27 mai 2012

Folles noces, de et par Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor

Comment vous proposer l’éloge de cette folie-là, de ce tourbillon farfelu, ce déferlement de sketches gaguesques et facétieux chantés, trémoussés ou dansés, dont on ne se rend pas compte dès le départ que tout ça fonctionnera au-delà de l’imaginable ? Catherine en robe de mariée à volants, somptueuse et décolletée, Jean-Paul en costume sombre, chemise blanche et nœud papillon, montent sur scène pour nous convier à leur mariage. Démarre une saga débridée d’une cinquantaine de sketches accompagnés au piano et à la guitare par un complice aussi facétieux que délicieusement talentueux. Le trio «revisite» les univers des artistes de music-hall et cabaret des derniers trois-quarts de siècle que vous aimez tant mais aussi les œuvres décapantes et jubilatoires d’auteurs tels que le père de Cyrano (tendre clin d’œil au Sud-Ouest natal du compère et de la commère) entre autres. C’est de plus en plus débridé ; ils sortent de scène et y rentrent : elle est en robe rougeoyante, lui en costume grisaillant puis, dans ce qui ressemble à une seconde partie qu’ils veulent ravageuse, leurs personnages clownesques deviennent des amants mythiques avec costumes-déguisements et super-perruques. Le rythme déjante et ce qui aurait pu ressembler à la soirée de fin d’année d’un cours de théâtre fera tilt. L’après-midi où nous avons vu ce spectacle nos voisins de sièges avaient des cheveux aussi grisonnants que les nôtres mais spectateurs et spectatrices confondus, tous roucoulaient.
Le Théâtre 14, jusqu’au 7 juillet : mardi, vendredi, samedi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19h, matinée samedi à 16 heures. Réservations au 01 45 45 49 77

21 mai 2012

Eloge de l’oisiveté, de Dominique Rongvaux

D’après Bertrand Russell.
Mise en scène Véronique Dumont, avec Dominique Rongvaux.
« Work is worship » dicton anglais aux accents moralisateurs - avouez le - puisque traduisible par « le travail est une façon de rendre grâce », a le mérite d’être court. Mais l’oisiveté n’évoque-t-elle pas du laisser-aller, un ou plusieurs gâchis et autres sabordages ? L’énergie permanente et non dosée serait-elle la seule vraie règle de vie ?
Le comédien belge est originaire de ces régions où est né probablement ce surréalisme qui nous a libérés de la sacro-sainte logique et où la vraie poésie, authentique fantaisie, nous a désamputés de beaucoup d’impératifs, faisant dire à Russell : « Sans une somme considérable de loisir à sa disposition, un homme n’a pas accès à la plupart des meilleures choses de la vie ».
Le loisir c’est donc se consacrer à la culture laquelle passe forcément par la lecture et la découverte de ces êtres, artistes ayant fait fructifier leurs dons et qui sont devenus nos meilleurs amis.
Dominique Rongvaux sera vite devenu l’un des vôtres. Comédien à la présence dense, amoureux des mots et des phrases, facétieux quand il quitte l’auteur pour digresser et raconter à demi un métier qu’il a exercé et citer un autre auteur qu’il aime tant ; rigolo quand il arbore un sombrero, élégant et superbe de toute façon dans son sombre costume trois pièces à légères rayures blanches dont il ôte la veste pour laborieusement relever les manches de la chemise. Chacun de ses mots, chacune de ses fausses pauses inspirées bref tout ce qu’il dit, fascine. Et cela nous console de ce que nous assenaient trop de professeurs, raconteurs parfois maladroits. Cette réussite est à aimer au Théâtre de Belleville.
Jusqu’au dimanche 1er juillet, du mardi au samedi à 19 heures et le dimanche à 15 heures.
Réservations : 01 48 06 72 34

