29 décembre 2012

Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais

Décor et costumes de Pierre Gilles, lumières de Xavier Lazarini. Adaptation et mise en scène de Henri Lazarini servi par une équipe d’une douzaine de comédiens.
Suzanne et Figaro sont des jeunes domestiques plus qu’épris l’un de l’autre et à la veille d’être mariés. Leur maître, noble Monsieur qui a pour épouse une dame de bon lignage frétille autant qu’eux : voilà une plus que jolie petite personne intégrée-coincée dans son univers à lui. Vous pensez : «droit de cuissage» ou encore scénario incestueux voire même œdipien. Mais chez Beaumarchais qui est vraiment qui ? Et aussi qui veut ou peut désirer quoi, et pour combien de temps ? Sur la scène des éléments de décors colorés, drôlets et manipulables sont plus que systématiquement manipulés. Les comédiens jeunes, beaux et plus que décontractés vous la jouent du genre ‘intervenants’ pour feuilleton-télé, à la diction au phrasé minimaliste. Comprenez que c’est un choix. Ils ne semblent surtout pas désireux de remettre quoi que ce soit en question, n’étant ni acerbes ni cyniques, non plus que…  Le metteur en scène dit vouloir que les femmes « sortent victorieuses de cette ‘folle journée’ ». Nous vous avouerons en être sortie peu convaincue .
Vingtième Théâtre, jusqu’au 13 janvier, du mercredi au samedi à 19h30, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 48 85 97 90

22 décembre 2012

La Petite aux tournesols, de Noëlle Chatelet


Il y a eu La Femme coquelicot, donnée à Paris en janvier 2007; Noëlle Châtelet nous y dédiait sa mère, âgée de soixante-dix ans, de plus en plus courageuse, tonique et remarquable à mesure qu’elle s’approchait de la sortie d’une vie qu’elle avait si joliment apprivoisée. Aujourd’hui Noëlle, elle-même septuagénaire, a confié à une équipe étonnante l’adaptation de cet autre roman écrit dans la foulée. Sa petite à elle est effectivement une gamine, n’a-t-elle que six ans, mais quel est son âge métaphysique? Rassurez-vous, elle a un gentil petit camarade-confident : ça aide. Avec lui elle partage doutes et émotions, et très vite le temps des parents n’a pas ou n’a plus de contenu ni de limites voire même d’importance. La petite scène de l’Essaïon est archi-encombrée, on aurait presque envie de demander au metteur en scène : « Vous n’auriez pas pu conseiller à la petite fille de ranger tous ses jouets dans un coffre? » Car la gamine ira jusqu’à confectionner une vraie tente avec deux tréteaux et un grand drap au centre du plateau pour se glisser dessous. Message reçu ? Et ça repart pour re-déménager, la comédienne manipulant et déplaçant à nouveau ses autres accessoires, chaises, etc. Mais pourquoi donc tout ça cher Mr John Mc Lean qui la mettez en scène ? Elle est si touchante, seulement habitée par son texte et son personnage. Merci pour les musiques de Jérôme Klur et les lumières de Claude Marchand. Bravo Françoise Lhopiteau gracieuse acrobate qui tenez tout à bout de bras. 
Théâtre Essaïon, jusqu’au 16 février, le jeudi, vendredi et samedi à 21h30. Réservations : 01 42 78 46 42

21 décembre 2012

Brigitte directeur d’agence

Ecrit et mis en scène par Virginie Lemoine (assistée de Marie Chevalot) avec Darius Kehtari, Serge Noël, Marie Chevalot, Michel Tavernier
Retour de presse ? « Remarquable ! » Mais dans ce théâtre qui a si souvent proposé des spectacles auxquels vous auriez attribué un quasi vingt sur vingt, cette fois cela rassemble plutôt à un… couac. Même si quatre excellents comédiens se donnent plus qu’à fond, si le décor soigné est parlant, si le rythme est meilleur que très bon et encore si l’intrigue se veut touchante puisqu’il s’agit - dixit l’auteur- d’une « comédie douce-amère sur la différence » avec au départ et à la fin un inspecteur des impôts systématiquement empêcheur de vivre en rond. La vraie Brigitte là-dedans ? On ne le saura pas vraiment et Mademoiselle Lemoine, cette vibrionne, nous faisant un joli pied de nez, nous nargue tout en nous larguant un tantinet. A votre tour d’aller à l’agence…
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 19 h30, dimanche à 15 heures. Location : 01 48 65 97 90 ; www.vingtiemetheatre.com

17 décembre 2012

En v’la une drôle d’affaire (deuxième épisode)

Nathalie Joly chante Yvette Guilbert au Théâtre de La Vieille Grille.
La si jolie Nathalie, mise en scène par Jacques Verzier est escortée au piano par Jean Pierre Gesbert, autre bête de scène authentique et rare. Chantant en duo avec elle, il fait mine d’être son faire-valoir ou même un vrai-faux contradicteur, un pseudo-papa-prof et quoi d’autre encore ? D’abord apparue dans une somptueuse robe rouge de diva, puis ayant fait mine de se cacher derrière un mini paravent rigolo, elle en ressort geisha avec éventail genre trique : gare à vos doigts, messieurs ! On la retrouve en dame élégante : robe noire, courte et sobre. Entre temps elle nous a confié son Yvette, femme sans la gouaille que des enregistrements braillards de l’époque nous avaient répercutées. Voyez un parcours édifiant : une fois sortie de cette geôle (temporaire) qu’est la maladie, Yvette décide de mieux aimer l’existence et les humains, et de le leur dire en chantant en Europe et autres continents. Pour nous ce sera ici que vous adorerez cette 'affaire-là'.
Théâtre de la Vieille Grille, jusqu’au 31 décembre, du mercredi au samedi à 21 heures. Réservations : 01 47 07 22 11 et vieillegrille@gmail.com.

16 décembre 2012

Un square à six heures du soir, de Claude Broussouloux

Mise en scène de Margaret Clarac, avec Margaret Clarac et Emanuelle Bardin
Nous avons connu les fameux cinq à sept olé-olé et grivois c’était… mais voilà ce six heures où deux femmes vont finir par s’asseoir côte à côte sur un banc après s’être raconté leur existence, ce qui a provoqué leur rencontre et ce qu’elles ont en commun. Si l’on vous souffle qu’il s’agit d’un homme serez-vous surpris ? Sur la scène vide un mini-banc ; y est assise une dame aux grands cheveux blonds archi-raides avec frange, moulée dans une robe grise sexy aux manches longues. La rejoint une mince dame brune aux cheveux démesurément longs et à la robe noire courte et sans manches. Ce qu’elles vont se dire ? Peu importe, car elles déclament et ne cesseront de le faire (du genre tragiques grecs) un texte ambitieux. Serait-ce une parodie d’analyse pour un quelconque psy-quelque chose ? Notez que l’auteur et la comédienne principale, également metteur en scène, sont tous deux médecins. Donc ça clame beaucoup et « si vous me laissez revenir chaque soir… » « alors à demain à six heures précises !…» Et puis cela devient « Cet homme… » « pour lui une seconde mort »… La dame brune sort et re-paraît. Elle ne se posera sur le mini-banc qu’à la toute fin quand la blonde aura accepté de lui faire une petite place. L’auteur aime dire que ses romans policiers et ses sketches traitent « sur le mode ironique, de problèmes de société ». Le problème de ce spectacle qui se veut dérangeant c’est qu’il est très peu touchant. Or si nous allons au théâtre c’est pour y être émus, et non pas « diagnostiqués » avec ordonnance et feuille de soins à la sortie… « Voyez mon assistante ». C’est dommage car ce Guichet-Montparnasse est un petit théâtre plus qu’aimable dont la jeune équipe qui prend des risques question programmation, vous reçoit de manière charmante.
Théâtre Guichet Montparnasse, jusqu’au 5 janvier, du mercredi au samedi à 20h30. Réservations : 01 43 27 88 61.

13 décembre 2012

Poil de carotte, de Jules Renard

Mise en scène Michel Pilorgé et Jean-Philippe Ancelle
Avec Morgane Walther, Michel Pilorgé, Anne Morange ou Brigitte Aubry, Alexis Papineschi
Le décor est étonnant avec au centre de la scène une sorte de cabine de bain améliorée en haut d’un escalier d’où descendront des personnages féminins redoutables et redoutés par le très jeune homme, ce François Lepic qui nous prend à témoins. Son enfance a été loupée, car il est né ni blond, ni brun mais avec des taches de rousseur et des cheveux oranges, imaginez presque un Africain albinos… malchance ? Malédiction ? Et surtout aucun humour et aucune compassion de la part de ses parents dont cet 'hors norme' a compliqué une vie plon-plon. Annette, nouvelle servante, vient d’être engagée. Elle est jeune, et c’est elle la vie d’aujourd’hui et de demain, donc celle du jeune homme, blessé quasi-métaphysiquement. Les quatre comédiens tous plus que justes sont fascinants, leurs déplacements et la mise en scène le sont tout autant. Michel Pilorgé, chef d’équipe, se découvrant vrai père est plus qu’étonnant.
Théâtre du Lucernaire à 18h30, du mardi au samedi, jusqu’au 2 février. Réservations : 01 45 44 57 34.

