19 mars 2012

A toi pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay

Adaptation et mise en scène de Christian Bordeleau.
Avec Marie Mainchin, Cécie Magnet, Yves Collignon, Sophie Parel.
Magie des titres et surtout de leurs sonorités : est-ce qu’au Québec quand on voit sur le trottoir d’en face quelqu’un qu’on connaît et qu’on aime bien on lève le bras et on crie « ou-ou…ou-ou ! » comme chez nous ? Et puis qu’en est-il de notre « Lou(p) y es-tu ? »
Marie-Lou y est, à l’avant de la cour dans un fauteuil simplet ; elle porte une robe à fleurs vieillotte et tricote : laine turquoise pour point mousse. Son mari Léopold (qu’elle appelle Léopo) en bleu de travail est assis à jardin devant une table de cuisine et des verres vides ou pleins, mais visiblement éméché. A l’arrière-plan leurs deux filles : Manon avec sa croix de nonne, tête baissée, yeux résolument ternes, et la grande Carmen en tenue sexy de chanteuse pour cabaret, assise jambes très écartées sur une chaise qu’elle enverra promener quand ça la prendra (comme le fera Léopold) . Elle chouinnegomme tandis que sa mère tricote. Tics de famille ex-aequo ? Les filles ont une vingtaine d’années et un jeune frère : un Roger qu’on ne verra surtout pas. Leur Marie-Lou de mère clame être enceinte pour la quatrième fois et s’en prend à son conjoint qui ne l’a épousée que pour la ‘chose’. Cela se passe dans un Canada ‘dit’ français hyper-catho, nourri-bourré de complexes mais dont nous aimons la littérature au langage cru, gouleyant, outrancier avec ses paradoxes cruels. La mise en scène, ses décalages et ses lumières alternées nous a vite fait comprendre que deux époques séparent les géniteurs de leurs filles, puisque Marie-Lou et Léopold sont morts après qu’il lui ait demandé si elle voulait aller faire un tour avec lui en auto, et que… les choses se sont très mal terminées ! Ne pas philosopher trop, le message est vite passé, comme toujours au théâtre.
Pour la pièce son metteur en scène a choisi des interprètes généreux à l’énergie redoutable, et c’est tant mieux, parce qu’elle continuera à se donner jusqu’au 7 avril.
Au Théâtre Essaïon, du jeudi au samedi à 21 h30. Réservations: 01 42 78 46 42