31 janvier 2011

La vie de Galilée

La vie de Galilée de Bertolt Brecht et variations Galilée d’après Bertolt Brecht
De Denis Puy et Pierre Hoden
Pourquoi j’aime le théâtre ? J’aime le théâtre parce que c’est magique. Hier à la représentation de la vie de Galilée à la Courneuve, croyez-moi, j’ai pu vérifier le sens de ce mot «magique». Comme si j’avais fait pénétrer mes pieds et mes oreilles, plus mon esprit confus, dans une machine à explorer le temps. Je n’avais qu’un mot à la bouche « Galilée, Galilée», un souvenir scolaire, ma foi, qui fait pfutt… Avec de tels souvenirs, pour sûr, vous ne pouvez pas aller très loin. Un billet pour aller rencontrer Galilée à quatre siècles, années-lumière, pourquoi pas. ? Et cela toute honte rentrée, à cause de mon ignorance crasse tant en astronomie qu’en histoire.
Franchement c’est extraordinaire, nous, spectateurs arrimés à nos fauteuils, nous allons assister à des moments de vie de ce génie Galilée. Comme si nous y étions, parce que l’énergumène qui se démène sur scène a plein de choses à raconter, qu’il est en pleine effervescence depuis ce jour marqué à la craie blanche sur un tableau noir, ce 7 Janvier 161O, (auquel nous assistons, bienheureux spectateurs, et cela nous renvoie à un souvenir plus proche, le premier pas de l’homme sur la lune) où il découvre les quatre lunes de Jupiter et réalise que notre terre, notre 'chair ' terre n’est pas immobile. Nous apprenons que cette découverte ne lui est pas tombée du ciel. Monsieur Galilée n’a pas entendu des voix comme Jeanne d’Arc, non il a tout simplement grimpé sur une échelle et plaqué son œil sur une lunette.
Voir ou ne pas voir, grimper ou ne pas grimper sur l’échelle. Mais à quoi cela peut-il bien servir une lunette astronomique ? Enfin, la connaissance, la vérité derrière les nuages qu’apporteraient-elles à l’homme originel, créature de Dieu ? Chercheur de lois scientifiques plutôt que de louis d’or, voici un homme mal fagoté pour affronter la société. Voici Galilée transformé en Prométhée, mais un Prométhée qui n’a cure de se faire bouffer les entrailles. Le personnage que décrit Brecht a la pèche, c’est un bon vivant, en plus c’est une vedette. Il est connu pour des découvertes fort utiles au commerce. Il est pensionné par les doges de Padoue, Venise, Florence et il ne rechigne pas à faire des courbettes. Etre génial, pour lui ne rime pas avec souffrance. Alors que nous raconte Brecht ? Il nous raconte l‘histoire d’un homme qui a suscité une émotion formidable au sein de sa communauté scientifique mais bien au-delà, parce qu’il a fait émerger le doute, l’interrogation, la surprise chez le pape lui-même, gardien de la charte céleste. Galilée porteur de message, Galilée héros malgré lui ? Voici Brecht devenu inquisiteur qui fait dire à Galilée : «Je suis un vaincu, une découverte ne vaut rien si elle reste entre les mains d’un seul».
Pour sauver sa peau, Galilée choisit de renier la vérité que refusent les ordonnateurs du bas monde. A-t-il conscience de commettre un acte politique, c'est-à-dire un acte qui engage la société ? A l’époque où Brecht termine l’écriture de la vie de Galilée, la bombe éclate sur Hiroshima. Qui pourrait empêcher de telles catastrophes, est-ce que cela signifie quelque chose d’être un homme et à fortiori lorsque qu‘il possède la connaissance ou la raison, comment se fait-il qu’elle n’ait pas la parole ? Brecht suggère que la conscience d’un homme se forge dans l’action, qu’une pensée vaut une action, que les aléas d’une conscience fût-elle celle de Galilée, sont la conséquence de son isolement. Et voilà qu’intuitivement, à travers la mise en scène de Pierre Hoden, Galilée devient plusieurs, sous les traits de trois comédiens à différents âges certes, mais réels. De même les personnages masculins peuvent être endossés par des comédiennes. Le discours de Brecht traverse les corps sans s’arrêter aux costumes, ni au genre féminin ou masculin, arbitraire dans le vocabulaire. Il vocalise. Dans les échanges de rôles, il y en a une cinquantaine, les comédiens portent chaque fois les saillies d’une conversation emportée par les remous, les convulsions d’une seule et même vague, ce morceau ébréché d’histoire de l’humanité, à travers un télescope, à quatre siècles années-lumière. Il faut dire que la langue de Brecht est passionnée ; le naïf et l’orateur s’y côtoient aisément. Quant à la mise en scène de Pierre Hoden, elle est tout simplement belle. C’est un plaisir pour les yeux de regarder les comédiens patiner presque sur la scène, livrée sobrement mais sûrement aux sons et lumière de Laurent Truquet, Jacques Rouveyrollis, et la scénographie de Loic Loeiz Hamon. D’ailleurs, les couleurs des projecteurs suffisent au décor qui devient ambulant, cristallisé par les artistes eux-mêmes, manœuvrant comme leurs personnages à travers les méandres de cette histoire, éclaboussés de cierges, lunettes astronomiques et échelles à grand écart.
Nous tirons donc notre chapeau à cette superbe création, animée par des comédiens inspirés, la troupe du Théâtre de la Courneuve et ses invités. Voilà un spectacle passionnant, du théâtre « magique» et intelligent !
Evelyne Trân
Centre Culturel de LA COURNEUVE, jusqu’au 13 février 2011. Renseignements et réservations au 01.48.36.11.44

