24 septembre 2011

La Papesse américaine

adaptation de Robert Poudérou d’un pamphlet d’Esther Vilar
Mise en scène de Thierry Harcourt, avec Nathalie Mann
La reprise de ce spectacle donné à nouveau au festival d’Avignon cet été avec un rare bonheur, se fait à Paris dans un des théâtres qui prennent des risques programmant des auteurs contemporains qui dérangent, voyez  Louis-Ferdinand Céline ou Stefan Zweig.
Quid de cette papesse Jeanne des années 850 ? Déguisée en homme, cardinal puis pontife suprême, elle aurait malencontreusement accouché en public d’un enfant dont le concepteur serait un homme d’église. Sacrilège, enfer et damnation ! L’Antéchrist n’est pas loin. Evoquant cette légende, ceux qui haïssent l’Eglise Catholique Romaine jubilent depuis douze siècles et tant d’auteurs nous ont donné leur version de l’imposture. Robert Poudérou, certainement ‘engagé’, a aimé adapter ce pamphlet d’Esther Vilar, auteur allemande de pièces, romans et essais qui interpellent.
Une Jeanne américaine, vient d’être élue pontife suprême : nous sommes en 2040.
Mais le Christ dans tout cela, Jésus de son vrai nom? Auriez-vous tonitrué ou déliré quand on vous catéchisait  parce que vous vous disiez que cet enfançon-roi avait dû, comme les autres, salir ses couches, se mettre les doigts dans le nez et qu’adolescent il aurait pu avoir des… pulsions?
Sacrilèges et insolences de sale gamin. Le défi de la Papesse américaine du 21ème siècle est d’un autre ordre ; elle nous convie à réfléchir aux anciennes frustrations des femmes mais nous confie aussi ses vérités, ses doutes. Et d’abord elle juge que le Christ ne pouvait être qu’ « athée…tout du moins agnostique. Vous voyez un croyant se prétendre le fils de Dieu ?  Il aurait eu trop peur de sa vengeance ». Nathalie Mann, aussi élégante dans sa longue robe noire que dans sa tenue blanche papale avec ou sans tiare, vous dérangera.
Théâtre Essaïon, jeudi, vendredi, samedi à 20 heures, jusqu’au 14 janvier. Réservations : 01 42 78 46 42