08 décembre 2012

La ballade de Mrs Blondie et de son chien Billy dans New-York la nuit

D’après William Shakespeare, John Dos Passos, Richard Wright et quelques autres.
Texte et mise en scène d’Agathe Alexis, avec Jaime Azulay, Emmanuelle Brunschwig, Hanno Burger.
Dans la petite salle si chaleureuse une légère fumée vous accueille, elle rend tout flou à part le torse nu de l’homme immobile prodigieusement musclé qui vous tourne le dos. Sur le plateau à jardin une chaise et un fauteuil à cour, et c’est tout. Après que leur camarade équilibriste nous ait coupé le souffle et envoyés au tapis grâce à son numéro défiant l’espace, le temps, l’imagination, débarquent deux comédiens. Blondie est une jolie jeune femme avec de vrais-faux airs de Zizi Jeanmaire, des cheveux très courts, une robe rouge collante fort décolletée ; son chien Billy est un long gaillard mince dont on comprend vite que c’est un danseur. La Ballade de Mrs B. et de son chien-chien peut commencer. Ils vont se tomber dans les bras, danser ensemble, se faire des vraies-fausses confidences et des scènes de gamins genre à la récré et dire des bribes de textes d’auteurs fameux, de philosophes incontournables, dont des anglophones avec en poupe un certain William Sh. Cela ne vous surprendra qu’à moitié puisque vous avez compris qu’à l’origine de ce spectacle il y a des séances de « cours de théâtre » avec travaux pratiques alias improvisations et passages sur scène, minutés. Agathe Alexis vous le concède. Succession de sketches, mais re-débarque le magicien acrobate devenu un monsieur « black » à l’adresse toujours aussi effarante. On re-jubile. Comment tout cela pourrait-il se terminer ? Par la suppression, donc la mort d’un des protagonistes. Bien vu, bien joué ! Nous ne vous avions pas dit que le thème proposé aux comédiens pour les impros  à la base de ce collage était le racisme, pardonnez-nous !
Théâtre de l’Atalante, lundi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi, samedi à 19h, dimanche à 17 h. Réservations : 01 46 06 11 90

06 décembre 2012

Une semaine… pas plus !

De Clément Michel, mise en scène Arthur Jugnot et David Roussel, avec Arthur Jugnot, Maud Le Guénédal, Stéphan Guérin-Tillé
Deux hommes et une femme plus que séduisante, mais pas dans le coup puisqu’elle n’a pas compris qu’elle n’est plus qu’un prétexte, malgré ses jolis cheveux, jambes, robes etc. Et pour cause : son Paul de mari a décidé d’héberger chez eux un très cher ami, ce Martin officiellement 'veuf' de sa mère-à-lui et donc dévasté par la douleur. Or c’est en vérité pour quitter sa SÔphie (puisque c’est ainsi que les comédiens prononcent son prénom). Ménage à trois plus vicelard que chez des Feydeau-Labiche. Dans un décor avec bibliothèque aux étagères chargées, canapé forcément déployable pour les ébats que vous imaginez, on se jette tout à la tête et puis on récupère ce tout, tentant de le ranger et remettre en ordre. Balle de match : c’est reparti… La dame est toujours aussi sexy, mais ces messieurs sont de plus en plus décalés, et en font déjà quinze tonnes. Vous vous dites : mascarade sur-jouée, 'café-théâtre' primitif ? Vous n’avez probablement pas tort, même si la mise en scène signée par le patron du théâtre et acteur principal : ce facétieux Arthur Jugnot, est astucieuse. Ce soir-là aux Béliers, avant même la première réplique, de jolies spectatrices hystériques hurlaient de rire. Allez essayer d’y faire de même, mais notez aussi que le dimanche, à 18 heures dans ce séduisant théâtre montmartrois se donne la si bonne « Nuit blanche chez Francis ». Et que le dimanche est également programmé « Le roi nu » ; Andersen oblige.
Théâtre des Béliers parisiens, du mercredi au samedi à 21 heures, samedi à 17 heures, dimanche à 15h30. Réservations : 01 42 62 35 00 et www.theatredesbeliersparisiens.com

03 décembre 2012

Amours et Feydeau

Amour et piano, Feu la mère de Madame, les Pavés de l’Ours de Feydeau, mis en scène (plus chansons) de Léonard Matton. Avec Roch-Antoine Albaladejo, Stéphanie Bassibey, Ludovic Laroche, Nicolas Saint-Georges.
Vous vous êtes dit : un Feydeau de plus, bon… du genre triptyque ou tiercé, d’accord… durée : une heure trente, parfait ! Et puis vous vous étiez préparés à vous esbaudir tant la cruauté à peine masquée de celui qui dissèque les relations d’un couple de bourgeois moyens est réjouissante. Vous n’aviez pas forcément prévu que l’équipe composée de trois comédiens et une comédienne interprétant tellement de personnages avec déguisements ahurissants carambole dès le début, que ça pétarade ensuite, que les décors se transforment de façon carnavalesque : mardi gras, nous voilà ! Et encore que tout se débobine et se rembobine. Le piano sort d’un tiroir minable pour y retourner incognito, la comédienne est une soprano lyrique de qualité mais très vite une diva en tenue sublime. L’Ours, à l’accent belge irrésistible… ‘eunnnn’ fois’… crache non pas dans le potage, mais partout où domestique non domestiqué, il officie, c’est à dire surtout pas à l’office. Il balance un poulet cuit sur la mini-table à tréteaux devenue celle de la salle à manger de ses maîtres en pleine crise conjugale. Assis au premier rang de ce charmant théâtre si joliment montmartrois, vous risquez de recevoir en pleine figure les poussières propulsées par le balai d’un domestique zélé ; les domestiques étant des faux-vrais confidents mais surtout nos premiers chéris au théâtre depuis l’ère d’avant Molière. Cette soirée vous ravira et vous n’aurez que du bien à en dire.
Ciné XIII Théâtre, du mercredi au samedi à 21h30, dimanche à 17h30. Location : 01 42 54 15 12 et www.ciné13-theatre.com

29 novembre 2012

Sans Témoin, inspiré de la pièce de S. Prokofieva

Mise en scène d’Habib Nagmouchin, assistant Emile Pinédo, avec Cécile Lehn et Rodolphe Poulain
La Boutonnière ne s’évoque pas sans un sourire aux lèvres et peut-être même un verre à la main. Paris-Rive Droite, dans un quartier où officient les meilleurs artisans de la capitale, ceux qui ne « friment » pas et ne font aucun étalage de leurs talents. Elle est à découvrir au fond d’une impasse loin des klaxons. Reçus chaleureusement par son équipe sous un parasol, au pied de l’escalier extérieur, style de service, qui donne accès à une salle courte mais large, vous y serez de plain-pied avec les comédiens. Ils sont deux qui « défendent » cette pièce virulente, pour ne pas dire plus, scène d’un ex-ménage qui n’a pas fini de régler des comptes inréglables. Ils déménagent les spectateurs au point que certains sont pris de crises de rire et d’autres de quasi- tremblements difficiles à identifier. Car violence physique il y a forcément. Mais aussi parce que la mise en scène et en espace est judicieuse, riche avec des lumières étudiées et des projections de portions de films qui font décoller et rêver à ce qui aurait pu être, si… Retour à la case départ : soit une fois encore Il et Elle, leurs vrais ou faux enfants et la clique, c’est un «no-go» dont vous ressortez K.0. Pardon pour ces anglicismes, mais ici nous sommes dans un univers de cinéma plus qu’ailleurs, même si Nagmouchin patron et gérant de cette apocalypse récurrente dont on admire le curriculum mais surtout la générosité, qualifie sa partition de ‘récit didactique’. Bon ! Mais bien à vous ! Qui savez qu’après le spectacle vous êtes invités à prolonger votre plaisir au bar-comptoir avec « de petits plats amoureusement préparés » et à y rencontrerez Habib, Cécile et Rodolphe.
Théâtre de la Boutonnière, du mardi au samedi à 20 heures, jusqu’au 19 décembre. Réservations : 01 43 55 06 32

25 novembre 2012

Marsiho, d’André Suarès avec Philippe Caubère

Adaptation, mise en scène et jeu : Philippe Caubère
Après l’Urgent Crier ! d’André Benedetto donné en 2011 à cette même Maison de la Poésie, Caubère y fait à nouveau escale. Il y est plus pharamineux encore car il clame son amour pour Marseille que les Anglo-Saxons nomment Marseilles tant la cité est multiple. Sur le plateau nu qu’il va arpenter habilement et sans jamais venir racoler le public à l’avant-scène, avec pour seul décor le mur du fond et sa vieille porte donnant sur la rue arrière occultée par des pierres. Le comédien en costume blanc et chemise de toile blanche n’a pour partenaire qu’un fauteuil en bois blanc, puis une petite chaise couleur bois qu’il déplace tout aussi sommairement. On peut appareiller, soit départ : « L’un des plus beaux mots qui soient » confie Suarés. Le navire gagne le large d’où il pourra aimer plus sensuellement encore l’antique et toujours jeune Marseille,  où « nul peuple ne croit plus fortement à la vie ». Même si (bonne mère !) rien n’y est franc non plus que simplement simple : oui mais si tel était le cas quel gâchis ce serait ! Une fois encore Caubère nous sidère quand il vacille tel le mistral qui remet en question, décape et reformate tout. Les lumières, les sons et les musiques, (Debussy, Wagner, Schubert et Kausi Kahnra, Indien transcendantal) sont ses alliés. Et le temps n’a vraiment plus de contenu. Ce soir-là, à l’ex-Théâtre Molière bourré à refus, le public se tombait dans les bras aux saluts parce que Caubère est un homme généreux et pléthorique, sans mauvais tours dans son sac non plus que fadaises et vrais-faux tics. Allez vite aimer Marsilho.
Maison de la Poésie, jusqu’au 13 janvier, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures.
Réservations : 01 44 54 53 00 et maisondelapoesieparis.com

Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux

Mise en scène de Vincent Gauthier, avec Muriel Adam, Florence Enjalbert, Ludovic Coquin, Charlotte Hirsch, Frédéric Morel, Stéphanie Truong.
Deux jeunes et beaux couples, soit Lia et Jean, Ruth et Jacques, plus un ange, un archange et un jeune jardinier attendrissant parce que naïf peut-être, et sa vraie rose très rouge. En encore Samson et sa Dalila et des jeunes femmes du style confidentes - commentatrices. Sur la scène ils sont une grande douzaine. Et ça galope, on se jette dans les bras les uns des unes et les unes des uns, on s’étreint voluptueusement mais élégamment. Un grand ange suave vient débiter son discours moralisateur et vaguement fait pour (psych)analyser les comportements des jeunes gens plus ou moins révoltés , mais contre qui et contre quoi ? Vincent Gauthier a voulu un décor halluciné donc hallucinant et recyclable en permanence. Sur des tables (simples planches posées rapidement sur des tréteaux) on hache du persil et on épluche de vrais légumes destinés à une dernière soupe. Des tissus grisâtres deviennent des pseudo-tapis sur lesquels des petits « minets » en tuniques courtes se mettent à faire des cabrioles pour re-basculer vers les coulisses. Des étoffes qui masquaient des panneaux inquiétants atterrissent sur le plateau ; elles sont devenues des chiffons minables… bien sûr puisque c’est la fin du monde ou d’un seul monde. Des bruits assourdissants, et des réflexions perturbantes : « Haïr après avoir trop aimé » ou « Nous mourons de ciel bleu » et « O quelles ténèbres ! », « Quel soleil ! » Bang ! C’est le chaos, donc tous seront foudroyés. Mais l’ange conclût: « La mort n’a pas suffi. La scène continue ». Ce Giraudoux vous réconciliera avec tous les autres, car s’il en est peut-être la somme totale, l’équipe qui le sert est d’une cohésion, d’une générosité et d’une énergie rares. Merci Théâtre du Nord-Ouest de nous l’offrir en ces débuts d’hiver, période frileuse certes, mais bénie pour nos soirées (attention : 400 spectacles dans la capitale et autour). Donc choisissez celui-ci d’abord et parlez-nous en.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre, dans le cadre de l’intégrale Giraudoux. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.

21 novembre 2012

Renayates avec Houria Aïchi



Renayates avec Houria Aïchi: chant; Mohammed Abdennour : mandole et guitare; Smaïn Benhouhou : piano; Ali Bensadoun : flûte et Amar Chaoui : percussions.

Berbère chaouie, Houria s’est donné pour mission de rendre hommage aux femmes d’Algérie, ses ancêtres, dont les voix ont bercé son enfance et fait d’elle une passeuse et aussi une passerelle intemporelle, de celles dont les enfants encore dans le ventre de leur mère ont besoin pour commencer à aimer le monde. Même si cela n’a pas toujours été facile pour les femmes dans ce Maghreb si exigeant. Au centre du plateau, dans une légère robe blanche à volants, derrière son micro à grande hampe, elle est entourée par ses partenaires-musiciens, ses complices, ses frères et ces forcément amoureux d’une dame à l’énergie contagieuse. La salle vibre et applaudit chaque morceau. Ce peut être un rare solo de la chanteuse, ou une prestation mettant en valeur l’un ou l’autre des musiciens ou plusieurs d’entre eux à la fois. Les « you-you » fusent, et la salle s’est embrasée. Les lumières simples et les couleurs primaires qui s’impriment sur le rideau de fond sont devenues des écrins. Et Houria-la diva, de drôle devient émouvante quand elle se retransforme en une petite fille aux gestes courts, aussi instinctifs que gracieux. Les « you-you » sont suivis ou escortés de tonnerres d’applaudissements. Nous sortons en titubant de joie de cette salle mythique de l’Institut du Monde Arabe.  A vous de guetter la prochaine apparition sur scène de cette fascinante Houria Aïchi.

11 novembre 2012

Une laborieuse entreprise de Hanok Levin

Traduction Laurence Sendrowicz
Mise en scène Serge Lipszyc
Avec Marie Murcia, Nathanaël Maïni, Cerge Lipszyc et Jeremy Lohier à l’accordéon. Musique Jérémy Lohier
Au centre deux fauteuils côte à côte constituent un canapé sommaire, à jardin un fauteuil épais recouvert de tissu à rayures, à cour son double, et de part et d’autre des lampes ressemblant à des micros perchés sur leur pied. Une valise est là qu’on n’ouvrira surtout pas mais qui évoque un voyage imminent. Un homme assis dans un pseudo-lit a sur ses jambes un immense drap blanc et la femme qui dort à son côté ronfle. Le musicien à l’accordéon est relégué contre la coulisse de droite. Et l’homme (Yona Popock) parle ; il dit son exaspération et ses ras-le bol. Marié depuis vingt ans à Léviva avec laquelle il a eu des enfants, mais qui ne représente plus pour lui que la partie de ce corps qu’il convoque quand il en a besoin, il veut prendre la tangente. Elle se réveille : tout peut alors commencer. Ce tout sera une confrontation jouissive d’un réalisme renversant et quant à la mise en scène très physique, elle fait se renverser les partenaires, et les envoyer au tapis. Elle les fait danser, chanter, et convoque soudain un voisin (Nathanaël Maïni alias Gounkel) qui dégringole du fond de la salle et qui, en pyjama, est un voyeur frétillant prêt à tout pour déchiffrer les relations d’un couple et peut-être pour en apprendre plus sur lui-même. Ça se remet à tournoyer, ça chante, et on se renvoie au tapis, on s’adresse au public ou au musicien éthéré et qui fait mine de n’être pas forcément partie prenante. Mais jamais ça ne devient grossier non plus que vulgaire. Et comme nous le dit le metteur en scène, tous jouent « au plus près du public » pour notre jubilation. La fin ? Il n’y en a pas, bien sûr ! Elle et Lui envisageront-ils une existence ensemble ? Parce que la tendresse… Lui s’est déshabillé, rhabillé, re-déshabillé et ré-rhabillé. Elle est restée en combinaison légère, sexy et pantalon de même jusqu’à ce qu’elle devienne royale dans une robe longue, blanche et soyeuse. Aux saluts nous leur tomberions bien dans les bras. Dans le hall de ce théâtre où on est chaleureusement reçu par toute l’équipe, il y a des ‘livres d’or’ pour que vous y écriviez un mot : n’y manquez pas ! Et le bouche-à-oreille se mettra en route.
Théâtre de l’Etoile du Nord, jusqu’au 1er décembre, du mardi au vendredi à 19h30, samedi à 17 heures et 19h30. Réservations : 01 42 26 47 47.

08 novembre 2012

Médée, de Jean-Luc Mingot d’après Euripide

Mise en scène Jean-Luc Mingot et Aïcha Finance.
Avec Aïcha Finance, Jean-Luc Mingot, Lisbeth Wagner.
Pièce touchante, condensé de l’histoire d’une femme qui fut à la fois une magicienne et la générosité même puis devint ce monstre décidant d’exterminer ses propres enfants quand leur père en vint à décider de la quitter. La reniant puisqu’elle n’est pas originaire du même pays que lui, n’appartient pas au même clan, n’admet pas les mêmes dogmes, n’a pas les mêmes croyances, il va épouser une ‘vraie’ princesse et passer - pardonnez l’expression - au chapitre suivant. La grande salle Laborey du Théâtre du Nord-Ouest héberge un Jason (Jean-Luc Mingot) hiératique et figé, en costume neutre, et deux comédiennes : Lisbeth Wagner, mère de rechange, est attendrissante ; elle étreint Aïcha Finance vraie «bête de scène». Sexy, érotique et exotique, Aïcha dans sa superbe robe rouge a des yeux dévorants mais donne parfois l’impression que dans cette tragédie qui comporte quelques jolies naïvetés, elle est peut-être dépassée par les évènements.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre, dates et réservations : 01 47 70 32 75.

03 novembre 2012

La machine à explorer le temps, de Herbert George Wells

Avec Sydney Bernard et Thierry Le Gad, musiques originales de Chapelier Fou
Dommage que l’Alhambra, salle sans cintres, n’ait donc rien à voir avec un théâtre et que dans ce cabaret tout ne puisse se passer qu’au ras du sol. Dommage encore que Sidney Bernard, dont on connaît les talents et le parcours plutôt pharamineux (et qui est également le traducteur de Wells) ait dû se « sonoriser » parce que le bruit des effets spéciaux et autres souffleries intenses - qui vous sidèreront - auraient probablement nui à la perception du texte. Sa voix piétine et écrase sa partition au risque de nous en faire décrocher, mais ce qui se  passe sur scène est démesuré, dévastateur, filmographique au premier degré et inracontable. Les lumières exploratoires, ravageuses, transforment tout sur-réalistement. Sydney et son délicieux jeune partenaire Thierry Le Gad se voient obligés d’escalader des pseudo-collines qui surgonflées (effets plus que spéciaux) deviennent un quasi Everest, dont ils dégringolent et redégringolent. Et cet H.G.W. est un sempiternel maître d’école. Nous autres qui ne rions pas forcément, sommes pourtant fascinés par ce travail exemplaire. Tout cela, direz-vous, est contradictoire ? Moralité exploratrice : vive les vacances ! Et voilà une lourde machine colossale, infernale, monstresse qui ne débarque sur scène qu’à la toute fin…
Les enfants dans la salle ce soir-là étaient bouche plus que bée. Moralité : enfournez vos gamins à l’Alhambra et puis guettez ce qu’ils vous diront dans la rue et dans le métro au retour… et dites-nous tout.
Théâtre de l’Alhambra, à 19 heures jusqu’au 11 novembre ; téléphone : 01 40 20 40 25.
Le spectacle se donnera à Avignon-off au Théâtre du Chien qui Fume cet été et sera en tournée à partir de janvier 2014.

