17 septembre 2011

L’Italienne

Pièce d’Eric Assous
Avec Astrid de Saint Exupéry et Eric Rolland, mise en scène de David Garcia.
En ce début de saison Les Conjoints d’Eric Assous à l’affiche au Théâtre Tristan Bernard est qualifié par la critique du Figaro de « comédie sentimentale de la rentrée », qui a « tous les ingrédients du succès ». Et à la charmante Manufacture des Abbesses David Garcia met amoureusement en scène cette Italienne qui est ce que nous avons vus récemment de plus fin, de plus abouti, de plus tendre, bref de plus bouleversant.
Au théâtre une ‘Italienne’, c’est donc une répétition qui n’en est pas vraiment une parce que les comédiens débitent le texte sans le jouer, techniquement, pour la mémoire.
Au centre de la scène deux fauteuils plus qu’ordinaires et contigus jouent au canapé. À jardin et à cour des panneaux évoquent vaguement le monde extérieur. Le metteur en scène ne s’encombre pas de détails et nous y sommes immédiatement sensibles parce qu’il se concentre sur les comédiens, le texte et son auteur qu’il aime.
La situation de départ ? Franck, auteur, metteur en scène et également comédien a engagé une jeune actrice, Muriel, pour jouer le rôle féminin de sa plus récente pièce, une catharsis : en effet il vient de rompre avec celle qui. . bref, celle que… Muriel en quête de rôles n’a pu qu’accepter.
Tout ce qui semblait si clair et bien défini au départ va basculer heureusement et vous n’y verrez que du feu ; ça ne sera pas vaudevillesque. Quand la jeune femme est-elle la comédienne en répétition, quand devient-elle si, très, ou trop proche de son partenaire-et-patron ? Elle entre, sort de scène, ré-entre, re-sort, encore et encore. Qui est-elle à chaque fois : le personnage, la comédienne, la partenaire ou plus encore ? Seul, Franck est au téléphone avec une maîtresse ; Muriel entre et à sa demande elle lui raconte ce qu’il en est de ses rapports chaotiques ou précaires avec son homme. On enchaîne, on reprend… La mise en scène les fait se tomber dans les bras, mais le metteur en scène avoue avoir demandé à ses comédiens de « dire des mots et de penser l’inverse ». « La femme dit qu’elle part mais veut être retenue et l’homme veut qu’elle reste mais fait tout pour qu’elle parte  parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement ». On sait de moins en moins s’ils répètent ou s’ils ne jouent plus. Eux non plus, et tout cela jusqu’à la fin de la pièce qu’on souhaite voir arriver de plus en plus tard, tant elle fascine et vous prend aux tripes.
Astrid de Saint Exupéry, jeune comédienne gracieuse est une ingénue bouleversante aux yeux de rêve ; son partenaire Eric  Rolland, carré, au bon charisme se veut rassurant, mais il se laisse joliment  perturber pour notre grand plaisir. On voudrait que la pièce ne se terminât jamais.
La Manufacture des Abbesses, jusqu’au 8 octobre, du mardi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 42 33 42 03