29 avril 2012

Les travaux et les jours, de Michel Vinaver

Mise en scène de Valérie Grail, avec Cédric David, Luc Ducros, Agathe L’Huillier, Julie Ménard, Mireille Roussel.
L’auteur a certes confisqué le titre du poème d’Hésiode, dont on se souvient qu’il se termine par « heureux le sage mortel qui (…) travaille sans cesse » et peut-être encore l’adage de Rabindranath Tagore selon lequel le travail est un moyen de rendre grâce aux dieux, une forme de prière. Mais ici tout est facétieusement remis en question : bien sûr les patrons sont les puissants et les employés sont leurs esclaves ou leurs faire-valoir, les rivalités entre eux sont une de leurs raisons de survivre à tous, et les papotages au bureau deviennent des morceaux d’anthologie. Sans oublier les flirts ou les romances inévitables entre ces messieurs-dames se côtoyant dans des locaux exigus avec amoncellement de documents, de dossiers, de cartons et prolifération de gros téléphones blancs intempestifs. Ici nous sommes dans le service après-vente d’une entreprise fabriquant des moulins à café. Bien sûr les machines à café automatiques n’existaient pas en 1977, date à laquelle Vinaver a écrit cette pièce à la mise en scène ahurissante de fantaisie et servie par des comédiens désopilants. Les employées seraient d’adorables nunuches ou alors des vamps pas encore « remarquées » par le collaborateur d’une attachée de presse de cinéma célèbre. Elles sont aussi des femmes plus mûres et ayant déjà beaucoup donné. Autour du bureau central et selon une chorégraphie rigolote, les sièges à roulettes où elles sont assises valsent comme le font les aiguilles de l’horloge centrale devenue carrément folle. Les hommes moustachus et chevelures lustrées ont des physiques pour Feydeau et Labiche : christi-sapristi ! Noirs, musiques, et une fin surtout pas triste.
Ce spectacle proposé par la Compagnie Italique-Valérie Grail qui se donnera du 7 au 28 juillet à Avignon festival-off au Théâtre des Lucioles est actuellement à l’affiche à Paris jusqu’au 2 juin.
Théâtre Lucernaire à Paris, du mercredi au samedi à 21h30. Réservations : 01 45 44 57 34 et www.lucernaire.fr
     

26 avril 2012

Hernani, de Victor Hugo

Mise en scène de Margaux Eskenazi
Ce soir-là les jeunes spectateurs ont applaudi à tout rompre et on n’a pas pu compter les rappels, tandis que d’autres sortaient l’air perplexe de ce spectacle percutant à tous les égards. Lesquelles de ses qualités faut-il citer pour vous convaincre de voir ou revoir cette pièce… outre l’audace de l’écrivain âgé alors de vingt-huit ans et dont la maîtrise de la langue, la perception de la magie des mots, des phrases, des rythmes étaient déjà inégalables et que toutes sortes de certitudes habitaient ou hantaient déjà ?
Deux comédiennes et trois jeunes comédiens tous plus qu’habiles et généreux bondissent sur la scène, escaladent des chaises, des fauteuils ou des échelles, remuent des tables, déroulent et ré-enroulent des tapis symboliques ; certains sortent d’un mince coffre-fort lequel, une fois à terre, deviendra catafalque cependant que chaque syllabe de leur partition nous remue. Doña Sol, (Laure Grandbesançon) si charnelle et attendrissante, dans des robes à falbalas et colliers ruisselants, fait en sorte que s’efface le souvenir de ces hiératiques sociétaires de théâtre nationaux, bien intentionnées peut-être, mais qui n’avaient rien compris au film.
Théâtre de Belleville, jusqu’au 3 juin, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures. Réservations : 01 48 06 72 34