28 octobre 2012

Yallah ! Sœur Emmanuelle

D’après « Confessions d’une religieuse » de Sœur Emmanuelle.
Adaptation et mise en scène de Michaël Lonsdale, avec Françoise Thuriès.
Celle qui choisira une fois devenue nonne de s’appeler Sœur Emmanuelle, est d’abord cette gamine témoin de la mort de son père qui, se noyant sous ses yeux, s’en est allé vers un au-delà qu’à l’époque elle ne soupçonnait pas. Scolarisée chez les sœurs de Notre-Dame de Sion - congrégation dont la mission est de réconcilier juifs et chrétiens - elle devient cette adolescente attendant d’être majeure et ruant dans les brancards en quête de vraie vocation avec feuille de route. A l’époque on aurait dit d’elle : « Cette fille est un vrai numéro ! » Françoise Thuriès fait effectivement un numéro déménageant et parfois quasi-clownesque : sa voix à multiples étages (mais avec de si jolis et terrifiants sous-sols) vous entourloupe. Et on comprend pourquoi Michaël Lonsdale, au parcours aussi étonnant et touchant que celui de cette dame belge, ait décidé que Françoise était sa sœur-à-lui.
Théâtre Michel à 19 heures, du mardi au samedi. Réservations : 01 42 65 35 02.

25 octobre 2012

Trouble dans la représentation

Conception et mise en scène Aline César, avec Catherine Rétoré et Malik Faraoun.
Titre plus qu’intriguant : vous avez l’impression que vos yeux et vos neurones vont partir en vrille. Et c’est bien ce qui risque de se passer avec cette succession de textes décapants qui décrivent les rapports homme-femme, dénonçant la façon dont on traite encore de nos jours ceux-ci face à celles-là. En scène Lui et Elle ; sur un écran gigantesque apparait une metteuse en scène, empoisonneuse, donneuse de leçons et redresseuse de torts. Elle empêche le peut-être-couple de s’adonner aux textes philosophiques ou poétiques, reconnus ou moins connus qu’ils ont choisi de nous proposer. Huit autres personnages interviennent à sa suite, et commentant également les textes à l’écran font part de leur expérience. Pour que le rythme soit hyper-syncopé des lumières étranges se mettent à clignoter. Heureusement les textes vous ayant remués, vous voilà blindés. Catherine Rétoré et Malik Faraoun sont les interprètes de ce spectacle dérangeant et leste.
Théâtre de Belleville, lundi et mardi à 21 heures. Réservations : 01 48 06 72 34.

24 octobre 2012

Voyage, Voyages… d’après le roman de Laurent Graff

Adaptation Fred Bianconi, mise en scène Penchika Velez (assistée de Julien Reynaert), avec Fred Bianconi.
Partir, donc quitter ses proches, ses amis et ses amies, les vrais, les faux, fuir les lieux où l’on croupit… (Patrick est croupier dans un casino près de Caen, cité qu’il juge sinistre et dont il n’est surtout pas originaire) mais partir pour aller où, trouver ou retrouver qui ? Serait-ce seulement se trouver soi-même ? Un décor fait de tentures peintes ; au centre une rutilante valise rouge de recruteur-démarcheur qui va tenter de vendre et de se vendre ailleurs. Patrick l’ouvre et la referme ; il en extrait les objets qui lui seront nécessaires pour ce périple si énigmatique. En célibataire pratique, il avait commencé par repasser sa veste, et son fer, étonnamment, s’était mis à ressembler à une arme à la fois offensive et défensive. Le décor est inventif ; derrière chaque élément se réfugient des accessoires pratiques et explicites dont Patrick s’empare les uns après les autres : un fauteuil mou devient canapé, tous se transformeraient, mais lui reste le même. Partira-partira pas ? Il continue de se raconter ; un camarade (avec un aksègne du midi… puteigne !) vient essayer de comprendre sa démarche et tente de l’emmener voir ailleurs. Bianconi est parfait quand il se dédouble pour devenir cet intrus-là. Son jeu est physique, il bouge mieux que bien et se donne à fond. Mais comment et où son personnage va-t-il atterrir et pourquoi ? A la toute fin les lumières sont devenues quasi-infernales et le personnage déchire les tentures du décor. Merci à lui d’avoir choisi et adapté ce roman dérangeant et de nous le proposer si généreusement.
La Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi et samedi à 21heures, Dimanche à 17 heures.
Réservations : 01 42 33 42 03

22 octobre 2012

Vis ma vie, d’Emmanuel Darley

Mise en scène Yves Chenevoy.
Avec Bruno Allain, Claudie Arif, Brice Beaugier, Malika Birouk,Yves Chenevoy.
Fable politique selon la Compagnie Chenevoy ; l’auteur lui a commandé cette pièce qui fait se côtoyer, voire cohabiter des lièvres et des tortues, alias zurbains et ruraux. Qu’ont-ils en commun, à se dire, à s’apprendre et comment sauront-ils s’apprécier ou s’aimer ?
Vaste sujet. Le décor est impressionnant, astucieux, mais d’abord superbe. Il nous met au vert grâce à des panneaux en tissus où des milliers de hautes herbes nous oxygènent l’âme et le cœur et nous font décoller. Très vite les comédiens se mettent à déménager des cubes en bois qui ressemblent à d’énormes dés, (mais « Dieu ne joue pas aux dés » comme nous ne le savons que trop), ils passent à travers les panneaux qu’ils manipulent et triturent avec de plus en plus de célérité.  Comme pour nous mettre en danger, tout en nous rappelant qu’il faut raison garder. Tout s’emballe et ça ‘déménage’ au propre comme au figuré. Mais les comédiens ont l’air de s’amuser comme des petits fous, ils aiment leurs partitions qu’ils nous dédient en quatrième vitesse ; les costumes sont délirants et les lumières superbes. On en sort estourbi. Un message à coloration métaphysique est-il passé ? Sans doute mais lequel… à vous de le dire.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures, jusqu’au 25 novembre. Réservations : 01 48 65 97 90.

18 octobre 2012

Cher menteur, d’après la correspondance de Béatrice Campbell avec Bernard Shaw.

Adaptation de Jérome Kilty, texte français de Jean Cocteau, mise en scène de Régis Santon avec Francine Bergé et Marcel Maréchal.
Deux grands fauteuils sommaires au centre du plateau. A jardin l’univers de Béatrice Stella, sorte de loge où elle range les costumes tous plus gracieux les uns que les autres et qu’elle revêtira successivement. A cour le monde de Bernard Shaw soit une vaste table d’écrivain. Tout peut commencer. Tout ? En fait rien puis qu’il ne s’agira ici que d’une correspondance drôle ou moins drôle entre deux « monstres sacrés » qui se sont aimés pendant la quarantaine d’années où le monde a basculé plusieurs fois. Leurs relations jamais tièdes sont plutôt salées-sucrées, vengeresses mais tellement tendres. Et d’abord qui ment vraiment, et à qui, et puis qu’est-ce donc que mentir ?
Mise en scène minimaliste, déplacements convenus voire convenables parfois, mais les interprètes jouent en majeur. Marcel Maréchal est au combientième degré ? Nous touchant infiniment il convoque et ressuscite ses prédécesseurs… un certain Pierre Brasseur est en coulisses. Francine Bergé est l’héritière fascinante de Maria Casarès. Aux saluts elle ôte sa perruque frisottée pour redevenir cette blonde lisse que nous aimons.
Théâtre La Bruyère, du mardi au samedi à 19 heures. Location: 01 48 74 76 99.

17 octobre 2012

Nuit Blanche chez Francis

Spectacle conçu, réalisé et présenté par Jean-Baptiste Artigas, Guillaume Destrem, Alain Dumas, Didier Le Gouic.
Francis Blanche a été bachelier à quatorze ans, d’accord ! Regardez vos pieds et puis sautez depuis des sommets hors du temps, n’imitant surtout pas cet autrichien aux trente-neuf kilomètres (39 marches?) intemporels qui sera vite anecdotique, ce que Francis ne pourra jamais être. Un quatuor solide, alias La Belle Equipe a investi ses calembours, ses textes, ses chansons, ses vérités profondes et autres plaisanteries aussi aimables que féroces et subtiles. Il nous les repropose et les retours sont ceux de gens emballés comme nous l’avons été, mais d’abord reconnaissants. Face public cinq mini-chaises pour petits lapins à la maternelle ; quatre comédiens encravatés en pantalons clairs, vestes sombres et distinguées y sont assis, mais à qui la cinquième est-elle destinée ? Au « p’tit gros » lunetteux et moustachu dont nous entendrons la voix grâce à des enregistrements mythiques. Eux, changeant systématiquement de tenues, se déchaînent, chantent étonnamment bien, s’installant l’un après l’autre au piano et nous offrant des séquences et des sketches hallucinants de fantaisie, parfois moliéresques. Un seul est au bord de la mélancolie, mais le fils de Francis dit que son père « se cachait derrière son rôle d’amuseur public ». On décolle, on carambole, et puis on se dit que demain on reviendrait bien aimer ce que les malins directeurs du Théâtre des Béliers Parisiens, programment à Montmartre le dimanche à 18 heures. A la toute fin, les comédiens se sont sagement (?) réinstallés sur leurs petites chaises. Emmenez-donc vos lapins de la maternelle voir cette chose jubilatoire. Croyez-nous si vous le voulez : ça leur sera plus utile que ce cours de français qu’ils endureront pour la première fois à l’ombre de Monsieur le Ministre !
Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis rue Sainte Isaure, Paris 18ème, le dimanche à 18 heures.
P.S. Permettez-nous aussi de vous signaler la sortie récente de Francis Blanche, mon père ouvrage édité par Plon et dû à Jean-Marie Blanche son fils : il est aussi touchant que troublant.

