30 octobre 2011

L’importance d’être Wilde

de Philippe Honoré
Mise en scène de Philippe Person, avec Anne Priol, Emmanuel Barroyer, Pascal Thoreau.
A jardin un canapé rouge et convivial, mais à cour des chaises noires : soit les deux pôles de la vie d’Oscar. Pile : l’aisance, le charme, le prestige et le confort de l’écrivain reconnu, homme chatoyant à l’élégance provocatrice, sorte de prince (n’a-t-il pas été prénommé Oscar en l’honneur de son parrain le roi de Suède) et dont les mots d’esprit insensés, provocateurs fusaient en permanence. Face : le tribunal et la prison, lieux d’un exil lent bien que d’une durée de deux ans, mais parfaitement mortifère.
Musique irlandaise. Ils sont  trois sur scène, deux hommes : Oscar et son jeune amant Bosie, et la tonique Mrs Wilde, épouse et mère admirable mais qui selon lui deviendra « difforme et les traits tirés » sans jamais trahir l’homme qu’elle aime et admire. Pour éviter d’entendre dire du mal de son mari, Constance Wilde s’expatriera.
« Chaque homme tue ce qu’il aime » est une référence à la geôle de Reading où Oscar prisonnier, pieds entravés, autorisé quelques instants chaque jour à contempler « la petite tente bleue qui est le ciel pour les prisonniers », côtoya ce Charles qui allait être exécuté pour avoir égorgé sa femme. Petit à petit ce spectacle qui se veut « multiforme », partition brillante et rapide composée d’épisodes de pièces côtoyant des extraits de contes de l’auteur -  entrecoupée d’aphorismes cocasses et de confidences des  hommes remarquables qui ont eu la chance de le rencontrer - devient plus philosophique puis pathétique. Le rythme se ralentit. Wilde considère qu’après l’épisode de la prison son existence a culbuté, ce que l’auteur nous fait parfaitement sentir.
« Le péché »…  « La moitié de l’humanité ne croit pas à Dieu »… « J’ai assez vécu ».
Depuis longtemps la salle a cessé de rire, et l’émotion des spectateurs fait écho à la consternation d’Oscar.
Les trois comédiens touchés et touchants servent brillamment le texte remarquablement intelligent de Philippe Honoré.
Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 17 heures. Réservations : 01 42 22 26 50