30 octobre 2011

La Ballade de la geôle de Reading

d’Oscar Wilde
Avec Jean-Paul Audrain, au piano Monica Molinaro
Au départ une musique tendre et réconfortante d’Erik Satie. Devant son piano, dos au public Monica nous fait aimer sa longue natte féerique et son profil gracieux quand elle se tourne vers l’homme venu investir la scène côté cour. Ils vont se partager Oscar mais le plus wildien des deux ne sera pas forcément celui sur lequel vous auriez misé. La musicienne nous convie à des envolées lyriques, romantiques, tendres ou cocasses selon ses compositeurs de dilection. Son partenaire, concentré, calme, presque recueilli, souhaite nous faire re-découvrir un Oscar à l’intelligence fulgurante mais en danger d’être détruit par le passage à vide de cette prison, « caveau du désespoir » dont il n’émergera pas indemne, mais : « qui a vécu plus d’une vie doit éprouver plus d’une mort ».
Les musiques se succèdent et on aime les jolis gestes de Monica prenant ses partitions pour les déposer élégamment sur le haut du piano ; quant à son dernier « morceau » elle nous le joue… sans partition.
Cependant ce Wilde devenu notre Wilde est de plus en plus lucide et métaphysique. Sa poésie musicale est lumineuse et ses paradoxes apparemment imposés, incontournables, se révèlent nécessaires et salvateurs. Jean-Paul Audrain et Monica Molinaro vous prendront tous deux par la main et par le cœur.
Que tenter de vous dire de plus ? Allez aimer cette Ballade au Théâtre du Nord-Ouest.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre du cycle Sartre, Camus De Gaulle et la politique.
Jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com

L’importance d’être Wilde

de Philippe Honoré
Mise en scène de Philippe Person, avec Anne Priol, Emmanuel Barroyer, Pascal Thoreau.
A jardin un canapé rouge et convivial, mais à cour des chaises noires : soit les deux pôles de la vie d’Oscar. Pile : l’aisance, le charme, le prestige et le confort de l’écrivain reconnu, homme chatoyant à l’élégance provocatrice, sorte de prince (n’a-t-il pas été prénommé Oscar en l’honneur de son parrain le roi de Suède) et dont les mots d’esprit insensés, provocateurs fusaient en permanence. Face : le tribunal et la prison, lieux d’un exil lent bien que d’une durée de deux ans, mais parfaitement mortifère.
Musique irlandaise. Ils sont  trois sur scène, deux hommes : Oscar et son jeune amant Bosie, et la tonique Mrs Wilde, épouse et mère admirable mais qui selon lui deviendra « difforme et les traits tirés » sans jamais trahir l’homme qu’elle aime et admire. Pour éviter d’entendre dire du mal de son mari, Constance Wilde s’expatriera.
« Chaque homme tue ce qu’il aime » est une référence à la geôle de Reading où Oscar prisonnier, pieds entravés, autorisé quelques instants chaque jour à contempler « la petite tente bleue qui est le ciel pour les prisonniers », côtoya ce Charles qui allait être exécuté pour avoir égorgé sa femme. Petit à petit ce spectacle qui se veut « multiforme », partition brillante et rapide composée d’épisodes de pièces côtoyant des extraits de contes de l’auteur -  entrecoupée d’aphorismes cocasses et de confidences des  hommes remarquables qui ont eu la chance de le rencontrer - devient plus philosophique puis pathétique. Le rythme se ralentit. Wilde considère qu’après l’épisode de la prison son existence a culbuté, ce que l’auteur nous fait parfaitement sentir.
« Le péché »…  « La moitié de l’humanité ne croit pas à Dieu »… « J’ai assez vécu ».
Depuis longtemps la salle a cessé de rire, et l’émotion des spectateurs fait écho à la consternation d’Oscar.
Les trois comédiens touchés et touchants servent brillamment le texte remarquablement intelligent de Philippe Honoré.
Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 17 heures. Réservations : 01 42 22 26 50

