15 mars 2012

Cantique des cantiques, de Jean Giraudoux

Mise en scène Edith Garraud
Avec Muriel Adam,Gérard Cheylus, Jean-Adrien Espiasse, Vincent Gauthier, Alain Prétin, Coralie Salonne
Un cantique n’est pas seulement un chant d’action de grâces libérant l’âme, il doit d’abord naître d’un recueillement. Giraudoux convoque des mots qu’il cueille, recueille et qui, devenus des bouffées d’encens, lui montent à la tête, au cœur et à l’âme.
Le décor évoque la terrasse d’un café de luxe, avec des chaises de jardin aux pieds gracieux, des tables aux nappes très blanches, mais pourquoi celle avec au bouquet de fleurs posé dessus à l’avant-scène ne sera-t-elle pas occupée ? Un couple aurait pu s’y installer pour une célébration joyeuse.
La pièce de prime abord pourrait désarçonner par son analyse du sentiment qui unit Claude, homme de pouvoir alias Le Président, donc immortel et invulnérable : « Je suis le seul en Europe qui sache reconnaître les vainqueurs » et Florence, jeune femme qui l’ayant rarement rencontré - voyez leurs emplois du temps respectifs - mais peut-être connu et aimé, l’aime probablement encore. Mais Elle qui a peur de l’avenir s’apprête à épouser Jérôme, très jeune homme « naïf, exposé, condamné » qui « a la candeur des monstres ». Elle ajoute : « Avec lui la minute ne passe pas, je vis un temps arrêté… c’est un être pur ». Jérôme arrive, il dit au Président tout le bien qu’il pense de lui, toute l’admiration qu’il lui porte et tout le manque de jalousie qu’il éprouve face à lui. Puis il emmène sa Florence.
Dans ce café de luxe, la caissière, le personnel et le gérant restent sidérés.
Nous le sommes aussi parce que l’auteur veut démasquer et tordre le cou à la jalousie, péché capital qui aliène des couples amputés de la grâce nécessaire pour s’en relever. Sidérés aussi par les comédiens, tous étonnants.
Muriel Adam est une caissière à la présence réconfortante, Alain Prétin est Victor, serveur aussi métaphysique que donneur de leçons nécessaires qui passera les deux tiers de la pièce à lire son journal à la table numéro combien ? (fait-il aussi les mots fléchés ?) Jean-Adrien Espiasse est un Jérôme immatériel débarquant d’une planète plus légère et plus suave que la nôtre. Vincent Gauthier est ce Président au rictus touchant d’homme de pouvoir profondément blessé mais sachant sourire infiniment et qui ‘assumera’ quant à sa Florence. Elle est assise face à lui, gracieuse dans sa robe beige, fascinante, et tout ce qu’elle dit devient notre cantique à nous. A la toute fin Gérard Cheylus, hiératique, tire les conclusions de ce qui vient de se passer dans l’établissement qu’il gère. Et nous sortons du théâtre comblés.
Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de l’intégrale Giraudoux. Dates et réservations : 01 47 70 32 75