24 avril 2012

Ondine, de Giraudoux

D’après le conte de Friedrich de la Motte Fouquié (1777-1843)
Mise en scène : Diane de Segonzac
Giraudoux aime les pièces à rebondissements, avec personnages aussi attachants que dérangeants. Ondine est la plus imprévisible et la plus hallucinante de ses héroïnes. Cette extra-terrestre, obéissant au roi des Ondins, sera responsable de la mort du chevalier Hans dont elle s’est éprise avant même de croiser son regard si ce dernier la trahissait. Il invoque leur couple à venir : Ondine et Hans, elle rétorque: « Oh non ! Hans d’abord. C’est le garçon, il passe le premier. Il commande…Ondine est la fille…Elle est un pas en arrière… Elle se tait. ». Or Hans avait promis d’épouser la noble Bertha, mais Ondine rencontrant Bertram lui demande « Quel est votre nom, ô vous qui me trouvez charmante ! ». La parole donnée, les promesses tenues ou non mais surtout les vrais sentiments qui lient les êtres, voilà une fois encore ce qui compte pour l’auteur, même si cette fois le nombre de personnages autour des couples principaux est impressionnant : chambellan, illusionniste, surintendant, juges et la suite. A la création de la pièce en 1939 trente-six comédiens ont arpenté les planches. Non pour créer une simple diversion mais bien plutôt pour dire les problèmes majeurs de la société vacillante d’alors où tout allait être remis en question. Diane de Segonzac fait très habilement évoluer ses comédiens aux tenues somptueuses dans ce lieu unique : la Salle Laborey du Théâtre du Nord-Ouest. Elle a voulu que l’une de ses interprètes chantant a cappella très sensuellement dans le noir convoque toutes sortes d’envoûtements. Servie par son équipe de douze comédiens, elle a partie gagnée.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’intégrale Giraudoux jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www. theatredunordouest.com

23 avril 2012

Récital emphatique

Conception Michel Fau, interprétation Michel Fau accompagné au piano par Mathieu El Fassi.
Ce qu’il y a de fascinant dans ce spectacle c’est qu’il prouve qu’investir une scène veut aussi dire monter à une sorte d’autel pour y célébrer un office. Michel Fau s’est donné une mission de ce genre. Emphatique est le qualificatif qu’il a choisi pour définir son récital, mais vous auriez bien pu lire empathique:«sympathisant avec autrui». Il incarne toutes sortes de divas fantasques, fantastiques et fantasmagoriques, déjantées ou encore sur le retour qui ont hanté, fait valser, tanguer et déraper nos jours, nos nuits et nos songes. Silhouette et costumes pour une Marilyn «pou-pou-pitou», gestes, mimiques et chorégraphies désopilantes, il singe ses diverses Castafiore, les caricature, chante parfois résolument… faux pour mieux les récupérer tendrement. Son partenaire et accompagnateur est cet élégant pianiste qui enchaîne toutes sortes de musiques et dont l’interprétation des romantiques touche infiniment. Ce spectacle est plus que généreux ; on comprend que c’est l’aboutissement d’un travail pharamineux de cet auteur-interprète, mais qui ne s’en vantera pas une seconde alors que c’est trop souvent le cas chez tant de jeunes interprètes, charmants certes, mais si vite ‘médiatisés’. Comme toujours le Théâtre Marigny est une escale jubilatoire.
Théâtre Marigny, salle Popesco à 21 heures du mardi au samedi, le samedi également à 18 heures, jusqu’au 23 juin. Réservations : 01 53 96 70 00 et www.theatremarigny.fr

20 avril 2012

L’homme de paille de Georges Feydeau

Mise en scène de Lionel Fernandez avec Jean-Adrien Espiasse et Günther Van Severen.
Un homme de paille est certes une « personne servant de prête-nom pour une affaire douteuse » mais ici ils sont deux : Farlane et Salmèque. La dame que ce dernier a l’intention d’épouser : cette « grande Marie », ancienne balayeuse mais peut-être chef de parti politique à inventer, est absente. Les compères se rencontrent et font mine de croire que l’autre est une femme. Ils se prennent réciproquement pour Marie « ma Marie » versus « mon mari » mais aussi « Lui c’est elle et vous c’est vous ». Tout a basculé dans l’absurde et le bon sens ne pourra jamais plus émerger. Les pseudo aphorismes (« le mari n’est qu’un moyen »), jeux de mots rocambolesques, séquences de propos tenus avec des accents hilarants (côté Belgique et Canebière), comptes avec chiffres qui dérapent, mais aussi l’évocation du mariage, du divorce, de la polygamie, de la sacro-sainte liberté-égalité-fraternité, sont ponctués d’apartés : «Où sommes nous ?», «Il n’y a pas moyen de lui faire comprendre», «Plus je la regarde, plus je la trouve épouvantable.»
Les partenaires se jettent sur le canapé central, manient frénétiquement le balai ou polissent les murs avec fureur, tombent à la renverse, se marchent sur les pieds comme des sales gamins. Les spectateurs sont ravis et la fin de ce canular signé par un auteur alors âgé de vingt-deux ans, joué par deux comédiens joliment remuants, parfaitement convaincants, arrive trop vite.
Donné au Théâtre du Nord-Ouest en 2011, ce spectacle vient d’être joué au Théo Théâtre ce printemps 2012. Guettez ses reprises.