26 octobre 2011

Une Autre Vie

de Brian Friel
Texte français de Alain Delahaye, mise en scène de Benoît Lavigne avec Marie Vincent et Roland Marchisio
L’homme et la femme ne sachant pas qu’ils ont Tchekhov pour père ont pris leurs distances avec lui peut-être parce qu’ils sont ses enfants plus que naturels. L’auteur de la pièce est un de ces Irlandais prompts à foncer dans des canulars leur permettant de s’inventer des existences prestigieuses pour finir par se prendre les pieds dans leurs délires et ne plus savoir qui ils sont vraiment, mais ils assument. L’auteur russe et son délicieux récupérateur sont tous deux très croyants. Après celle que nous vivons, il existe pour eux une autre vie à laquelle, absous pour les erreurs dont ils auront payé le prix sur terre, ils seront enfin conviés.
Une fenêtre colorée et kitsch tout dans les cintres à jardin ; non loin une horloge est accrochée dont les aiguilles fonctionnent, notez-le. Sur la scène une table à jardin, une autre à cour et un long panneau bleuâtre qui masque la sortie. Une femme en large robe beige et lunettes écrit. Arrive un homme trop bien habillé avec chapeau qui tient à la main un étui pour violon. Ils se présentent : elle c’est Sonia et lui André. Lequel des deux dit «Je vais prendre le dernier tram» et mentionne ses engelures ? Mais puisqu’ils sont dans un bistrot moche de Moscou, ils se mettent à manger et boire : soit des soupes et ces fioles de whiskey, pardon de vodka, qu’ils lampent. Elle confie qu’elle est la propriétaire d’un grand domaine qu’elle gère courageusement et impeccablement. Il sort son petit violon et fait mine de se préparer à en jouer, expliquant qu’il est un musicien à la renommée internationale. Elle se met à parler du pauvre Oncle Vania et de sa Natacha. Ils se confessent l’un à l’autre : « j’ai un aveu à vous faire ». Ils lèvent leurs verres, trinquent et retrinquent. Elle : « vous me rappelez Oncle Vania » et puis aussi « Je devrai rentrer chez moi demain matin ». Puis ils se tombent un peu dans les bras. Mais comme dans un soufflé, tout retombe. Lui n’est pas un violoniste internationalement acclamé et veuf inconsolable mais un musicien de rue qui fait la manche ; quant à son épouse… elle n’est pas disparue comme il l’avait prétendu et son fils…heu, est à l’infirmerie de la prison. Côté Sonia et son prestigieux domaine : « André, je vous ai dit un mensonge …une petite fiction ». Ils s’étreignent, mais après leurs aveux et échanges d’adresses ils se font une simple bise sur la joue, elle remet son joli manteau avec col de fourrure et sa toque puis sort : « Adieu André ». Il se frotte le front comme s’il émergeait d’un rêve, sourit largement et la musique finale est suave. La pièce, confondante d’intelligence, de drôlerie et de tendresse est servie par deux comédiens rares. Marie Vincent a une présence et une liberté de gestes fascinantes dignes de ses plus prestigieuses marraines de théâtre. Roland Marchisio résolument plon-plon ressemble parfois à l’incontournable Jean-Laurent Cochet avec une étincelle dans l’œil. La mise en scène de cette pièce brillamment traduite par Alain Delahaye est drôlatique. Les spectateurs comblés ont l’œil humide, mais dans la sainte Russie on passe du rire aux larmes en un clin de cet œil-là et en Irlande on finit la soirée verre en main, au son de petits violons dont des gamins jouent de façon sidérante. C’est ce genre de grâce que nous vous souhaitons à la sortie de ce spectacle donné à une heure séduisante dans un lieu qui l’est infiniment.
Théâtre La Bruyère, du mardi au dimanche à 19 heures. Réservations : 01 48 74 76 99 et 0 892 787 785 – www.theatrelabruyere.com