14 octobre 2012

Regardez mais ne touchez pas ! de Théophile Gautier et Bernard Lopez

Mise en scène Jean-Claude Penchenat, assisté de Maria Antonia Pingitore
Le cheval de la Reine d’Espagne s’est emballé: il faut donc courir au secours d’Elisabeth Farnèse, femme sacrée puisque reine que nul n’a le droit d’effleurer. La jeune Dona Beatrix d’Astorga qui est de sa famille a promis sa main à l’éventuel et imminent sauveteur de la souveraine. La gracieuse Griselda, confidente des deux dames et jouant les intermédiaires, permet des rencontres nocturnes chez elle avec des séducteurs patentés. Pensez-vous vaudeville ? Erreur : c’est du genre « cape et d’épée » avec vraies capes, mini-masques, vastes chapeaux, légères barbes pour ces seigneurs et hidalgos fascinés par le pouvoir mais qu’un désir sensuel taraude. Leurs épées sont en pointillé car le régisseur, à sa table de travail, préfère évoquer le bruit d’un combat à l’aide d’objets de cuisine : ces vraies louches qu’il agite et cogne, et autres accessoires rigolos. Mais il peut aussi se chapeauter comme les camarades et vous la jouer souverainement sans ses lunettes de pseudo-myope. Ça déménage à nouveau. Les jeunes comédiens, parfaits danseurs, bondissent sur une scène où ils s’enjambent, s’effondrent mais dont ils se relèvent vite. Cependant que les jeunes dames plus que ravissantes continuent d’évoluer et de parcourir le plateau très gracieusement. Quel message? Une fin avec moralité serait- elle nécessaire ? Surtout non. Mais merci Monsieur Penchenat pour cette soirée hallucinante de vraie drôlerie.
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 21h 30, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 45 44 55 34.

12 octobre 2012

La dernière bande, de Samuel Beckett

Mise en scène d’Alain Françon, avec Serge Merlin.
Dans une pénombre résolument métaphysique le comédien rageur et râleur à la voix plus que rauque jette systématiquement à terre tout ce qui encombre sa table de travail, soit les anciennes bandes de son compagnon : un vieux magnétophone. Titubant, il se dirige vers une mini-coulisse lumineuse où il aurait pu faire une vraie pause, se rassurer et nous avec. C’est plutôt raté. Mais le numéro d’acteur de l’époustouflant Serge Merlin ne l’est pourtant pas.
Théâtre de l’Œuvre, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : 01 44 53 88 88

09 octobre 2012

Italienne scène, de Jean-François Sivadier

Mise en scène de Victorien Robert
avec Matthieu Alexandre, Benjamin Brenière, Katia Ghanty, Elise Noiraud, Thomas Nucci, Maud Ribleur.
On sait qu’une ‘italienne’ est une pseudo-répétition où les comédiens ne font que débiter le texte de leur pièce sans rien jouer.
Ici cinq d’entre eux ont accepté d’interpréter une version de la Traviata, (ex ou alias Dame aux camélias ?) dont on se souvient que la création au théâtre dans les années 1850 fut un ‘bide’. Leur metteur en scène est un jeune homme charmeur qui imposerait volontiers à son équipe sa vision des choses mais qui, n’en ayant pas vraiment, les laisse improviser. Ils lui proposent des démarches aussi cocasses que grotesques, avouons : calamiteuses. Une comédienne le prenant pour un gourou lui fait des confidences tristounettes, cependant que la pianiste joue archi-classique puisqu’elle est née Outre-Rhin. Notez que le comédien principal en chemise et pantalon blancs est un homme aussi séduisant que son metteur. Projos bleus ou rouges, on enchaîne puisqu’on sait que de toute façon sauf miracle, on ne pourra pas être remarquable à la première. Sautons des séquences… le canapé recouvert d’un tissu rougeâtre du genre récupération poubelle bascule en arrière quand l’équipe s’y installe dos au public, parce que le quatrième mur est en fait face à eux et que de toutes façons ils ne sauront jamais où ils sont, voire même où ils en sont, même si, montés sur des chaises, certains en solo nous dédient des monologues existentiels. C’est à se rouler par terre, mais d’ailleurs la comédienne qui joue l’assistante du ‘metteur’ se jette sur le plateau très régulièrement et plus ou moins gracieusement selon ses indications. Mais vers la fin elle y dépose des dizaines de faux camélias. Suggéreriez-vous post-surréaliste ? Bravo ! Vous n’êtes pas loin. Comment raconter ce spectacle à ceux que vous aimez ? Dites-leur seulement que vous l’avez adoré.
Ciné 13 Théâtre, jusqu’au 3 novembre, du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 17h30. Réservations : 01 42 54 15 12

06 octobre 2012

La conversation, de Jean d’Ormesson

Mise en scène Jean Laurent Silvi, avec Maxime d’Aboville et Alain Pochet.
« L’instant où Bonaparte adulé par les Français décide de devenir empereur » : un résumé accrocheur. Le fringant jeune Corse est face à ce Cambacérés qui va sur ses cinquante ans et dont on se souvient qu’il était plus fasciné par les messieurs que par les dames. Le décor et la mise en scène sont sommaires : le futur Napoléon Premier se lève et va s’asseoir devant une table du genre bureau ; son partenaire en fait autant à son tour, et puis c’est l’inverse, et l’inverse de l’inverse dans un décor minimaliste. Leurs échanges sont très touchants, même si parfois l’auteur nous ressort des citations aimées mais archi-connues et des bons mots qui ont fait mouche il y a un temps. Maxime d’Aboville, jeune comédien rare mais confirmé à la voix et la présence ensorceleuses, fascine tant il décrypte l’ambition d’un personnage qui se croit investi d’une mission quasiment sacrée. Son partenaire en adoration devant ce précoce donneur de leçons, n’en peut plus. Musique, noir et fin. Allez découvrir cet amusement au Théâtre Hébertot du mardi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 43 87 23 23.

05 octobre 2012

Müller Machines

Textes de Heiner Müller, traductions de Jean Jourdheuil, Jean-Pierre Morel, Jean-François Peyret et Heinz Schwarzinger
Mise en scène, musique et vidéo Wilfried Wendling, création lumières Annie Leuridan,
Avec Denis Lavant, Cécile Mont-Reynaud et Kasper T.Toeplitz
Soit une vraie meute de traducteurs pour Herr Müller. Chez nous Müller est un meunier et cela donne : « Meunier tu dors, ton moulin… ton moulin va trop vite… ». Ici tout va trop fort et fonce dans le mur. Bruits résolument atroces, lumières à vous dézinguer, voire vous amener à sortir à tâtons avant la fin. Autre fausse mi-temps: dans l’obscurité on n’entend que la voix du seul-en-scène à venir, sur fond des raclements de gorge et toussotements d’un public qui ne comprendra que très ou trop tard qu’il n’y a rien à comprendre et qui va subir ce texte qui ne comporte que des faux-aphorismes consternant de banalités. L’équipe est déménageante : une charmante danseuse aérienne a grimpé et regrimpera pour de vrai à d’effarants rideaux. Bref… Cher Denis Lavant nous vous guettons espérant que vous allez vite devenir un Denis Laprès… soit après ce que ne pourrions que qualifier de bidouillage.
Maison de la Poésie, jusqu’au 28 octobre, du mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.

26 septembre 2012

Pourquoi j’ai mangé mon père, adapté du roman de Roy Lewis par Damien Ricour

Mise en scène de Patrick Laval, joué par Damien Ricour.
Une scène presque vide à part un pot avec sa modeste plante verte, un petit banc central nécessaire pour que le comédien vite en sueur puisse s’y poser et s’éponger. A jardin la tablette responsable de la régie lumières que manie notre funambule-clown-imitateur-danseur-cavalcadeur-cascadeur mais encore philosophe grandiose et surtout homme de cœur autant que de scène… Manger son père ne serait-ce qu’une métaphore? Mais l’adolescent consterné, ayant arrêté de se regarder dans la glace du cabinet de toilette familial où il recense ses boutons-de-peau, et qui vient de comprendre comment il a été engendré, pourrait-il accepter d’être chéri par son géniteur pour ensuite l’écouter, l’admirer, l’aimer ? C’est fait et Damien Ricour qui a tout compris vous le dit si joliment. Voix et présence sidérantes, il vous fera une fois encore grimper aux rideaux.
La Manufacture des Abbesses, du dimanche au mercredi à 21 heures, jusqu’au 31 octobre. Réservations : 01 42 33 42 03.

25 septembre 2012

Palestine check point, de Jacques Mondoloni

Mise en scène de Robert Valbon, avec Marie Azouz, Wafik Sadaoui et Genséric Maingreaud.
Pièce aussi explicite que généreuse. Soit un ‘point de reprise’ donc une frontière intérieure avec au centre du plateau un soldat raide et blindé au physique de catcheur en haut d’un mirador consternant qui sépare l’homme d’une épouse qu’il aime aussi fougueusement et tendrement qu’elle le fait. Ni l’un ni l’autre ne pourront plus se voir non plus que s’entendre. Le responsable ? Le diabolique conflit israélo-palestinien au cœur du pays natal de Jésus-Christ, messie, martyr, fils de Dieu et qui se voulait rédempteur. La mise en scène est parlante: une dizaine de potelets lumineux qui au départ, côté cour, divisent la scène façon Nord-Sud sont systématiquement ramenés à jardin par les comédiens. Quand ils auront atteint l’autre rive tout aura eu lieu et nous pourrons espérer être en paix, même si Lui et Elle ne s’en seront probablement tirés qu’à leurs dépends. Comédiens plus que charnels Marie Azouz, Wafik Sadaoui et Genséric Maingreaud servent le texte d’un auteur dont on aime savoir qu’il est aussi un romancier détonnant. Le metteur en scène aux exigences remarquables l’est tout autant ; Sa mise en espace et en scène avec lumières troublantes l’est également. Une fois encore l’équipe du Théâtre de Belleville a fait un bon choix. Guettez les reprises de ce spectacle, ainsi que la programmation du théâtre qui l’héberge.
Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, métro Goncourt. Programme, renseignements et réservations : 01 48 06 72 34.

