01 avril 2012

L’affaire Dussaert, de et par Jacques Mougenot

Le Théâtre du Ranelagh, le plus charmant de la capitale, ancien salon de musique, est un lieu à l’acoustique rare. On pourrait y chuchoter sur scène tout en étant entendu au dernier rang, ou encore y donner une conférence sans micro et sans le moindre haussement de ton. Voilà le clin d’œil que nous adresse sa direction qui y héberge pendant deux mois ce spectacle créé en 2001, repris régulièrement depuis, couronné au Festival d’Avignon entre autres, ce qui n’est que justice pour une telle affaire.
Donc un comédien nous contant Philippe Dussaert (prononcer « ar »…pour « art » ?) Né en 1947 et mort trop tôt en 1989 il se savait gravement atteint. Peintre résolument d’avant-garde il avait très vite décidé de remettre toutes les conceptions de l’art salutairement à plat et de houspiller la vacuité des défenseurs d’un art combien déjà plon-plon quoique contemporain. Une mécène, dame distinguée, l’a aidé financièrement et indéfectiblement. Prêchant la vacuité, Dussaert est vite devenu la coqueluche de l’avant-garde, ses œuvres se sont arrachées à des prix sidérants, surtout l’ultime intitulée l’‘après-tout’ qui résume sa démarche.
De la table avec verre et carafe d’eau, chargée de brochures épaisses dont il lit des extraits, le plus qu’empathique Jacques Mougenot va au centre de la scène. Assis sur un tabouret de bistrot, il s’adresse à un public dont il salue l’écoute ; il enchaîne: soit Dussaert et son œuvre unique, phénoménale… ; Nous autres - déjà enchaînés - avons à peine commencé à diagnostiquer non pas un canular non plus qu’une esbroufe, mais… On reprend : soit l’incontournable Dussaert dont nous étions au bord d’avouer honteusement avoir ignoré l’existence et le rôle quant à l’art contemporain mais qui avait enthousiasmé autant que bouleversé nos parents et grand-parents. On voudrait que le fascinant Mougenot, charmant mystificateur, ne quitte plus le plateau et que cette pseudo-conférence ne s’achève jamais. Et on ne vous dira surtout pas ce que proposait, présentait ou représentait le tableau qui … que…
Théâtre Ranelagh, jusqu’au 2 juin, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures. Réservations : 01 22 88 64 44