18 avril 2012

La conversation de Bolzano (une aventure de Casanova) de Sàndor Màrai

Adaptation scénique Jean-Marie Galey et Jean-Louis Thamin
Mise en scène Jean-Louis Thamin avec Jean-Marie Galey, Teresa Ovidio et Hervé van der Meulen.
Dans ce Tyrol du Sud la cité de Bolzano a failli être autrichienne; le sulfureux Casanova fuyant sa prison de Venise vient d’y atterrir. La raison de ce choix ? On ne la connaîtra pas véritablement. Cet être hanté par ses remords et ses souhaits autant que ses désirs et ses ambitions a autrefois été épris d’une jeune Francesca, mariée depuis à ce barbon de comte de Parme qui pourrait être son grand-père, et gouverne la Province. Il apparaît proposant à Casanova de lui donner une certaine somme et de faire en sorte que n’étant plus inquiété, il reprenne sa course de séducteur, à condition qu’il « honore » Francesca pour la décevoir et l’écœurer à tout jamais.
Le plateau est dans la pénombre et le restera jusqu’à la fin ; quelques lumières subtiles et fignolées (comme l’est tout le spectacle) interviendront cependant et une porte étroite se fera voir au centre. Côté jardin un vaste lit devant un paravent. Le comte, perturbé, virulent, y a rejoint Casanova : « J’ai une affaire à régler avec toi ». Au cours de la conversation tournant autour du contrat qu’il lui propose, ses déclarations dérangeantes se succèdent : « sans ordre il n’y a pas de véritable révolution ». Visiblement l’auteur se sert de ses personnages pour régler ses propres comptes. Aux séquences suivantes Casanova apparaît déguisé en dame de cour avec boucles d’oreilles, prêt à se rendre au bal que le comte a organisé, puis rejoint sur le lit par Francesca, habillée en homme. « Qui es-tu Francesca ? » «Je suis la vie, mon amour». « Seras-tu violent ? » « Je t’aime depuis cinq ans ». « Je suis l’amoureux et toi la femme qui se défend » « Sauver ce qui est le plus important »… Ils se tombent dans les bras. Mais Casanova déclare « aux premières lueurs du jour… dans une heure je quitterai la ville ». Toutes sortes de sons inquiétants se sont fait entendre suivi de bruits de feu. A la toute fin le séducteur est seul en scène, avec à la main une lettre destinée à Son Excellence le comte de Parme. Le public séduit par la beauté d’un texte perturbant, très habilement traduit, par l’intelligence de la mise en scène et trois comédiens aussi solides que remarquables, a du mal à en émerger.
Guettez la reprise de ce spectacle qui vient d’être donné à l’Atalante, théâtre montmartrois à la programmation de qualité.

15 avril 2012

L’amant, de Harold Pinter

Traduction de Gérard Watkins
Mise en scène Alexandra Dadier, avec Laurent Schteiner et Fabienne Alice Dubois.
Richard et Sarah : Lui sourire satisfait, en complet sombre, chemise blanche et cravate, quelque part sa mallette. Elle, sexy, en robe noire et chic. Avec parfois une plante verte à la main qu’ils se refilent ou pas, ils se font face assis sur des tabourets de plastique rouge.
« Qu’as-tu fait cet après-midi ? » Est-ce lui ou elle qui pose la question, mais c’est lui qui avoue vite : « Je suis très lié avec une putain » et encore « Ce que je recherche chez la femme ? » … « Une femme que je puisse respecter ». Toc-toc, bruit d’horloge. Elle a un amant : « Il est très amoureux ». Lui : « Est-il marié ? » … « Tu n’es pas jaloux ? »… « Tu n’es pas jalouse ? » Travers du mariage, les habitudes et l’ennui engendrés : un couple s’invente une vie-bis pour se redonner des frissons, et repartir à… presque zéro. Tangos ravageurs, ils ont changé de tenues : elle est en déshabillé de satin rouge et pieds nus, lui n’a plus sa veste non plus que sa cravate ; par terre un tissu-tapis couleur sang convoque une atmosphère incandescente. Ils tanguent. « J’attends mon mari ». Il lui fait des compliments sur sa beauté. Elle dit alors avoir « fait de la salade », et parle d’un bœuf bourguignon imminent. Cette sorte de messe avec exorcisme ayant été dite ils se rhabillent : « Ton amant »… « Ta putain ». Au final cela donne, Lui à Elle : « ma merveilleuse putain ! » Tout peut alors rentrer dans un certain ordre. La mise en scène et en espace, les jeux de tabourets, les déplacements, les étreintes chorégraphiées des partenaires, les rythmes de cette pièce qui ne dure qu’une heure mais fait voyager plus utilement que d’autres plus longues, sont servis par deux comédiens dérangeants sur la scène d’un petit théâtre séduisant.
Aktéon Théâtre, jusqu’au 2 juin, vendredi et samedi à 21h30.
Réservations : 01 43 38 74 62 et www.akteon.fr