Le crépuscule du Che,

de José Pablo Feinmann
Traduction et adaptation de Marion Loran
Mise en scène de Gérard Gelas
Avec Olivier Sitruk, Jacques Frantz, Guillaume Lanson, Laure Vallès et François Santucci.
La pièce a été créée en Avignon dans ce théâtre du Chêne Noir dont Gérard Gelas a fait un lieu à la renommée dépassant nos frontières. Quant à ce monsieur dit le « Che », le mot frontière avait vite cessé d’exister pour lui, homme pressé, parce que plus qu’oppressé. Ayant senti que ses jours étant comptés, il lui fallait faire tout très vite. Il a parcouru une grande portion de la planète, crépusculaire, contestataire, remettant tout toujours en cause. On ne parlera pas de ses choix non plus que de ses engagements, mais selon Sartre, c’était « l’être humain le plus complet de notre époque ». A vous d’apprécier…
Les comédiens, mieux que bons, jouent chacun plusieurs de ces rôles qu’ils conjuguent et entremêlent très consciencieusement. Mais on a droit à une longuissime conférence de presse avec épisodes, intermèdes, récits et témoignages destinés à nous re-convaincre de la sanctitude du personnage, et on est très mal à l’aise quand on a vite compris que cette démarche ne pouvait accoucher d’une vraie pièce de théâtre.
Théâtre du Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, matinée dimanche à 15h. Réservations : 01 43 22 77 74 et 0892 707 705 et www.fnac.com

30 janvier 2011

La vie en vert

de Fabrice Blind, Michel Delgado et Carole Fonfria
Mise en scène de Michel Delgado
Avec Izabelle Laporte, Fabrice Blind, Olivier Sirjohn, Marco Hellard

Le titre clique sur écologie, le nom du lieu met l’eau à la bouche : une glace ? … pour moi ce serait un parfait au café…ici au café-théâtre. Mais on connaît la démarche et les programmations de Jean-Pierre Bigard, maître du palais, et cette fois encore il s’agit d’une vie envers et contre tout.
Magalie, pharmacienne et son Bruno, homme d’affaires plutôt ratées, couple à la petite dérive (forcément et statistiquement à leur âge) ont débarqué dans le Vercors - lieu où on résiste - chez Gilbert, cousin de la jeune femme qui vit dans un ‘cabanon’ sans eau, électricité non plus que de téléphone. Leur but ? Récupérer un héritage aux dépens d’un prétendu naïf facilement bernable. Sur le plateau un décor surchargé suggère effectivement que ce cousin touchant est très attaché à ses souvenirs d’enfance. L’écriture de la pièce s’est faite à six mains : Fabrice, Michel et Carole se sont amusés follement à jeter leurs pions en l’air pour les récupérer dans le désordre et effectuer un copiage-collage . Quant à leurs quatre comédiens virtuoses et redoutablement survoltés, ils ont décidé de grimper aux rideaux mais aussi de nous y faire grimper avec eux. Rebondissements en cataractes, relents de spectacles cabaret style le Marais des années débuts-Balasko, recyclés par une nouvelle « colocataire » qui a décidé de demeurer cette ‘garce’ de plus : ambiance ! En parlant à vos copains de cette vie-là vous sourirez et rirez même, à eux de voir.
Palais des Glaces, du mardi au samedi à 19 h 45, matinée le samedi à 17 h. Réservations : 01 42 02 27 17 et www.fnac.com

