11 mars 2012

Don Juan, le retour de Gérard Savoisien

Mise en scène Eric Rouquette, lumières Antonio de Carvalho, costumes Pierre Talamon, avec David Arveiller.
Scène vide. Assis sur un joli vieux coffre le comédien tenue et port élégants, au sourire à la George Clooney, confie « Je reviens de l’enfer ». Très vite il s’en prend à l’hypocrisie : « J’ai appris que la femme fidèle trompe son mari » mais convient que « le lit est mon champ de bataille ». C’est un prédateur qui avoue détruire et clame qu’il a tué son Commandeur. Il rejoint petit à petit le personnage de Molière et convoque son Sganarelle-à-lui qu’il a re-baptisé Sganaporello, lequel ne se présentera jamais. La scène s’anime, les lumières déclinent, les bruits se font intempestifs. Il décide pour se mettre en forme de faire un numéro de séduction et s’approche d’une spectatrice du premier rang et de son compagnon. Pour lui c’était nécessaire. Coup de tonnerre et lumières qui vacillent. Sur le plateau : une table et du champagne. Il poursuit sa confession : « Je n’ai jamais rabaissé les femmes, je m’en suis toujours servi ». Et puis il danse : Don Juan est devenu D.J. alias disc-jockey.
Et il sourit encore et toujours. Il ira jusqu’à empoigner et manipuler une marionnette, son double et sa caricature, puis la jette dans le coffre. « Je suis soulagé de ne plus avoir de conscience ». « Je suis double, je joue double jeu et son contraire ». Musique pour boîte de nuit. Il ôte sa veste et danse. « Je n’ai pas besoin de toi, je suis seul…je suis seul ; enfin presque ».
Ses lunettes noires ôtées il en vient à parler de solitude. « Vous aimerez partager ce que vous êtes ». Le voilà qui évoque sa mère chérie et vous vous dites : « Ben, enfant capricieux, emberlificoteur, après nous avoir tout dit sur toi-même que pouvais-tu faire de plus pour nous mettre K.O. ou nous faire larmoyer ? ». Il a pensé à tout. « Je vais brûler …la route de l’enfer… personne ne peut détruire l’enfer ». Les lumières flamboient.
Il reprend alors à son compte l’ultime réplique du Sganarelle de Molière : « Qui va me payer mon salaire ? » et répond comme si on frappait à son ultime porte « Il y a quelqu’un ? »
On vous a épargné la fumée qui avait envahi la scène (picotant les yeux des spectateurs du premier rang), mais on a tenté de vous donner une idée de ce texte apparemment décousu ou désinvolte mais qui est aussi exploratoire que corrosif. Dans une mise en scène simple et percutante David Arveiller le sert avec une générosité, une intelligence et un charme peu communs.
Théâtre Les Déchargeurs, jusqu’au 14 avril. Du mardi au samedi à 20 heures. Réservations : 08 92 70 12 28