20 octobre 2011

Marie Tudor

de Victor Hugo
Mise en scène de Pascal Faber
Pièce plus que pseudo-historique où il est question de pouvoir, de passions et d’amours extra-conjugales sulfureuses ou encore incestueuses avec au centre deux couples : Marie et Fabiani, Gilbert et Jane, tous nobles mais confrontés à de moins nobles - mais qu’est ce que la noblesse ? - avec aux aguets de redoutables comparses manipulateurs. Si Marie est reine d’Angleterre, l’univers est méditerranéen car un « damné italien » a « ensorcelé » la souveraine. Cette pièce, Hugo trentenaire l’a écrite la même année que Lucrèce Borgia. Jean Vilar, re-découvreur de pièces touchantes et étonnantes l’a fait aimer à nouveau en 1954. Pascal Faber veut la traiter comme « un véritable drame policier populaire, un thriller décomplexé ». Donc la vie… la mort, mais entre les deux ? et puis le désir de vengeance d’êtres blessés. Il a choisi des comédiens extrêmement touchants - mention particulière pour Sacha Petronijevic qui joue parfaitement les ignobles- qu’il fait évoluer dans des costumes et des décors aussi simples qu’astucieux aux couleurs flamboyantes, passion oblige.
Conviez les gens que vous aimez à aller découvrir ce spectacle qui touche.
Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 27 novembre, du mardi au samedi à 21heures 30, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 45 44 57 34

17 octobre 2011

La mort de Néron

de Félicien Marceau
Mise en scène de Romain Martin avec Eliezer Mellul.
Félicien Marceau à l’âge de 43 ans a voulu ce monologue exploratoire aussi diabolique que divin mettant en scène un Néron destiné à être empereur, qui aimait se prendre pour un comédien, voire un philosophe, un poète, un musicien et qui mourra à 31 ans dans les circonstances que l’on connaît
Marceau les ressuscite, et cela donne : «il y a eu une époque où je faisais le bien » … «je me suis marié trois fois»… «j’ai horreur des femmes enceintes», «je l’ai tuée» et «je me suis marié avec un homme» et encore «pourquoi me haïssent-ils ?» «n’avez-vous jamais eu envie de tuer ?» «j’aime tout de l’acteur»… «j’aurais pu avoir la foi». «on est toujours en retard»…. «c’est pourquoi j’ai tué ma mère»… et encore «cet enfant que j’ai été»…
Au centre du plateau un canapé recouvert d’un tissu noir où on découvre l’homme allongé. « J’aime tout de l’acteur ». Comédien à la voix et à la présence singulières Eliezer bouge remarquablement et chante comme Néron l’aurait  probablement fait ; sa voix est très belle. Félicien : «Les  gens préfèrent les va-t-en-guerre… » Mais Néron sur sa couche : «Je suis fatigué, je voudrais dormir». «Tout ce qu’il me reste…» : se détruire ? A la main droite il a un poignard et au final arrive son « Qualis artifex pereo ! » à la traduction difficile.
Les trois vrais derniers coups sont frappés par son partenaire - régisseur et metteur en scène. Une fois de plus Eliezer Mellul nous sidère.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de la saison Camus, Sartre, De Gaulle et la Politique. Dates et réservations : 01 47 70 32 75

La confession du pasteur Burg

de Jacques Chessex
Mis en scène par Didier Nkebereza, avec Frédéric Landenberg

Texte forcément mieux que bien écrit puisque dû à un auteur confirmé: considérez ses Prix Goncourt, Jean Giono et encore celui de la Langue Française. Chessex est également membre du jury du Prix Médicis.
Son comédien occupe un espace où il bouge parfaitement et où il s’abolit pour nous dire son mal de vivre en tant que protestataire protestant et perpétuel lutteur du genre luthérien.
L’argument ? Geneviève, mineure, est une jeune catéchumène, fille d’un riche commerçant débauché. Pour elle le pasteur n’éprouve forcément que dégoût au départ : mais il finira très vite par tomber sous son charme et la « souiller »… pourquoi et comment ?
Frédéric Landenberg est ce pasteur parfois clownesque à force d’en faire plus que beaucoup. Il nous gratifie d’une performance d’acteur. 
La Manufacture des Abbesses, du mardi au samedi à 19 heures
Réservations : 01 42 33 42 03

