14 août 2012

L’Avare de Molière « version revisitée » et mise en scène par Elise Hobbé

Avec Lionel Laget, Yani Lotta et Aude Wojtyna
Scène nue avec seulement trois coffres noirs montés sur roulettes. Deux comédiens et une comédienne en costumes noirs y tiennent une pseudo-conférence de presse nous faisant part de leur vraie démarche mais des lumières rouges les éclaboussent, et nous avec, quand ils font des apartés rigolards expliquant qu’ils ne peuvent pas être prisonniers de leurs personnages. Normal puisque deux d’entre eux en joueront une douzaine face à un Harpagon au crâne dégarni avec touffes de cheveux verlainiennes (le Funambule est sis à Montmartre-Nord à quelques enjambées de l’église où Paul se maria). Ça démarre : Harpagon, veuf, veut se remarier mais la séduisante jeune demoiselle sur laquelle il a jeté son dévolu est éprise d’un charmant jeune homme, lequel n’est autre que… vous vous souvenez, bien sûr. Or Harpagon est atteint d’un certain prurit : dès qu’il est question d’argent, il devient ce parano qui hurle et dégainerait même tant il craint qu’on vienne lui dérober les écus qu’il a mis de côté et qui lui servent de matelas mental. Dans la salle, cela nous vaut de la part de l’époustouflant Lionel Laget des cavalcades, des bonds et rebonds sur scène, des cris voire des râles. Ses partenaires Aude Wojtyna et Yani Lotta sont devenus -entre autres- des amoureux attendrissants et distingués, des domestiques au français approximatif. Aude se reconvertit en mec, et Yani en une trop gracieuse jeune dame minaudante mais aussi « entremetteuse » aussi répugnante que son Avare de client. On ne compte pas les perruques et les bonnets, les tenues et autres costumes. Les déplacements des comédiens et les pétarades de Lionel Laget font vrombir ce théâtre délicieux, et ce soir-là dans la salle le jeune Nolann, une dizaine d’années, assis au premier rang aux côtés de son père commentait ce qui se passe sur scène apostrophant les comédiens. Cela donnait « Attention ! Il est parti par-là ! » Mis en boîte, après que lui-même se soit engouffré dans un des coffres, Harpagon abdique… place aux jeunes ! Il s’éponge le front, et nous aussi ; nous n’en pouvions plus  de rire. Le message est passé : le théâtre est un lieu où sont redites au monde des vérités de nos jours tamisées par toutes sortes d’écrans, et les comédiens sont des athlètes de haut niveau mais qui n’exhibent pas forcément que leurs pectoraux. Ils vous font d’autres cadeaux.
Le Funambule, dimanche, lundi et mardi à 20 heures. Réservations : 01 42 23 88 83.