29 janvier 2011

L’or, d’après Blaise Cendrars,

Adaptation et mise en scène Xavier Simonin, musique Jean-Jacques Milteau
Collaboration à la mise en scène : Jean-Paul Tribout

Au centre de la scène une sorte d’échelle à barreaux de fer dont le sommet serait la cime d’un arbre sommaire, mais vous pourriez l’interpréter autrement. En toile de fond un mur de simili-pierres très grises ; au centre de celui-ci une ouverture du genre guichet, de celui par laquelle un gardien de prison vérifie que le détenu est à son poste, ou qu’un prêtre ouvrirait dans son confessionnal…mais obturé, il le restera. Au jardin, une table de taille raisonnable encombrée de ce qui se révèle être des harmonicas aux formats divers. Assis tout contre, leur utilisateur, musicien impassible avec lunettes noires. A la cour, un homme debout : jeune, beau, svelte, élégant dans un costume avec gilet tout comme l’est son compère. Il parle ; le musicien joue de ses instruments. Donc Johann August Suter, Helvète, pris par sa propre fièvre de l’or en 1834, a quitté pays, femme et enfants pour traverser l’Atlantique et rallier le ‘nouveau continent’. Il veut y faire fortune ; il est sûr que cela se fera, mais après lui qui devrait en bénéficier ? L’auteur ne le dit, non plus qu’il ne le prédit.
Et cette prodigieuse saga, épopée admirable, à recommander chers parents à vos rejetons, élèves de seconde, première et terminale qui ont besoin de cette autre part d’eux-mêmes : un continent, une terre promise. Mais Johann August Suter est devenu un Auguste berné, dans son cirque, et l’or pour lui rimera alors plutôt avec mort(s).
Xavier Simonin, comédien aux engagements, exigences et performances que l’on connaît et que l’on aime est Blaise, le plus que double du double de Blaise. Jean-Jacques Milteau, qu’on ne présentera plus, à ses harmonicas de dilection nous la joue généreusement du genre musiques de films far-west, de celles qui ne finissent pas de nous hanter. On chemine, navigue et tangue avec elles. Mise en scène sobre ; les protagonistes : l’homme qui raconte et celui qui, à son écoute, n’anticipant rien, commente en s’engouffrant dans ses instruments, ne vont l’un vers l’autre que rarement. Les lumières les escortent avec équité.
Une fois encore l’équipe étonnante du Théâtre Daniel Sorano prend des risques. Pari tenu, selon nous.
Théâtre Daniel-Sorano à Vincennes, jusqu’au 20 février. Du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 16h. Réservations : 01 43 74 73 74 et www.espacesorano.com.

Caligula, d’Albert Camus

Mise en scène de Stéphane Olivié Bisson
Dans le rôle d’un homme né empereur, puisque ‘fils de’, amoureux d’une certaine folie qui le dépasse, Gérard Philippe a eu la voix et la présence d’un ange et aussi celle d’Icare. Bruno Putzulu a choisi de faire du personnage un enfant coincé, grincheux, manipulateur-manipulé (mais par qui?) ou même encore pervers, peut-être narcissique, donnant l’impression qu’ancien-autiste il en est venu à nier tout ce qui serait métaphysique. Parti-pris fascinant : le personnage dit n’avoir pas découvert qu’il est un homme ! Serait-ce qu’il ne l’a très que trop bien compris ? Tuant, liquidant, humiliant, il ne cesser de se venger mais de quoi et de qui au juste ? Cela Camus l’avait probablement voulu ; Putzulu et Stéphane Olivié Bisson nous le proposent, voire nous l’imposent. Ils font aussi en sorte que les déclarations et paradoxes pseudo-philosophiques et lancinants qui devraient nous perturber, se mettent à ressembler à des cocasseries à peine dignes de canulars pour potaches. Le surréalisme n’aurait donc jamais existé dans les années-Camus ? Les comédiens jouant les patriciens flottent un peu dans leurs rôles; sortes de valets de l’empereur-fou, ils sont difficiles à cerner. Le confident, du genre domestique de ce Caligula-ci nous le joue boulevard dès le départ. Scipion, son jeune pseudo-double a un peu de raideur . Quant aux comédiennes : Caesonia, la ‘vieille’maîtresse de Caligula à qui il fait tant confiance, ce qui devrait nous fasciner et nous la faire aimer, tout de noir vêtue, elle est bien jeune et peut-être trop ‘pimpante’. Celle qui ressuscite Drusilla
( sœur morte qui fut la première amante de Caligula) aux apparitions fantomatiques en costume blanc l’est également pour nous autres qui sommes devenus presque des ‘étrangers’ quant à ce texte et cette oeuvre. Mais la scénographie, la musique et les décors déconcertants sont inventifs et généreux.
Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet. Jusqu’au 5 février, mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h. Réservations : 01 53 05 19 19.
(Une tournée suivra, en février à Amiens et à Abbeville d’abord, mais nous vous en reparlerons.)