12 avril 2012

Electre, de Giraudoux,

Mise en scène Geneviève Brunet et Odile Mallet
C’est un long parcours que celui qui nous mène après toutes sortes d’atrocités avec innocents qui s’entretuent et coupables qui agonisent, à ce « coin du jour qui se lève » et qui « s’appelle l’aurore ». Electre (la brillante) a fait la lumière sur tout, découvert et révélé les scélératesses des membres de sa famille. Surdouée plus qu’orgueilleuse et possessive, elle collectionne les réussites, mais que peut-elle faire contre toutes sortes de malédictions, et d’abord cette haine qu’elle éprouve pour sa génitrice, femme qui dit haïr les hommes, tous égocentriques parce qu’à la recherche perpétuelle du pouvoir, mais aussi assez répugnants dans l’intimité. Giraudoux avec autant d’astuce que de férocité, sa poésie intemporelle regorgeant de bon sens, a convoqué des personnages auxquels il confie des monologues qui font re-décoller (comme si c’était nécessaire) sa pièce régulièrement ; cette gageure sidère.
Ce qui séduit dans une mise en scène sobre, outre l’absence de décors - seules une table nappée et quelques chaises en plastique - c’est l’utilisation de ce lieu étrange aux murs noirs, de ses escaliers, ses niveaux divers et ses portes plus ou moins dérobées. Et surtout le choix et le jeu des comédiens : les plus jeunes sont gracieux et bondissants, leurs voix et leurs regards questionnent puis réconfortent. Les autres sont troublants également, mettant les premiers et le public à l’aise, puis mal à l’aise, le désarçonnant en permanence. On leur en sait gré.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’intégrale Giraudoux jusqu’au 30 septembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com

10 avril 2012

Comme si on s’aime, de Nicolas Vallet

Avec Charlotte Andres et Nicolas Vallet, mise en scène de Julien Bouffier.
Performance d’un couple de comédiens parfaitement rodés, bondissants, au jeu très physique dans une mise en scène aussi joliment loufoque qu’inventive. Des décors à transformations tordantes dans tous les sens du terme, des déshabillages et rhabillages de comédiens : vraies performances, des musiques de fond nostalgiques bien réparties et dosées, tendres ou narquoisement divines. Les lumières sont parfaites comme l’est l’utilisation de caméras filmant les deux amoureux. Photos en diaporama d’amants ou d’êtres qui s’aimeraient si l’amour n’était pas une simple invention (mais de qui ?), un pari, un défi, une utopie, un scénario, une mauvaise blague, un gag. Notez que ce qu’ils se racontent sonne parfois faux, puisque l’envie de flouer l’autre pour mieux le démasquer fait partie de la stratégie amoureuse depuis la nuit des temps. Bref, faire comme si on s’aime serait le lot commun des Adam et Eve d’aujourd’hui. Nicolas Vallet a une voix mozartienne et une présence percutante, Charlotte Andres peut jouer les naïves, les coincées mais également les quasi catcheuses. Leur performance-match ne dure qu’une heure mais vous en sortirez quasiment K.O.
Manufacture des Abbesses, dimanche, lundi, mardi, mercredi à 21 heures. Réservations : 0142 33 42 03

06 avril 2012

Antigone, de Sophocle

Traduction Jean et Mayotte Bollack. Mise en scène Olivier Broda. Le plateau n’est occupé que par deux structures de bois horizontales en pentes inversées, posées l’une derrière l’autre : au centre un arbre du genre dragon stylisé est maintenu par des lanières. Sous des lumières aux couleurs aussi vives et cardinales que leurs costumes sont noirs ou blancs les comédiens sont très charnels. Revêtu de rouge seul Créon tranche royalement. Ils sont sept dont trois jouent une petite dizaine de personnages. Les femmes sensuelles et touchantes aux longs cheveux peuvent devenir des hommes énigmatiques réfugiés dans des tenues encapuchonnées. Un de leurs deux partenaires masculins devient également Ismène, sœur aînée d’Antigone, si différente de celle qui veut révolutionner le monde dans lequel elle a échoué. Elle en veut à ces dieux devant lesquels elle refuse de s’incliner puisque pour elle, la mort vaut mieux qu’une soumission forcément veule.Outre la sobriété de la mise en scène, de la distribution et du jeu de tous, le plaisir qu’ils nous donnent est dû à la partition musicale (Maëlle Dequiedt au violoncelle) tonique et chantée, autant qu’au parti pris de prendre du recul par rapport aux mots souverains devenus exemplaires : ceux d’un Créon d’abord grandiloquent puis pathétique (Alain Macé) finalement terrassé parce qu’il a vécu en marge de son existence. Après la remarquable Antigone, mise en scène de Adel Hakim, jouée par les acteurs du Théâtre National Palestinien au Théâtre des Quartiers d’Ivry et qui est actuellement en tournée, emmenez vos amis découvrir celle qui se donne à Paris.
Vingtième Théâtre, jusqu’au 6 mai, du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15 heures. Réservations : 01 48 65 97 90

