06 janvier 2012

Premier combat, Jean Moulin.

Mise en scène Christian Fregnet, avec Valéry Forestier et Christian Julien.
Le titre de la pièce est celui du livre de Moulin (1899-1943) prince des Résistants dont de Gaulle a loué la force de caractère, la clairvoyance et l’énergie. Le rôle de cet homme plus qu’héroïque a été tenu au cinéma par Charles Berling et Francis Huster perpétuels jeunes premiers à la voix et la présence fascinantes. Valéry Forestier leur emboîte le pas avec finesse, tendresse et détermination, face à Christian Julien qui joue en force, habilement et très ‘physiquement’ le rôle du tirailleur sénégalais compagnon de cellule du résistant condamné au pire, la veille de sa tentative de suicide.
A l’avant-scène un grillage sépare les spectateurs des comédiens pendant toute la durée de la pièce : vous pensez d’abord « grille de zoo ». Récupérant les lumières des projecteurs c’est un écran irritant, mais une fois les lumières devenues plus neutres il émeut singulièrement.
Les partenaires nous parlent, se font écho mais ne dialoguent pas vraiment. Projeté sur le rideau de fond, des chiffres indiquent les heures matérialisant le compte-à-rebours. Des « tinc-tinc-tinc » genre bruits de cloches ponctuent le tout. Les dates ? Encore et toujours un certain 15 juin 1940 dont il ne se remettra pas.
Côté cour, ce préfet très apprécié, en poste aux quatre coins de la France énumère ses engagements : « J’ai été soldat pendant la grande guerre… La France s’est écroulée… ». Il ôte puis ré-endosse régulièrement, systématiquement, sa veste d’uniforme aux revers brillants.
A jardin le Sénégalais se fait la barbe, ouvre un sac dont il extrait ses ‘effets’ indispensables, puis se recouche sur ou sous une couverture marronnasse d’époque dont on suppose qu’elle n’a pas dû souvent passer chez le teinturier.
Jean Moulin a tenté de s’ouvrir la gorge: « J’ai perdu beaucoup de sang ». Le huit juillet suivant il est dans un train l’emportant en Allemagne où il mourra d’épuisement devançant la solution finale. Sur le plateau notre Sénégalais s’est de nouveau allongé. Noir…
Ce spectacle dérangeant se donne au Lucernaire.
Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 25 février, du mardi au samedi à 18 h 30. Réservations : 01 45 57 34