13 octobre 2011

Chroniques d’une haine ordinaire

Texte de Pierre Desproges, avec Christine Murillo et Dominique Valadié.
Mise en scène de Michel Didym.
Bien sûr c’est une référence à la « chronique de la haine ordinaire » cette série d’émissions radiophoniques dérangeantes et que nous avons adorées dans les années…Le metteur en scène dit s’être mis à aimer furieusement Desproges le jour où il a découvert ses textes dans une librairie de théâtre. Furieusement et haine: ces termes ne doivent pas vous décourager d’aller à la Pépinière découvrir dans un décor surréaliste tant il est stylisé, un spectacle qui fait salle comble depuis sa première.
Il console de toutes les prétentions racoleuses que proposent cette saison-ci de jeunes et forcément beaux comédiens et comédiennes jaillissant d’une boîte dont ils sont persuadés qu’elle est de Pandore et qui se voient propulsables à des zéniths médiatisables. Christine Murillo et Dominique Valadié sont la preuve que dans ce métier prétendument de saltimbanques seuls le travail et l’honnêteté comptent.
Catapultueuses, avec leur joli petit piano-ami à l’appui dont elles jouent alternativement et parfaitement, elles nous convient à une nouvelle rencontre d’un personnage amoureux fou de sa langue. Elle a fait de lui un évacuateur de clichés genre idées pondues dans un poulailler industriel où la volaille n’aura pas assez de centimètres carrés pour devenir ce qu’elle ne sera jamais avant qu’on la plume pour la rôtir afin de nous la servir formatée mais sans aucun fumet. Faux-aphorismes, calembours à rebours, repos ! Mais Desproges sur le qui-vive veille : « Si Dieu existe, pourquoi mon magnétophone est-il en panne ? » Tendresse de Christine et Dominique et leur adoration pour ce dénonciateur des … des… et  le trou  ?… elles font mine de ne plus savoir qui ou quoi, et de ne pas vouloir qu’il y ait des rappels à la fin d’un spectacle qui arrive tellement trop tôt.
La Pépinière Théâtre : 01 42 61 44 16, du mardi au samedi à 21 heures, samedi à 16 heures.
Réservations : 08 92 70 77 05 et www.theatrelapepiniere.com

10 octobre 2011

L’Ombelle du trépassé

de Jean Lambert-wild et Yann-Fanch Kemener
Direction et scénographie Jean Lambert-wild
Au milieu de la scène une très haute colonne emberlificotée dans un tissu brillant, avec au sommet un homme debout, d’abord dans le noir « épiant le crépuscule de ce monde épuisé». Notre comédien parle et chante en français, en langue bretonne et de plus en plus fort. « Je vous vois » « Je me vois»…Les lumières et les bruits peuvent décliner ou bien devenir intenses. Il évoque des « droits de l’homme submergé ». Il hurle parlant d’une vie qui serait un « festival de l’inutilité ». Il tourne et re-tourne sur son perchoir pour stylite et convoque aussi des « cris perdus dans une montagne de mots » et encore « celui qui est prisonnier de la terre ».
Nous emmenant dans son voyage, il philosophe. Devenus les confidents nécessaires du poète qui a pour mission de transmettre puisqu’il sait qu’il est sur sa voie-à-lui, nous autres dans la salle louvoyons un peu et sourions. Il peut aussi décider qu’il est « prisonnier de la terrible montagne des mots », et donc que « cela pourrait durer encore…» Est-ce lui qui a dit çà ou nous qui l’avons pensé ?
Maison de la Poésie jusqu’au 30 octobre, du mercredi au samedi à 20 heures,
Dimanche à 16 heures. Réservations : 01 44 54 53 14

