26 mars 2012

Se trouver, de Luigi Pirandello

Mise en scène Stanislas Nordey
Il s’agit d’une des dernières pièces de l’auteur, très peu souvent jouée, bien que particulièrement touchante. Une femme devenue comédienne parce qu’il fallait qu’elle se donne, qu’elle se perde et qu’elle tente de se trouver, jour après jour, ne peut surtout pas aimer l’homme qui partage quelques unes de ses nuits. Celui-ci venu du nord menace de reprendre la mer, sa vraie maîtresse, si à terre tout doit sombrer. Dans la salle archi-comble, des spectateurs claquent bruyamment leurs strapontins s’en vont au bout d’à peine trente minutes. Effectivement, les acteurs et actrices du genre figurants et surtout pas comédiens en quête d’auteur (que nous ne citerons pas) alignés face au public disent leur texte de manière mécanique. Certains le sur-articulent ou le crachent, d’autres braillent de temps à autre pour se faire entendre. Mais Emmanuelle Béart, demanderez-vous ? Dans le rôle principal et des tenues superbes qui mettent en valeur sa charmante plastique, et dont on voit qu’elle aime le côté tchékhovien de son personnage, elle est maniérée et artificielle. Singeant le jeu des contemporaines de Sarah Bernhardt elle minaude, quitte à finir par hurler comme une sale gosse qu’on vient de réprimander. « Mon désarroi alors est naturel » commente-t-elle à un moment-clé de cette saga ; le nôtre le reste tout au long de la soirée, bien que les décors colossaux et phénoménaux, bref plus que généreux nous abasourdissent à chaque passage d’un acte au suivant. Mais comment conseiller aux gens que vous aimez d’aller découvrir un spectacle pour n’en apprécier et admirer que le côté cinématographique voire délirant ?
Il nous semble que Stanislas a un peu perdu de son nord, et ce joli ratage rend perplexe.
Théâtre National de la Colline, jusqu’au 14 avril. Dates et réservations : 01 44 62 52 52