08 mars 2012

Roméo et Juliette de William Shakespeare

Adaptation et mise en scène de Ned Grujic
Traduction : François Laroque et Jean-Pierre Vilquin

Donc haines ancestrales datant sûrement de Caïn et Abel, guerres fratricides, dites civiles en ex-Yougoslavie, le pays natal de l’auteur. Il a transposé à notre époque l’histoire véronaise des Capulet dont la rejetonne est Juliette, et des Montaigu parents de ce Roméo fils unique mais escorté d’une escouade d’amis, confidents et cousins, jeunes mâles pétaradants pour qui la vie serait d’abord une succession de parties de plaisir, comme elle l’avait été pour leurs pères. Eux sont devenus chefs de tribus, donneurs de leçons de vie, même si la leur n’est pas forcément admirable. Les mères se doivent d’être des modèles pour leur progéniture.
Et l’amour que nous autres nommons coup de foudre dans tout cela ?
Pour l’homme de Stratford c’était probablement un miracle, une nouvelle naissance. Chez notre auteur c’est une occasion de plus de faire la fête, chanter, lamper des dizaines de petits verres d’alcool blanc et de rire, pleurer, s’attendrir. Et puis de danser, avant de se recueillir et multiplier les signes de croix bâclés quand le moine, écologiste amoureux de la terre et de ses plantes, chef de conscience, confident et confectionneur de potions magiques les tance. Mais c’est reparti à un rythme endiablé. Duels, empoignades, cavalcades, baisers volés, voluptueux. Ruptures de rythme mais sans aucun temps mort. Juliette est une délurée rigolarde, voire rigolote, Roméo est une sorte de Tintin, mais sans Milou. Huit autres comédiens jouent plusieurs rôles de manière fascinante. Le facétieux et cavalcadant Mercutio s’est reconverti en un Paris aux allures nonchalantes et lunettes à la Jacques Dutronc. Mention spéciale pour la nourrice de Juliette, gracieuse et tendre qui devient une Mère Montaigu plus qu’orthodoxe puis une parque hiératique à l’arrière-scène.
A la fin un vrai pathos est là : Juliette allongée sur une table à nappe blanche n’est plus pieds nus et en minirobe sexy mais couverte d’une tenue de mariée virginale, et Roméo est devenu plus maigrelet encore. A- t-il fini par comprendre quelque chose au film ?
La mise en scène est riche, colorée, astucieuse, follement drôle mais d’abord généreuse.
Les comédiens qui sont aussi des musiciens jouent de leurs instruments et, chantant ensemble, nous donnent le frisson.
Merci pour ce remue-ménage et ce frisson-là.
Théâtre 14, mardi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi, jeudi à 19h, matinée samedi à 16 h. Location : 01 45 45 49 77