Suisse, vrai no man’s land, pays de lacs trop tranquilles qui en mai est encore sous la neige. Tout s’y fige, donc… pause.
Chaque personnage se raconte et re-raconte ses rêves, ses regrets ; tous ont des obsessions, des univers prosaïques, drôlatiques ou les deux.
Mais côté mise en scène : ça bouge vite, utilisation de coffres empilés, désempilés, ré-empilés devenant le bar du train et aussi les toilettes du compartiment où chacun et chacune ose se confesser. Des sacs de voyage, cuir et faux-cuir, auquel chacun est attaché contiennent les réponses aux questions qu’ils n’osent pas toujours se poser et qui se matérialiseront sous forme de copeaux noirs jonchant le plateau ou atterrissant dans la salle.
Ça s’emballe, outre le contrôleur une fois de plus K.O. allongé à l’avant-scène, la diva pharamineuse en jupe à cascades de volants qui mène le jeu se retrouve au tapis et s’y fait enjamber par une jeune partenaire.
Antoine Humbert qui co-signe la mise en scène délirante avec Raphaëlle Spagnoli joue cette immense « Vénitienne » bête de scène réjouissante aux sourcils clownesques et lèvres quasi-bogdanoffiennes qui en fait quinze tonnes mais chante à ravir. Ses camarades de la «Simone et compagnie» sont tous au diapason.
La Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi, samedi à 21 heures.
Les dimanches à 17 heures. Jusqu’au 31 juillet. Réservations: 01 42 33 42 03 et manufacturedesabbesses.com