03 septembre 2012

Nini, ou « une femme libérée dans une France occupée »

Texte et interprétation Sandra Gabriel, mise en scène Gil Galliot Seule en scène, une comédienne chanteuse, meneuse de revue à l’énergie et l’humour dignes des plus grandes, au temps où ses devancières, aussi lestes les unes que les autres, étaient toutes des filles de joie. Nini ne pouvait pas ne pas être à leur hauteur et s’y trouver bien. L’ennui c’est que la France d’alors est sous l’Occupation et que les Schleus, Boches, Frisés, Fritz, Fridolins comme on disait à Pantruche ont tout en mains, si vous nous permettez l’expression. Qu’à cela ne tienne, Nini ‘fait avec’ jusqu’au jour où elle tombe raide-dingue d’un jeune officier nazi aussi élégant qu’attentionné. Elle fond et plonge. Finira-t-elle tondue comme ses consoeurs ? Sandra Gabriel joliment électrique joue, danse mais après avoir beaucoup racolé, raconte. Son metteur en scène ne lui a heureusement pas demandé de descendre dans la salle pour y chatouiller le menton d’un spectateur titillé par la vision de cette femme superbe en tenues à plumes pour cabaret ou alors robes sexy d’une élégance confondante. La dernière étant celle d’une femme devenue distinguée et qui s’adresse à nous tendrement. Entre-temps sur l’écran du fond régulièrement caché par de superbes dégoulineries de strass il y a eu des projections troublantes genre films d’époque re-fignolés où elle apparaît avec ce visage qui nous vrille. La comédienne à la gestuelle convaincante, ayant utilisé toutes sortes d’accessoires et occupé l’espace habilement et intensément, est chaudement applaudie par son public ravi. Le soir où nous en faisions partie, une dame souriante qui dans le hall d’entrée nous avait avoué être âgée de quatre-vingt-dix-ans s’est approchée de la scène, a serré la main de Sandra et lui a murmuré quelques mots qui l’ont fait presque rougir. Souvenirs souvenirs… Ce spectacle est à voir, même si le début est longuet, mais surtout emmenez-y ces gamins qui retournant demain à l’école n’auront plus besoin de cinéma ou de télévision pour comprendre et sentir ce que fut cette période trouble en France.
L’Archipel, 17 boulevard de Strasbourg, jeudi, vendredi, samedi à 20h30. Réservations : 01 48 00 04 05