14 septembre 2012

Jeanne d’Arc au bûcher de Paul Claudel

Mise en scène Emmanuel Ray, avec Mélanie Pichon et Jean-Yves Desmonceaux, au piano François Cornu.
Soit se débarrasser de cette Jeanne, icône de notre enfance parce que vraie jeune fille, pucelle aimée et admirée, pour la recycler avec Paul Claudel et Olivier Messiaen pour complice. Ce dernier est responsable d’une partition tout aussi dérangeante, que le sont la démarche et les objectifs de l’auteur. Pour nous Jeanne était aussi une recherche de paix et de l’amour des autres. Ici rien tel puisque nous avons affaire à une femme apparemment gorgée de lectures de Simone Weil et hôte habituelle du café de Flore en compagnie de J-P S… ! Grâce à Dieu la Crypte Saint Sulpice est envoûtante dans tous les sens du terme. Le pianiste à jardin est mieux que solide, son instrument détonne. La comédienne est résolument effarante et son partenaire masculin dont la voix grésillante évoque celle d’un démon, l’est tout autant. Trouvailles de mise en scène avec bruits et sons violents. François Claudel, fils de, vous recommande cette prestation.
Crypte Saint Sulpice, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17 heures.
Réservations : 02 37 33 02 10

10 septembre 2012

Marilyn Monroe - Entretiens

De Michel Schneider, mise en scène Stéphanie Marc avec Stéphanie Marc.
A jardin une table avec une lampe de bureau ; une femme est assise derrière. Elle a une perruque très noire et pas une minute elle ne sera une Marilyn glamour avec poupoupitou. Elle nous livre le côté le plus sombre de Norma Jean… cette fille de qui donc au juste? Ballottée pendant sa première enfance entre des pseudo-familles, mais dont elle dit curieusement qu’elles ne l’ont surtout pas entamée, comme cela a été prétendu dans des biographies calamiteuses, qui la décrivent comme une « petite fille idiote et vicieuse ». A l’époque une femme qui se supprimait si jeune après avoir été tellement aimée par des hommes de pouvoir ne pouvait être qu’une ancienne très-mal aimée, traumatisée dans sa jeunesse. « Vous connaissez un moyen de vous sortir des autres ? » « J’ai peu de devenir folle», « Je ne suis qu’une épave, je suis laide ». La comédienne aime son texte fignolé et subtil qu’elle nous livre avec des hésitations qui n’en sont pas vraiment et son regard est inquisiteur. Elle allume et éteint régulièrement sa lampe de chevet après chaque confidence pendant la première partie du spectacle et puis « Coupez ! » Elle est maintenant à cour, assise de dos face à un gigantesque écran où s’alignent les photos de la blonde pulpeuse ; elle se borne à agiter légèrement les mains, et nous ne savons plus où nous en sommes ni où elle en est. Aux saluts elle ôte sa perruque, son visage devient mince et fragile, on en admire d’autant plus sa performance.
Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34.

06 septembre 2012

Il était une femme sur les ailes de l’amour

Chant : Françoise Pons. Accordéon : Piotr Odrekhivskyy. Mise en scène : Jaques Dutoit. Nouvelle version de ce spectacle musical qui comportait une Bergère dans sa version première donnée à l’Aire Falguière et que nous avions aimée (Notez que Falguière rimait joliment avec bergère). Cette saison, à Montparnasse, la première a eu lieu à guichets fermés et nous y avons aimé de nouveau cet itinéraire en huit séquences d’un homme vite tombé « sous le coup de l’amour », et qui a appris à aimer à ses risques et périls. Désirs, séductions, jeunesses éphémères, inconstances, séparations voire violences éventuelles, abandons et vrai(s) deuil(s)…mais, coup de théâtre final : «La femme sait se défendre et s’amuse de tout». Donc de la bergère à son «Monsieur le loup» (voyez cette variation de Giacomo Zani sur un thème d’Offenbach, texte de Gripari qui conclut le spectacle) qui pourrait être en fait un gentil chien-chien de berger. Une fois encore Françoise Pons étonnamment lyrique, poétique et gracieuse nous remue vraiment. Piotr, au centre du plateau, la cadre ou la suit avec son accordéon aux séquences parfois exotiques ; son sourire et son regard se font tendrement ravageurs.
Guichet–Montparnasse, à 19 heures les mercredis et vendredis, jusqu’au 28 décembre. Réservations : 01 43 27 88 61

03 septembre 2012

Nini, ou « une femme libérée dans une France occupée »

Texte et interprétation Sandra Gabriel, mise en scène Gil Galliot Seule en scène, une comédienne chanteuse, meneuse de revue à l’énergie et l’humour dignes des plus grandes, au temps où ses devancières, aussi lestes les unes que les autres, étaient toutes des filles de joie. Nini ne pouvait pas ne pas être à leur hauteur et s’y trouver bien. L’ennui c’est que la France d’alors est sous l’Occupation et que les Schleus, Boches, Frisés, Fritz, Fridolins comme on disait à Pantruche ont tout en mains, si vous nous permettez l’expression. Qu’à cela ne tienne, Nini ‘fait avec’ jusqu’au jour où elle tombe raide-dingue d’un jeune officier nazi aussi élégant qu’attentionné. Elle fond et plonge. Finira-t-elle tondue comme ses consoeurs ? Sandra Gabriel joliment électrique joue, danse mais après avoir beaucoup racolé, raconte. Son metteur en scène ne lui a heureusement pas demandé de descendre dans la salle pour y chatouiller le menton d’un spectateur titillé par la vision de cette femme superbe en tenues à plumes pour cabaret ou alors robes sexy d’une élégance confondante. La dernière étant celle d’une femme devenue distinguée et qui s’adresse à nous tendrement. Entre-temps sur l’écran du fond régulièrement caché par de superbes dégoulineries de strass il y a eu des projections troublantes genre films d’époque re-fignolés où elle apparaît avec ce visage qui nous vrille. La comédienne à la gestuelle convaincante, ayant utilisé toutes sortes d’accessoires et occupé l’espace habilement et intensément, est chaudement applaudie par son public ravi. Le soir où nous en faisions partie, une dame souriante qui dans le hall d’entrée nous avait avoué être âgée de quatre-vingt-dix-ans s’est approchée de la scène, a serré la main de Sandra et lui a murmuré quelques mots qui l’ont fait presque rougir. Souvenirs souvenirs… Ce spectacle est à voir, même si le début est longuet, mais surtout emmenez-y ces gamins qui retournant demain à l’école n’auront plus besoin de cinéma ou de télévision pour comprendre et sentir ce que fut cette période trouble en France.
L’Archipel, 17 boulevard de Strasbourg, jeudi, vendredi, samedi à 20h30. Réservations : 01 48 00 04 05

Transparence ou Scotland Yard contre Roméro

Comédie onusienne écrite et mise en scène par Benoît Guibert d’après le roman « Onu soit qui mal y pense » de Robert Garcia Saez, avec Kader Bouklanef, Olivier Dote Doevi, Verena Gros, Julie Lavergne ou Mélissa Broutin, Jérôme Dupleix, Hugo Horin ou Bastian Verdian.
Transparence : donc vive ce qui est visible ou déchiffrable? Au centre de la scène un bar aussi haut que large deviendra une scène-bis, à la cour un piano est planqué derrière un énorme panneau de bois, et contre le comptoir il y a cet homme qui a visiblement beaucoup bu. Nous sommes à Bangkok, l’homme est Roméro chargé d’un projet plus que généreux de l’ONU concernant la mission de son organisme au Congo, mais où rien n’aura fonctionné comme il l’avait souhaité. Son épouse est Isabella, médecin humanitaire, et son cher ami d’enfance est Bonaventure, un Africain pur sang. Scotland Yard va être représenté par un officier de police britannique venu demander des comptes à Roméro. Pardon pour ce qui ne saurait être qu’un vague compte-rendu de la trame d’un spectacle musical polyvalent, enjôleur avec épisodes truculents, séquences aériennes ou rigolotes. Nos danseuses à claquettes rythment tout, parce qu’il le faut bien pour nous faire naviguer dans le rêve. La troupe chante plus que joliment, certains comédiens jouent de plusieurs instruments. Le pianiste est aussi un rigolo qui commente tout et donne la réplique à qui ne le lui demande surtout pas ; Roméro a des épisodes chantés où il imite les stars des années soixante-dix ; l’officier de police britannique est ce comédien qui fait des tabacs dans toutes les pièces qu’il joue et reste très « Diablogues » selon Dubillard, car il aime l’absurde. L’Africain a un regard, une présence et une empathie fascinantes ; quant à l’épouse de Roméro, elle a la fine pointe d’accent germanique à la Dietrich, sa consoeur émerge joliment de l’univers de Feydeau. Le public est sous le charme, mais à la toute fin quand Roméro est de nouveau au bar et qu’on sent qu’aucun de ses dilemmes et autres problèmes existentiels n’est résolu, on aimerait lui passer le bras autour du cou.
Vingtième Théâtre, jusqu’au 7 octobre, du mercredi au samedi à 21h30 et les dimanches à 17h30. Réservations : 01 48 65 97 90

