18 avril 2012

La conversation de Bolzano (une aventure de Casanova) de Sàndor Màrai

Adaptation scénique Jean-Marie Galey et Jean-Louis Thamin
Mise en scène Jean-Louis Thamin avec Jean-Marie Galey, Teresa Ovidio et Hervé van der Meulen.
Dans ce Tyrol du Sud la cité de Bolzano a failli être autrichienne; le sulfureux Casanova fuyant sa prison de Venise vient d’y atterrir. La raison de ce choix ? On ne la connaîtra pas véritablement. Cet être hanté par ses remords et ses souhaits autant que ses désirs et ses ambitions a autrefois été épris d’une jeune Francesca, mariée depuis à ce barbon de comte de Parme qui pourrait être son grand-père, et gouverne la Province. Il apparaît proposant à Casanova de lui donner une certaine somme et de faire en sorte que n’étant plus inquiété, il reprenne sa course de séducteur, à condition qu’il « honore » Francesca pour la décevoir et l’écœurer à tout jamais.
Le plateau est dans la pénombre et le restera jusqu’à la fin ; quelques lumières subtiles et fignolées (comme l’est tout le spectacle) interviendront cependant et une porte étroite se fera voir au centre. Côté jardin un vaste lit devant un paravent. Le comte, perturbé, virulent, y a rejoint Casanova : « J’ai une affaire à régler avec toi ». Au cours de la conversation tournant autour du contrat qu’il lui propose, ses déclarations dérangeantes se succèdent : « sans ordre il n’y a pas de véritable révolution ». Visiblement l’auteur se sert de ses personnages pour régler ses propres comptes. Aux séquences suivantes Casanova apparaît déguisé en dame de cour avec boucles d’oreilles, prêt à se rendre au bal que le comte a organisé, puis rejoint sur le lit par Francesca, habillée en homme. « Qui es-tu Francesca ? » «Je suis la vie, mon amour». « Seras-tu violent ? » « Je t’aime depuis cinq ans ». « Je suis l’amoureux et toi la femme qui se défend » « Sauver ce qui est le plus important »… Ils se tombent dans les bras. Mais Casanova déclare « aux premières lueurs du jour… dans une heure je quitterai la ville ». Toutes sortes de sons inquiétants se sont fait entendre suivi de bruits de feu. A la toute fin le séducteur est seul en scène, avec à la main une lettre destinée à Son Excellence le comte de Parme. Le public séduit par la beauté d’un texte perturbant, très habilement traduit, par l’intelligence de la mise en scène et trois comédiens aussi solides que remarquables, a du mal à en émerger.
Guettez la reprise de ce spectacle qui vient d’être donné à l’Atalante, théâtre montmartrois à la programmation de qualité.