07 décembre 2011

L’écume des jours

de Boris Vian
Mise en scène Béatrice de La Boulaye, adaptation Judith Davis
Avec Blandine Bury, Hubert Delattre, Cindy Doutres, Romain Vissol, Nicolas Guillot, Marie Hennerez. Piano et bruitages : Pierre Gascoin.
D’après ce roman qui à sa parution fit un joli flop, bien qu’à la grande époque de Saint-Germain-des-Prés Boris était partout à la fois.
Un piano bien sur, et au centre de la scène des coffres-cubes aux couleurs primaires recouverts de plastique. Les comédiens s’y installent ou se jettent dessus. Eux sont en collants à rayures ; se déshabillant et se rhabillant ils arborent des tenues aux vestes dont les manches se détacheraient facilement. Les comédiennes ont d’abord leur brochure à la main, pour nous faire comprendre qu’on est en répétition ; la vie n’étant que cela puisque la mort serait la première vraie mise en scène de l’existence. Ce roman (soixante-huit chapitres soit deux cents pages) a été écrit à l’âge de vingt-cinq ans par un Boris qui sentait qu’il ne vivrait pas très longtemps. Sur les planches ça danse et ça swingue : « love is love » façon Beatles ; s’ensuivent des bruitages drus. Accessoires archi-colorés et de plus en plus de déguisements aussi grotesques que rocambolesques. A l’arrière-plan un demi-écran de cinoche, Vian ayant disparu des nôtres après son passage dans une de ces salles obscures où il aimait se retrouver face à un certain lui-même. Mais « La noce ce sera demain » n’est-ce pas ? Trois couples faits, à faire ou seulement ébauchés. Et puis, partenaire d’un des jeunes messieurs, cette jolie Chloé dont un demi- poumon est envahi par un nénuphar, plante se développant si vite à la surface de l’eau des choses et qui la neutralisera : elle meurt face à nous. « Elle était si douce »…. Remballez maintenant les qualificatifs que les amoureux et sectateurs enfiévrés de Vian mais aussi ses détracteurs acharnés déversent ; ils n’ont probablement pas compris qu à côté de ses manipulations jouissives de la langue française, la tendresse était son mode d’emploi autant que sa feuille de route.
Comédiens avenants, mise en scène avec trouvailles. Forcément ça pétarade un peu :« rapataplan » dans cet ex-Théâtre du Tambour Royal.
Théâtre de Belleville, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 18 heures. Réservations : 01 48 06 72 34