07 octobre 2011

Peter Pan

spectacle musical de Guy Grimberg,
Adaptation par Martine Nouvet de l’œuvre de James Matthew Barrie.
Comment décrire l’atmosphère qui régnait à Bobino ce mercredi après-midi-là où des centaines de petits garçons et de petites filles après avoir hurlé de rire ou de peur : (le capitaine Tic avec son horrible main droite à crochet …vous vous souvenez ? ou Peter Pan un poignard à la main) finissaient par s’asseoir sur les genoux de leurs papas-mamans tellement bouleversés d’avoir découvert un Peter Pan séduisant dans une mise en scène ébouriffante. Avec décors ravissants, étranges et toujours renouvelés : donc rideau et découverte d’un nouveau paysage, avec des rochers immenses, des escaliers gigantesques, un vrai bateau, une cabane que les comédiens construisent sur scène et dont la cheminée émet vite de la fumée ; on est perpétuellement bouche bée. Re-rideau et nouveaux paysages de rêves, effets plus que spéciaux. Les comédiens suspendus dans les cintres volent au milieu de nuages tout en dansant. Un autre paysage est en vue. Magie d’une mise en scène et d’une technique impeccables, chorégraphies gracieuses, chants, combats, danses avec pirates et peaux rouges terrifiants…Tout avait commencé dans un salon aux meubles bourgeois et coquets avec une cheminée et un vrai feu : ambiance tendre et familiale, et l’histoire se conclura dans le même décor.
Une bande de jeunes comédiennes jouent tous les rôles masculins, ceux de sales gamins entre autres et d’enfants perdus. Wendy Darling et sa mère sont ravissantes, le père de famille est touchant, les quinze comédiens sont tous aussi remarquables les uns que les autres, et l’homme qui présente l’histoire ressemble à un professeur à lunettes bien rassurant.
Ce spectacle pour tous âges proposé par la compagnie C’est pour de rire, patronné par une douzaine de revues et journaux plus une chaîne de télévision est un enchantement.
Bobino, tous les samedis et tous les jours de vacances scolaires à 14 heures.
Réservations sur billeterie@bobino.fr et 08 2000 9000

05 octobre 2011

Madame de…Vilmorin

d’Annick Le Goff et Coralie Seyrig d’après les entretiens d’André Parinaud
Avec Coralie Seyrig
Sur la scène côté jardin un long fauteuil est recouvert d’un tissu avec fond azuréen et fleurs pour Versailles génération Louis Quinze. Le long  pan d’une demi-tenture aux motifs identiques descend des cintres et au centre du plateau un fauteuil pour enfant ou peut-être même pour poupée est recouvert d’un même tissu : notez qu’il ne sera jamais utilisé par la comédienne. Est-ce la part de rêve de la petite fille qu’a été et veut rester cette rebelle alias Louise de… ? A cour un piano devant une longue plante verte. Coralie Seyrig en gracieuse tunique soyeuse s’y installe pour nous y dédier des musiques dont elle sait que nous les aimerons.
« Ce qui me touche… ? » L’univers de Louise pudique ou ludique: ses amours, ses admirations pour des écrivains - Fénelon, Bossuet et Paul Féval - ses tendresses,  ses demi - tendresses et aussi ses doutes. « J’ai imaginé ma vie ». Mais cette vie-ci elle l’aime, peut-être parce que « ma mère avait énormément d’aplomb, et que « mon père…une merveille » était ce botaniste issu d’une très bonne famille. Elle sourit. Coralie est devenue Louise.
« Et puis des hommes sont entrés dans ma famille ». « J’ai passionnément aimé »…
Elle s’assoit, se rassoit dans son fauteuil bleu,  reprend sa longue cigarette dont la fumée est pour elle un parfum nécessaire qui le devient pour nous, chère et élégante grande grand-maman.
« Il me faut une heure pour m’habiller ». « Le bonheur ne m’a jamais intéressée ». « Je n’aime pas le  roman » … «  Ce qui me touche ? » Donc, ceux qui l’ont touchée… on en connaît la jolie liste. Installée dans son grand fauteuil, elle allume une bougie. « J’ai passionnément aimé »… Saint Exupéry, Jean Cocteau, et cet homme exquis, hongrois, qui a été son époux. « C’est par dépit que je me suis mariée ». Il y en eut bien d’autres et puis à l’âge mûr, ce sera Malraux.
« La vie a été bonne pour moi ». « J’aime  plaire ». « Tout ce que je fais vient de moi ». « Et puis j’ai écrit des livres ». « Donc, Madame de…est-ce que ça plaira ? » « Tout ce que je fais vient de mon imagination ».
Coralie va à son piano et nous retournons à nos  rêves.
Petit Montparnasse, du mardi au samedi à 19 h, matinée dimanche à 15 h
Réservations : 01 43 22 77 74 et résathéâtre : 0892 707 705