31 août 2012

Le dernier voyage de Gabi, de Mohammed Habassi

Avec Cédric Tuffier et Pauline Vallès Moingeon
Mise en scène Pauline Vallès Moingeon
Au fond de la scène un immense écran de cinéma ; sur le plateau vide un comédien dans une vaste tunique à capuche d’un rouge très vif, avec un numéro matricule: 3515 écrit en blanc. L’homme, de père tunisien ayant émigré en France, avoue s’être retrouvé à Guantánamo puis dans l’au-delà après une mort affreuse. Soudain derrière l’écran paraît une silhouette de femme aux cheveux longs ; elle lui demande de raconter sa vie et de la revivre devant nous : ainsi pourra-t-il être véritablement en paix. Il accepte et le récit de son parcours peut commencer. Suit une analyse extrêmement fine et bien argumentée de ce que subissent dans notre pays depuis des générations les immigrés, ces individus souvent sous-évalués, tout juste tolérés, non pas intégrés quoique nécessaires pour effectuer des tâches que les hexagonaux répugnent à accomplir. Notez que jamais l’auteur ne cède à la colère, qu’aucune hargne ne l’habite, il est trop intelligent et trop véritablement humaniste ou simplement réaliste pour cela. Le monologue du prisonnier est entrecoupé d’interventions et d’encouragements de la femme derrière la toile. Il y a aussi des intermèdes détonants avec projections de mini-épisodes de films culte et musiques psychédéliques. Le comédien se livre à des danses-défouloirs convaincantes. Il reprend son récit dont on ne guette pas la fin tant il devient émouvant. On sort réconforté par la démarche de Mohammed Habassi ainsi que plein d’admiration devant la performance de Cédric Tuffier ; mention spéciale pour la gracieuse metteur en scène et partenaire, Pauline Vallès Moingeon.
La Manufacture des Abbesses, jusqu’au 6 octobre à 18 heures, du mardi au samedi inclus. Réservations : 01 42 33 42 03

30 août 2012

Le Scoop, texte et mise en scène de Marc Fayet

Avec Philippe Magnan, Frédérique Tirmont, Frédéric van den Driessche, Guillaume Durieux, Aurore Soudieux
Un presque vaudeville mais mordant voire fielleux avec enchevêtrement d’enquêtes quasi policières, et qui frise la mise en question voire la mise à mort de la profession de journaliste, ces faux-culs, hypocrites et déshonnêtes qui se prennent pour des moralisateurs recadreurs de l’humanité. Pour eux, seul existe le pouvoir qu’ils exercent sur leur public : ces lecteurs de journaux et magazines mais d’abord voyeurs devant les écrans de télé. Bien sûr ils en abusent quitte à ce que cela les mène à leur perte, jusqu’à l’inconscience. Cinq personnages : un ancien journaliste (Philippe Magnan) qui est censé avoir pris de gros risques en couvrant des conflits - Sarajevo, entre autres - mais qui, interviewé dans son appartement parisien luxueux par Grégory (Guillaume Durieux), jeune débutant dans la profession plutôt naïf et enthousiaste lui avoue « je suis peut-être de l’ancienne école ». Sa compagne (Frédérique Tirmont) qui fut sa photographe, apparemment aussi aventureuse et courageuse que lui - du moins c’est ce qu’il semble - apparaît et se retire car, pratique, c’est elle qui gère la retraite confortable de son partenaire. Une charmante camarade du jeune interviewer Grégory (Aurore Soudieux) moins sûre d’elle que lui semble l’être, l’accompagne filmant tout à sa demande. Un homme fringant dans son bureau de rédac-chef (Frédéric van den Driessche) est l’ennemi mortel de notre vétéran et s’acharne à démolir sa réputation. Une de ses raisons est qu’il pourrait être le vrai père d’une jeune fille, artiste déjà célèbre, qu’on ne verra pas mais que l’ancien est fier d’avoir élevée et… Imbroglios, règlements de comptes sous forme de séquences courtes magistralement rythmées. Trois décors très parlants sont mis en place et changés régulièrement par une équipe étonnante. Les comédiens sont sidérants de justesse ; ils habitent mieux qu’habilement la scène de ce théâtre mythique, et depuis sa création ce spectacle est régulièrement ovationné par quatre cents spectateurs.
Tristan Bernard, du mardi au samedi à 21 heures, samedi à18 heures.
Réservations : 08 92 70 77 05

24 août 2012

Callas, de Jean-Yves Picq

Mise en scène : Jean-Marc Avocat, avec Noémie Bianco
Une armada de micros à gauche, une autre à droite sur la table derrière laquelle la comédienne est assise dans une robe décolletée aussi moulante qu’alambiquée; elle arbore un collier et des boucles d’oreilles rutilantes et des gants noirs intimidants ; ses sourcils sont fournis et ses lèvres voluptueuses. Vous avez dit méditerranéenne ? Elle parle et son accent qui l’est probablement aussi est pourtant inclassable. Pas un moment il n’est prévu qu’intervienne la moindre note de musique ou le moindre son ; ils deviendraient des pléonasmes selon le parti pris de la mise en scène. Noémie raconte Maria dont on connaît le parcours sidérant, elle ne se lève que très peu souvent, se rassoit aussitôt, comme si la conférence qu’elle donne ne le tolérait pas, elle boit élégamment de l’eau. Et le parcours fulgurant de la diva avec ses carrefours-calvaires et ses ré-ascensions nous est reproposé, mais surtout nous sentons ce que vocation, art et surtout travail et exigences signifient. Petit à petit la comédienne s’éloigne de sa chaise, s’assoit sur sa table, puis vient vers nous qui sommes de plus en plus troublés par sa performance. Ce spectacle qui n’est pas vraiment du théâtre, non plus qu’un pur exercice de style nous rejoint et nous émeut.
La Manufacture des Abbesses jusqu’au 7 octobre, jeudi, vendredi et samedi à 21 heures et dimanche à 17 heures.
Réservations: 01 42 33 42 03 et manufacturedesabbesses.com

22 août 2012

Roméo et Juliette de Shakespeare, mise en scène de Nicolas Luquin

Joli respect du texte parfaitement traduit, bonne occupation d’un espace scénique singulier et des comédiens bien dirigés. Soit les Capulet et les Montaigu, ennemis héréditaires. Et puis l’adolescente dont le regard croise celui d’un jeune homme du clan adverse plus proche de ses camarades que des dames. Et un moine : ce Frère Laurent qui va les unir -en douce- devant Dieu pour qu’ils puissent s’aimer sans pécher côté chair. Idéaliste et utopique il pense qu’ainsi les clans seront réconciliés. Miraculeusement. On sait la suite et vous connaissez la fin : seule la mort de Lui et d’Elle feront en sorte qu’à Vérone deux familles envisageront désormais de vivre réconciliées. Nicolas Luquin met tout cela en scène et Benoît Michaud est ce Roméo chef de bande charismatique mais dont le profil empêche d’imaginer qu’il n’est encore jamais tombé dans les bras d’une jeune dame de qualité; sa Juliette dont le rôle est tenu par une actrice quarantenaire nous procure le même malaise. Muriel Adam, nourrice de Juliette a du relief, du punch, de la gourmandise et une présence détonante. Le Frère Laurent apparemment perturbé est effectivement perturbant. Et leurs camarades - ils sont treize sur scène - sont tous des comédiens consciencieux.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’intégrale Giraudoux jusqu’au 30 septembre, dates et réservations : 01 47 70 32 75

14 août 2012

L’Avare de Molière « version revisitée » et mise en scène par Elise Hobbé

Avec Lionel Laget, Yani Lotta et Aude Wojtyna
Scène nue avec seulement trois coffres noirs montés sur roulettes. Deux comédiens et une comédienne en costumes noirs y tiennent une pseudo-conférence de presse nous faisant part de leur vraie démarche mais des lumières rouges les éclaboussent, et nous avec, quand ils font des apartés rigolards expliquant qu’ils ne peuvent pas être prisonniers de leurs personnages. Normal puisque deux d’entre eux en joueront une douzaine face à un Harpagon au crâne dégarni avec touffes de cheveux verlainiennes (le Funambule est sis à Montmartre-Nord à quelques enjambées de l’église où Paul se maria). Ça démarre : Harpagon, veuf, veut se remarier mais la séduisante jeune demoiselle sur laquelle il a jeté son dévolu est éprise d’un charmant jeune homme, lequel n’est autre que… vous vous souvenez, bien sûr. Or Harpagon est atteint d’un certain prurit : dès qu’il est question d’argent, il devient ce parano qui hurle et dégainerait même tant il craint qu’on vienne lui dérober les écus qu’il a mis de côté et qui lui servent de matelas mental. Dans la salle, cela nous vaut de la part de l’époustouflant Lionel Laget des cavalcades, des bonds et rebonds sur scène, des cris voire des râles. Ses partenaires Aude Wojtyna et Yani Lotta sont devenus -entre autres- des amoureux attendrissants et distingués, des domestiques au français approximatif. Aude se reconvertit en mec, et Yani en une trop gracieuse jeune dame minaudante mais aussi « entremetteuse » aussi répugnante que son Avare de client. On ne compte pas les perruques et les bonnets, les tenues et autres costumes. Les déplacements des comédiens et les pétarades de Lionel Laget font vrombir ce théâtre délicieux, et ce soir-là dans la salle le jeune Nolann, une dizaine d’années, assis au premier rang aux côtés de son père commentait ce qui se passe sur scène apostrophant les comédiens. Cela donnait « Attention ! Il est parti par-là ! » Mis en boîte, après que lui-même se soit engouffré dans un des coffres, Harpagon abdique… place aux jeunes ! Il s’éponge le front, et nous aussi ; nous n’en pouvions plus  de rire. Le message est passé : le théâtre est un lieu où sont redites au monde des vérités de nos jours tamisées par toutes sortes d’écrans, et les comédiens sont des athlètes de haut niveau mais qui n’exhibent pas forcément que leurs pectoraux. Ils vous font d’autres cadeaux.
Le Funambule, dimanche, lundi et mardi à 20 heures. Réservations : 01 42 23 88 83.

