02 mars 2012

Lettre à ma mère,

adaptation théâtrale du roman de Georges Simenon de et avec Robert Benoît.
Le comédien dans les lumières ou semi-lumières parfaitement bien dosées d’Emmanuel Wetischek est assis face à une table de chevet vieillotte sur une chaise qu’il déplace rarement mais amène de temps à autre au centre du plateau pour s’y ré- asseoir, ayant entre temps feuilleté un album de photos. Il raconte ; un lit d’hôpital réduit à son cadre métallique apparaît côté jardin, pour disparaître très vite.
La génitrice de Simenon est morte à quatre vingt onze ans, le romancier était à ses côtés et l’a veillée jusqu’à la fin puis l’a regardée avec admiration tant le visage de cette femme qu’il n’avait jamais appelée maman mais toujours mère était alors devenu serein.
Schéma classique : on ne connaît et ne comprend les autres que tard ou même trop tard ; surtout lorsque comme Georges on a consacré sa propre existence à répondre à l’appel d’une vocation à laquelle on n’aurait pu se dérober sous peine de quelque chose de pire qu’une mort.
Septuagénaire il se revisite systématiquement depuis cette jeunesse belge où il fut enfant de chœur ; mais pourquoi n’était-il pas l’enfant de cœur d’une mère qu’il trouvait étrange, moqueuse et secrète, mal préparée aux vies - sentimentales ou autres- qu’elle allait mener et qui lui préférait son frère Christian ?
« J’ai continué à essayer de te comprendre » avoue l’auteur qui finit par se rendre compte qu’en fait et d’abord « il fallait que tu te sentes bonne ». Soulagé, il peut quitter la scène.
Après l’étonnant Lettres à mon juge et plus ‘simenonesque’ que jamais, Robert Benoît, comédien sobre et dense au jeu intériorisé nous accroche lentement pour mieux nous émouvoir et petit à petit nous subjuguer.
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34