01 août 2011

Autour de la Folie

Avec Arnaud Denis, textes de Maupassant, Flaubert, Shakespeare, Michaux…
Lumières Laurent Béal
Deux chaises face à face, l’homme descendu du fond de la salle est monté sur la scène et s’y exprime en anglais. « What is real and what is not real ? », il parle de « medical définition » et d’une éventuelle « médication ». Pieds nus il est vêtu de blanc : chemise et pantalon de coton. Il s’est assis sur la chaise côté cour, sa jambe gauche tremblote et il semble être soumis à l’interrogatoire d’un psy-quelque chose : « Je vivais comme tout le monde » … « Vous n’avez pas l’air de comprendre » « J’ai peur de tout ». Très vite des bruits affolants, la lumière vacille, il est face public. Musique pour film d’horreur et puis… noir.
Arnaud Denis qui dit vouloir défendre des textes charpentés, subtils et poétiques, est d’abord synonyme de tonus, mais surtout d’efficacité et d’énergies peu communes. Il bondit et rebondit, accroche le spectateur, le met mal à l’aise, le fait vibrer, vivre, revivre et remonter à l’assaut des médiocrités, des choses non faites et non dites par tant de camarades moins jeunes mais prestigieux qui sont censés servir le théâtre, vivre par et pour lui. Il a choisi des textes de Maupassant : « Lettres d’un fou », des extraits de Flaubert : « Mémoires d’un fou », et puis encore Michaux, Shakespeare, Karl Valentin. « Pourquoi es-tu né ? »… « Tu es libre parce que tu as une âme ». Le voilà affublé de chaînes qui cliquent à tout va et le relient au décor. Il transpire, hurle, a des gestes violents. « Prend garde à toi, tarentule noire ». Il s’allonge, halète. Pendant les noirs les deux chaises du début ont été remplacées par des petites miniatures, genre jouets d’à peine dix centimètres. « Hier, mon père m’a écrit »… « La crampe de l’écrivain », mais… rue du Cherche-midi, dans un « café à oiseaux ». Et puis il hurle : « Quitter la vie par la mort… ». Noir encore. Le re-voilà avec un long bâton lui confisquant les bras et un air de crucifié. « Mes bras paralysés »… « Ne parlez-pas de ma colonne vertébrale ». Il a hurlé encore. Re-noir. Cette dernière fois il est assis sur une vraie chaise, chante tendrement et rit. Et Francis Blanche est là : « Ça tourne pas rond dans ma p’tite tête, des fois j’ai des drôles d’idées. Valses de Vienne, merci Monsieur Freud qui étiez autrichien, n’est-ce pas ?
Inutile de recourir à des adjectifs superlatifs pour vous dire un bien infini de ce spectacle donné au Lucernaire.
Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 20 heures jusqu’au 16 octobre. Réservations: 01 45 44 57 34