19 janvier 2011

Une phrase pour ma mère

Lamento-bouffe de Christian Prigent, mise en scène et jeu de Jean-Marc Bourg.

La comparaison va vous paraître facile mais elle est de l’ordre de l’empathie. Hier, en qualité de spectatrice, j’ai vraiment eu l’impression d’assister à un accouchement, celui d’un homme accouchant de sa mère. Quelle délicate opération si vous ne disposez pour ce faire que des mots creusés dans la chair, en quelque sorte obnubilés par le précipice, la béance originelle.

Quel homme ou quelle femme n’a pas imaginé se promener dans le ventre de sa mère ? Le mot viande revient souvent dans la bouche de Christian Prigent, j’avoue ne pas l’aimer mais cela me rappelle que les mots n’existeraient pas sans la chair. La langue de Christian Prigent est belle, puissante et charmeuse, inquiétante aussi. Cette inquiétude exprimée de façon juvénile donc presque rêveuse par son interprète Jean-Marc Bourg, est touchante, naïve et scrupuleuse. Face à cette confession intime, quelle rouspétance faire entendre sinon le rire dégagé d’une mère poule pour son poussin qui piaille, encore tout barbouillé de jaune d’œuf.
Qui accoucherait de sa mère, ou de la mère terre ? Toute une armée de mots ne suffirait pas pour tenir ce challenge. Jean-Marc Bourg est un homme peintre; son interprétation sourcilleuse, violente dans tous ses retranchements, intime le respect.
Aux amoureux de la poésie qui se prendraient la tête avec un forceps au sortir du ventre de leur mère, je dis que l’oubli est déjà dessiné pour rire sur cette jolie fleur que représente notre nombril à l’air tendre, et chatouilleux à ravir.
Qu’aurait-on à craindre d’une phrase ? Lorsqu’elle s’arrête grâce au point de ponctuation, c’est peut être pour permettre au lecteur, d’admirer au bord d’un précipice un superbe point de vue, et en levant les yeux au ciel de s’oublier. Les poètes dans le fond, sont comme de vieux enfants qui gazouillent, ils ont un pied dans l’enfance et un autre dans la marmite de leur cerveau.
Et ça donne des écrivains en pleine mutation tels que Monsieur Christian Prigent !
Maison de la Poésie, passage Molière, du 12 janvier au 13 février, du mercredi au samedi à 20h00, dimanche à 16h00.

Evelyne Trân

07 janvier 2011

L’inattendu, de Fabrice Melquiot

Décor minimaliste : un matelas à même le sol, une vague couverture jetée dessus, une table genre cuisine, une chaise avec une veste d’homme posée sur son dossier, des bougies allumées et des bouteilles, toutes de couleurs et formes différentes par terre ça et là. Une femme éperdue à l’allure de fantôme, en longue robe blanche, pieds nus, erre chantant une sorte de complainte, puis empoignant les bouteilles contenant des alcools divers, elle boit avidement au goulot. Elle tremblote, roule bord sur bord et se met à s’adresser à celui qu’elle a rencontré à l’âge de 20 ans et dont, veuve depuis un an, elle n’a pas eu d’enfant. Tout y passe: rêves morts et reproches ; des phrases pleines de tendresse et de vraie poésie alternent avec d’autres plus vachardes ou teigneuses ou encore loufoques et surréalistes. La langue de Melquiot pléthorique est étrange et certes vigoureuse, Peu à peu la jeune femme se déplace, s’accroupit sur le lit comme une gamine, bras autour des genoux, ou s’y glisse pour en ressortir avec rage. Vous pensez : pensionnaire d’un asile psychiatrique, une petite nièce de la Blanche du Tramway de Tennessee. D’autant que cela se passe près des bayous du sud des Etats-Unis, et qu’on entend les bruits du fleuve où l’amant de cette Liane a disparu. L’homme était noir, ce qui permet à Melquiot d’évoquer l’Afrique et au metteur en scène (Brontis Jodorowski) de faire danser sa comédienne sur des rythmes de ce continent. On apprend qu’après la disparition de son homme elle a rencontré un boucher, et qu’un autre homme ensuite. De moins en moins cohérente, l’histoire part dans tous les sens, sur fond de conflits avec coups de feux aux quatre coins de la planète, dont, si on ne comprend pas l’opportunité, on voit très bien ce qu’ils dénoncent. Les confessions de Liane, ses éructations se sont mises à nous faire rire doucement puis à nous faire s’esclaffer. Dommage, car lorsque la comédienne quitte la scène au bout d’une heure on redoute qu’elle y revienne pour reprendre un récit décousu qui, ressemblant à un mélo, touche de moins en moins.
Mais Eléonor Agritt est une Liane très attachante, aux moues de gamine gracieuse, à la gestuelle aérienne convaincante. La mise en scène avec déplacements d’objets qui ressemblent à des jouets et l’utilisation de griffonnages sur le sol donne l’impression qu’au sommet de sa rage et de son hystérie elle pourrait redécouvrir une enfance où tout serait possible. Tel est l’un des paradoxes de cette pièce ambitieuse, mais dont on sort perplexe.
Théâtre des Déchargeurs, jusqu’au 12 février, du mardi au samedi à 20h. Réservations : 01 42 36 70 56 et lepolepresse@gmail.com

