15 février 2012

Francis Blanche, mon père

De Jean-Marie Blanche et Evelyne Trân
« Puisse ce petit livre donner envie à ceux qui ne te connaissent pas de te découvrir. »
Ce vœu figure à la deux cent trente deuxième et avant-dernière page, l’ultime n’étant pas numérotée: il y aura donc une suite. Mais comment un pareil livre pourrait-il être dit ‘petit’?
Evelyne Trân, compagne et collaboratrice de Jean-Marie, avoue avoir insisté pour lui poser toutes sortes de questions et lui, après avoir corrigé l’avant-propos, n’a découvert le manuscrit qu’une fois mis le point final. Mais c’est ensemble qu’ils ont interviewé la famille Blanche et tous ceux que Francis a fréquentés et qui ont tant compté pour lui.
Donc Jean-Marie, enfant doublement de la balle - mère danseuse - s’adresse à son père, engendreur multiple aux partenaires successives mais tellement aimées et à ses descendants devenus des « germains » pour celui qu’Evelyne nomme J-M. C’est la re-découverte d’un homme aussi fascinant qu’hallucinant et pléthorique, à qui nous sommes redevables de plus de six cents chansons, dédiées ou confiées aux plus habiles des gens de scène ses contemporains, puis malicieusement récupérées par d’autres tout aussi dérangeants. Ce sont des sketches avec calembours, contes, canulars et poèmes d’un auteur dont on croit tout savoir ou se souvenir puisque pendant des dizaines d’années il a été omniprésent au cinéma, au cabaret, au théâtre, et à la radio dès nos petits matins. C’est aussi le témoignage qui ne peut laisser indifférent de ce fils qui, âgé de seize ans à la mort de ce père qui avait « le sentiment du merveilleux, le goût des choses simples, l’haleine de la poésie ». Jean-Marie (qui l’a peu côtoyé) le ré-invente avec ferveur, sidération et une infinie tendresse. Ce sont encore les tendres photos « de famille » et cette carte postale que son père adresse à Jean-Marie âgé d’une douzaine d’années. Francis dit être dans une « jolie ville » et un « beau port » pour conclure : « A bientôt fils, je t’embrasse », mais sous les timbres on découvre que Papa-Francis l’a adressée à son fils domicilié à ‘Versailes’ Le « l » (ou bien « aile ») manque : un gag de plus ? Sidérante encore est la reproduction d’une lettre envoyée par Francis à son père Louis Blanche à l’écriture gracieuse et impeccable. Avouons qu’il est difficile de vous dire pourquoi nous avons été si remués par ce livre-témoignage, chant de reconnaissance et d’amour d’un fils qui, à la trentaine et à la suite d’un accident, ayant passé cinq semaines dans le coma ("To sleep, perchance to dream...") a du ré-apprendre à «lire, marcher, compter, nager, manger, parler» et qui remercie son père redécouvert à son réveil.
Francis Blanche, mon père est publié aux éditions Plon : www.plon.fr