13 août 2012

Les Précieuses Ridicules, de Molière

Mise en scène Pénélope Lucbert, par la Cie Savaneskise
Précieuses et ridicules ? Ces qualificatifs sont aujourd’hui inadéquats. Les nanas sexy sur scène ressemblent à des speakerines alias animatrices de télé avec voix plus ou moins râpeuses et qui hors antenne mâchonnent du chewing-gum censé rendre intelligent et aider à maigrir. Le guitariste nonchalant aux cheveux ébouriffés et lunettes noires qui officie à cour mâche aussi de la gomme.
A jardin un canapé à trois petites places ; Magdelon et Cathos, donneuses de leçons puisque femmes « libérées », pour ne pas dire authentiques garces - pardon mais il fallait l’envisager - le font basculer en arrière quitte à se retrouver au sol quand elles s’y jettent trop vite (une petite fumette ou un happy-hour de trop ?) Elles y accueillent l’un des deux prestigieux rockeurs-comédiens déjantés qui ont usurpé les identités de leurs maîtres: ces messieurs distingués alias La Grange et du Croisy qu’on a entrevus raides et en costumes de visiteurs médicaux ou embauchés temporaires pour cabinets immobiliers de banlieues. Dans leurs dos ça se met à danser, chanter, se déhancher. Boîte de nuit et lumières déchaînées... Ouais ! L’auteur incrimine les femmes : « Et vous qui êtes cause de tout ? ». Honnêtement, à ce stade nous nous en fichons joliment et pensons qu’il faut absolument que les collégiens ou lycéens qui ont Poquelin au programme commencent par aller voir cette version explicite, intelligente et jubilatoire de Molière. Une douzaine de comédiens évoluent ou cavalent sur scène, tous meilleurs qu’excellents.
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Réservations: 01 45 44 57 34.

07 août 2012

Mon fils…ma pagaille ! comédie de Rodolphe Le Corre

Avec Rodolphe Le Corre et Pierre Léandri
Mise en scène Claire Conty
Un pseudo-père, son vrai-faux fils, mais deux comédiens adultes complémentaires et archi- complices. Il le fallait bien pour que ce spectacle de café-théâtre déjante vite. Pagaille évoque un grand désordre, et des ordres (pardon !) le père très vite ne peut pas ou ne peut plus en donner à ce fils ado dont il a la garde -la charge- et qui prétend ne rien comprendre à ce que dit son vieux qui lui remonte les bretelles en permanence. «Permanence» était le nom de cette salle au lycée où on vous envoyait quand le professeur (plus souvent la professeur) était absent pour des raisons dites de santé. Bien sûr on y " déprimait " Vous ne déprimerez pas au Funambule, vos petits loupiots non plus, même si l’on se demande jusqu’à quel point ils peuvent ‘adhérer’, comme on dit, à la démarche et au(x) propos de Rodolphe Le Corre. La mise en scène vive est souvent facétieuse avec de bons intermèdes et les horaires de ce spectacle sont tout à fait de saison. Que vous dire de plus pour vous engager à aller au théâtre en cette période où vous avez choisi de rester dans une capitale où on peut déambuler sans se cogner contre des archi-pressés, sans se faire écrabouiller les arpions par de redoutables cabas à roulettes et surtout… où on funambule à Montmartre versant Sud.
Le Funambule, vendredi et samedi à 21h 30, dimanche à 16h. Réservations : 01 42 23 88 83

06 août 2012

Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute

Mise en scène de René Loyon, lumières Laurent Castaingt, avec Jacques Brücher et Yedwart Ingey.

Une des rares pièces de Nathalie Sarraute (1900-1990) conçue au départ pour la radio et publiée en 1981. Il fallait deux comédiens aux visages un peu marqués par l’âge avec des crânes plutôt démunis, des voix râpeuses ou lasses, des modulations et des intonations peu sensuelles, des vraies-fausses mimiques, bref des êtres chacun dans son carcan : celui d'un langage qu’il croit avoir apprivoisé. Deux anciens amis très différents, l’un plutôt homme du monde et l’autre artiste, se rencontrent pour renouer une amitié qui s’est défaite, ou même rompue, mais pour quelle raison au juste ? Parce qu’il ne pouvait pas ne pas en être autrement. Sur la scène nue tous deux sont debout en chemises blanches et pantalons ternes : une chaise en plastique est extirpée de derrière un rideau, une autre la rejoint. Une fois assis ils se regardent dans les yeux mais cela n’arrange rien car ce qu’ils se racontent évoque les propos que chacun de son côté aurait pu tenir sur le divan d’un psychanalyste forcément muet. Et les mots, les expressions et les phrases toutes faites, les banalités fusent et les usent. Ce qu’ils ne veulent ou ne réussissent pas à dire les accable, et nous aussi. Nathalie Sarraute a écrit un dialogue lassant mais avec des moments de tendresse et quelques instants d’humour. Néanmoins sa pièce créée et toujours reprise par d’excellents comédiens est régulièrement un succès.

Théâtre Lucernaire
, jusqu’au 15 septembre, du mardi au samedi à 20 heures. Réservations : 01 45 44 57 34

31 juillet 2012

Les Amoureux, comédie de Goldoni

revisitée par Julien Delbès
Goldoni nous dédie des jeunes filles, des jeunes dames ou encore des jeunes messieurs exacerbés avec « querelles, cris, mouchoirs déchirés, glaces brisées, couteaux tirés ».
Plus des jalousies éventuellement légitimes capables d’engendrer des violences irresponsables. Sur la scène ils se déchaînent, s’envoient au tapis, culbutent et roulent à terre ; récupérés par les coulisses, ils en sont recrachés. Certains se sur-déguisant. Mais Elle, ravissante numéro un, est en légère robe bleue et escarpins tout aussi bleus et sa sœur est en tenue et souliers très rouges. Quant à lui, le prince-décideur, il a opté pour un noir intégral ! Et que dire de l’histrion de service, ce manipulateur commentateur en blanc intensif et encore de la servante, forcément légère, voyez noir et blanc, et de celui qui en pantalon marron et chemise neutre la fricotera ? Que dire encore des lumières rouges flashant à jardin qui rendent les didascalies quasi-infernales, et de ces autres-là, très bleues à cour ? Lui et Elle s’aiment, mais le savent-ils, le comprennent-ils et combien de temps leur faudra-t-il pour s’aimer vraiment ? Quant à vous, en quelques instants vous leur tomberez dans les bras et adorerez ce que l’équipe de la compagnie alacompote fait de son Goldoni.
Théâtre le Funambule Montmartre, du mercredi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : www.fumambule-montmartre.com et 01 42 23 88 83

26 juillet 2012

Merci pour tout !

De David Basant, mise en scène de l’auteur, avec Sophie Legrand et Didier Constant.
Ce succès, en 2009 au Café de la Gare, redonné l’année suivante, nous revient. Donc un musicien largement trentenaire, fils de ‘bonne’ famille traditionnelle pourrait-il devenir homme d’affaires et chef d’entreprise pour faire plaisir à son père ? Parcours avec étapes assorties de quelques aléas. Mais encore et d’abord: bonjour les dégâts ! L’argument de ce qui n’est qu’une pièce-prétexte est autobiographique, et la raison de sa reprise est la prestation brillantissime de la comédienne qui, perruque après perruque, avec ou sans chignon, cheveux blonds plus que longs ou moins que bruns , escarpins avec talons gigantesques puis sandales très plates se taille la part de la lionne dans le rôle de femme donneuse de leçons, dérangeante et soi-disant formatrice pour débutant balbutiant et happé en permanence au téléphone par son papa. Au secours ou pardon Monsieur Freud. L’affolante Sophie Legrand est une parfaite emmerderesse et Didier Constant qui l’escorte la subit avec mimiques à la Fernandel. Il devient presque magique quand il se met à danser, mais pourquoi le fait-il ? …parce que le spectacle régulièrement plombé par des rafales d’images reçues sur un mini-écran fond de scène avec messages genre textos-twittés, a quelque peu vieillotté. Mais dans la salle ça fonctionne bien et les messieurs hoquètent, alors…
Comédie Bastille du mardi au samedi à 21 heures, et le samedi à 17h30. Réservations: 01 48 07 52 07

20 juillet 2012

Zo Brel ! tellement humain !

Textes de Jacques Brel, mise en scène de Renaud Maurin, avec Axel Chill et Jean-Jacques Marin.
Un pianiste barbu aussi spectaculairement beau qu’expressif à la tenue distinguée : soit une queue de pie. En complet un brin fantaisiste un comédien voix chaude, énergie et générosité à la Gilbert Bécaud, en complément de celle, déménageante, du grand Jacques. Un simple rideau de fond noir. Mais ZO, borborygme ou simple rot, aurait-il pu vous faire passer à côté d’un spectacle remarquable dans ce lieu qui lui convient si bien ? Posées sur la scène, deux gigantesques lettres blanches, ce Z et cet O superposables, sont destinées à être manipulées : le Z culbuté se transformera en N, parce que pour Brel tout peut devenir ou redevenir tout le reste surtout quand on n’a que l’amour. Bien sûr il était plus heureux quand il était cheval ou lorsque les ‘pères’ à l’école lui faisaient décliner rosa-rosa… Il était alors persuadé que les enfants ont un royaume et qu’ils sont tous des sorciers. Mais au suivant ! Et à ces suivantes qui lui révèleront ce à quoi ses bons profs n’ont surtout pas fait allusion…A ses initiatrices, muses inaccessibles ou amantes adorées auxquelles il apporte des bonbons. Sur la scène des fleurs – périssables - mais tendres et magiques sont drôlement et superbement là. Aux bourgeois destinés comme des cochons à devenir aussi vieux que bêtes, aux anciens et aussi à ce prêtre qu’il aimait bien (Adieu curé…) il dédie les mots de son cœur et de son âme. Sur le plateau, Axel Chill a posé une ancienne valise: départ et voyage imminents. Après avoir été condamné à voir un ami pleurer il est temps pour Brel d’entrer dans sa nouvelle lumière. Noir final. La salle réclame des rappels mais Jacques n’aimait pas en donner, donc il n’y en aura qu’un. Et vous sortirez des Déchargeurs avec un sourire qui vous accompagnera longtemps.
Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au jeudi à 19h 30. Réservations (à partir de 16 h) : 08 92 70 12 28.