02 janvier 2011

Apple Crumble

Apple Crumble, texte de Camille Brunel et Maxime Potherat
Mise en scène : Camille Brunel avec la complicité d’Aurélien Zouki
Sur scène : Camille Brunel
Ce spectacle a été créé à Beyrouth en 2009 . Des pâtisseries plus suaves encore pourraient là-bas faire des pieds de nez à ce simple « crumble » . Oui, mais quid de la pomme d’Adam, de celle d’Eve, bien sûr et de toutes ces autres que nous croquons tous ? La très jolie jeune Apple est installée dans une reconstitution de stand pour marché de Noël boulevardier, de ceux où ses consoeurs vantant les mérites d’une nouvelle râpe à quelque chose, couronnée au Concours Lépine, en vendent treize à la douzaine à la vitesse d’un TER. Elle , Apple, 32 ans, n’a pas d’enfant, pas de frigo, pas d’amant actuellement, mais elle fantasme : que feraient-ils ensemble s’il s’en présentait un ? On se souvient que ‘crumble’ pourrait faire référence à écroulement… de rêves ? non, car la charmante s’est bétonnée dans la physique quantique, laquelle sert à quoi au juste ? retournez sur les bancs du lycée où vous n’étiez pas forcément bon en matières scientifiques. Mais elle y croit dur comme fer. On sourit et elle, résolue à nous y convertir, se démène. Après avoir enfourné dans son micro-onde la pâte malaxée devant nous, un compte à rebours commence : sonnerie finale dans 20 minutes. Pour meubler le temps elle chante dans la langue des pays qu’elle aime et nous fait revisiter un autre temps : 1533 ! c’est la découverte du Pérou ? Elle serait donc aussi très prof, mais on s’est mis à naviguer avec elle. Pêle-mêle. Femme pléthorique, lutin au féminin on la retrouve recroquevillée sous la table de sa mini-cuisine. Elle a soulevé la nappe de la table de travail et parle au téléphone ? mais à qui ? Inclusions de séquences-radio avec références à des faits divers aussi consternants qu’anecdotiques. On pense : ‘intermèdes’ pour monde circassien, mais le principal ne vous a pas été dit. Un an auparavant un jeune homme de rêve (« ses yeux…nos mains qui ne se quittent pas ») a remis à Apple une lettre qu’elle doit impérativement lire ce soir et qui est destinée à changer le cours de son existence. Pour ouvrir l’enveloppe elle empoigne son couteau de cuisine. Le four où mitonnait le crumble dont l’odeur nous titillait vient d’en accoucher. Mais pffttttt ! la bougie d’anniversaire (un an !) qu’Apple a plantée dans le gâteau, cette sale gosse, fait des siennes.
Ecriture à quatre mains, mise en scène officiellement due à six talents, mais dont on soupçonne qu’ils ont été plus que cette demi-douzaine-là à officier et que l’équipe s’est follement amusée à concocter un spectacle que vous aimerez en ces temps dits « de fêtes » mais aussi dans leur après-après.
Accueillis par Camille, à sa sortie de scène, vous aurez droit à un morceau de ce délectable crumble, hébergé dans un petit module en plastique. Nous avons mis de côté la minuscule cuillère qui nous a permis de nous mettre en bouche ce talisman-là.
Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 29 janvier, du mardi au samedi à 21 h
Réservations : 01 45 44 57 34
Et en tournée : mcharvot@envotrecompagnie.fr