21 septembre 2011

Les Troyennes

d’Euripide, adaptation de Jean-Paul Sartre
Mise en scène de Céline Bédéneau, assistée de Lucien Czarnecki
Avec Antoinette Guédy, Ophélia Grimm, Marine de Guouvello, J-D Petlletier, Romain  Martin, Isabelle Ehrard, Ionna Jarda, Marine Delors, Eve Aziza, Elodie Lamda, Béatrix Malhis, Jessica Perrin.
Quatorze personnages dont trois masculins, soit le dieu Poséidon juché sur un escalier arborant un masque genre « d’époque » qui donne le coup d’envoi et sera là pour épiloguer et ordonner la fin d’un match-séquence atroce, et deux Grecs du genre génocideurs parfaitement ignobles. En 1965 Sartre règle des comptes dont il est très probablement persuadé qu’ils sont aussi les siens puisque ce sont ceux de sa génération. Donc, nous avons Poséidon, la vieille reine Hécube, Cassandre la fille de cette dernière dont les prédictions sont sinistres. Andromaque veuve d’Hector, également fils d’Hécube, tient son petit Astyanax  dans les bras ; il lui sera arraché pour être supprimé. Mais « où mène la mort terrestre ? » demande sa mère.
Massacre prévisible de ces veuves de guerriers abandonnées des dieux puisque leurs hommes n’étant plus là, elles sont vouées à devenir des esclaves, des zombies, bref du bétail. 
En longues tuniques aux couleurs tendres ou vives, ces jolies jeunes femmes véhémentes scandent leur texte douloureux, mais évoluent et dansent avec grâce. Elles se font plaquer au sol violemment par leurs tortionnaires qui réapparaissent régulièrement sur le plateau en claquant de leurs mini-bottes. Gémissantes elles sont alors réveillées par la redoutable et impériale douairière Hécube qui arpente la scène canne à la main. Il y a, dieux merci, cet épisode onirique où Euripide - alias Jean-Paul - demande à ses choristes de revivre un épisode où elles auraient été toutes vraiment heureuses : c’est une jolie bulle à l’avènement lent.
Rythmes, ruptures de rythmes, sons, musiques, mouvements, déplacements sont intéressants, la mise en espace et les lumières sont belles. Les comédiens sont touchants. L’utilisation de l’escalier central de cette scène étrange est une fois encore capitale.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de la saison Camus, Sartre, De Gaulle et la Politique, jusqu’en décembre 2011. Dates et réservations : www.TheatreDuNordOuest.com et 01 47 70 32 75