02 avril 2012

Noir, rouge, or, de Jacques-Yves Henry

Au jardin une espèce de tabouret-pouf en cuir et, face à nous, un jeune personnage avec croix gammée sur sa manche : un suspense familial s’installe quand il nous prévient qu’il va évoquer son fils, puis son petit-fils. Des voix de femmes, épouses ou mères chevrotent joliment. A la une, un jeune homme très droit est du genre « ein, zwei ! » nazisme triomphant et brut oblige. A la deux, son rejeton est devenu communiste. A la trois, muni de lunettes, hommes d’affaires dont les rapports à l’argent sont la première préoccupation, le fils du fils avoue son attirance pour les hommes et épilogue presque. Jacques-Yves Henry dans une note d’intention avoue leur faire raconter son histoire personnelle et évoque les réelles « époques allemandes » de sa vie : il nous dit ses engagements et ses doutes perpétuellement renouvelables. Musiques et chants. Donc que signifieraient héroïsme, honnêteté et responsabilités, particulièrement quand on a décidé d’exercer une fonction dite publique ? Cela a toujours été ‘de saison’, avouez que ce l’est plus encore de notre côté du Rhin en ce printemps ! L’équipe de la Manufacture des Abbesses a un engagement multi azimuts et sa programmation est de qualité ; c’est la raison pour laquelle Jacques-Yves Henry a souhaité être joué chez eux. Mais surtout nous lui savons gré d’avoir recruté Sven Gippa, comédien bouleversant et qui évoluant dans un monde plutôt infernal, évoque et convoque une vraie jeune pureté.
Manufacture des Abbesses, du mardi au dimanche à 19 heures. Réservations : 01 42 33 42 03

01 avril 2012

L’affaire Dussaert, de et par Jacques Mougenot

Le Théâtre du Ranelagh, le plus charmant de la capitale, ancien salon de musique, est un lieu à l’acoustique rare. On pourrait y chuchoter sur scène tout en étant entendu au dernier rang, ou encore y donner une conférence sans micro et sans le moindre haussement de ton. Voilà le clin d’œil que nous adresse sa direction qui y héberge pendant deux mois ce spectacle créé en 2001, repris régulièrement depuis, couronné au Festival d’Avignon entre autres, ce qui n’est que justice pour une telle affaire.
Donc un comédien nous contant Philippe Dussaert (prononcer « ar »…pour « art » ?) Né en 1947 et mort trop tôt en 1989 il se savait gravement atteint. Peintre résolument d’avant-garde il avait très vite décidé de remettre toutes les conceptions de l’art salutairement à plat et de houspiller la vacuité des défenseurs d’un art combien déjà plon-plon quoique contemporain. Une mécène, dame distinguée, l’a aidé financièrement et indéfectiblement. Prêchant la vacuité, Dussaert est vite devenu la coqueluche de l’avant-garde, ses œuvres se sont arrachées à des prix sidérants, surtout l’ultime intitulée l’‘après-tout’ qui résume sa démarche.
De la table avec verre et carafe d’eau, chargée de brochures épaisses dont il lit des extraits, le plus qu’empathique Jacques Mougenot va au centre de la scène. Assis sur un tabouret de bistrot, il s’adresse à un public dont il salue l’écoute ; il enchaîne: soit Dussaert et son œuvre unique, phénoménale… ; Nous autres - déjà enchaînés - avons à peine commencé à diagnostiquer non pas un canular non plus qu’une esbroufe, mais… On reprend : soit l’incontournable Dussaert dont nous étions au bord d’avouer honteusement avoir ignoré l’existence et le rôle quant à l’art contemporain mais qui avait enthousiasmé autant que bouleversé nos parents et grand-parents. On voudrait que le fascinant Mougenot, charmant mystificateur, ne quitte plus le plateau et que cette pseudo-conférence ne s’achève jamais. Et on ne vous dira surtout pas ce que proposait, présentait ou représentait le tableau qui … que…
Théâtre Ranelagh, jusqu’au 2 juin, du mercredi au samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures. Réservations : 01 22 88 64 44