11 mai 2012

Sous ma peau, le manège du désir

de et avec Geneviève de Kermabon.
Ce spectacle va cartonner : adieu les monologues dépassés du bon vieux vagin ! La comédienne-auteur a recours a des masques effarants aux yeux régulièrement exorbités - un certain voyeurisme oblige - et des perruques truquées qui la métamorphosent ; avec aussi ces pantins supposés ingénieux qu’elle manipule laborieusement et dont on se dit qu’elle copulerait bien avec, voyez poupées quasi gonflables, l’une d’entre elles ressemblant à sa mère ou sa grand-mère et autres femmes aussi peu avenantes. Une autre encore, masculinisée, arbore un sexe aussi dérisoire que détachable dont elle se débarrasse comme d’un confetti. Non, elle ne grimpe pas vraiment aux rideaux… quoique des cintres descendent des cordages auxquels elle s’accroche pour mieux exécuter un numéro de plus car tout ce qu’elle fait se veut performance. C’est laborieux et nous avons saturé assez vite.
Théâtre Lucernaire jusqu’au 30 juin, du mardi au samedi à 21 h30 et les dimanches à 15 heures. Réservations : 01 45 44 57 34

06 mai 2012

Les veufs, de Louis Calaferte

Mise en scène Alexandre Laurent,
Décor Selma, éclairages Florence Enjalbert
Avec Corinne Maisant et Claude Nicol.
Rencontre au cimetière d’un homme et d’une femme venant chacun se recueillir sur la tombe d’un être aimé (au Théâtre du Petit Montparnasse Le mec de la tombe d’à côté continue à ‘faire un tabac’ à juste titre…) Mais la pièce de Calaferte où ‘Elle’  qui a perdu son mari se retrouve au cimetière sur sa tombe face à ‘Lui’ qui y passe aussi tous les jours parce que sa femme y est enterrée, est une réussite. Dans cette comédie petit format mais attendrissante les propos tenus, loin d’être ‘de concierges’ ou de hall d’immeuble commencent par être des quasi-aphorismes, des truismes, des banalités pour devenir de vraies confidences, comme destinées à meubler le désert des jours ordinaires. L’auteur avec son œil caméra nous dédie sa sensibilité et son humour confondants. L’enchaînement des répliques et le rythme sont habiles ; le veuf écoute avec sollicitude celle qui avoue ses faiblesses, ses désirs ; il compatit, puis avoue à son tour les siennes et les siens. Ils évoquent la vie avec leurs conjoints, ses hauts ses bas et autres incompréhensions, mais également leur amour de l’existence, de ses petits plaisirs, des chats et chiens, ces compagnons qui la rendent aimable. Ils sont assis côte à côte sur un banc. Elle se lève : « Je crois que je vais rentrer ». Mais elle s’est rassise, et tout repart. On sent qu’ils ne tiennent pas à se quitter. « Voulez-vous que nous fassions quelques pas ? » Ils partent ensemble : non, Lui n’aura pas mis la main sur son épaule, mais…
La gigantesque toile de fond du décor est la reproduction d’un coin de cimetière où se rejoignent deux allées : c’est d’une beauté réjouissante. On admire l’élégance d’Antoinette et de son partenaire enchapeauté, tous deux sont parfaitement convaincants. Dans une mise en scène épatante. Les lumières sont très joliment utilisées. Une fois encore la programmation du Théâtre Darius Milhaud où l’accueil est si chaleureux, nous a séduits.
Théâtre Darius Milhaud, 80 allée Darius Milhaud Paris 19ème.
Le jeudi à 21 heures, jusqu’au 28 juin. Réservations : 01 42 01 92 26

04 mai 2012

L’ombre d’Oscar Wilde de Lou Ferreira

En France, c’est chez Octave Mirbeau esprit libre que la notion d’endoctrinement révolte et son épouse cette Alice ex-comédienne avec laquelle il entretient des relations complexes, que toutes sortes d’auteurs dont Gide et Jules Renard mais aussi Edmond de Goncourt sont accueillis en Avril 1895. Ce mois-là Oscar Wilde comparaissait devant une cour de justice anglaise pour y répondre de ses délits, à savoir sa liaison retentissante avec le fils du Marquis de Queensberry, et le fait qu’il n’ait pas voulu qu’on étouffe l’affaire. On connaît la suite. Ici, chez Mirbeau, chacun de ces prestigieux hommes de lettres de générations différentes ainsi que leur consœur Rachilde qui a reçu Wilde dans son fameux salon littéraire, viennent dire ce qu’ils ressentent à la nouvelle de ce procès inutile et infâmant ; ils se concertent pour tenter d’organiser la défense d’Oscar. Ce faisant chacun parle aussi de lui-même, sans se raconter, et Lou Ferreira qui nous les fait redécouvrir nous les présente comme jamais les manuels de littérature n’ont su ou pu le faire. Une telle démarche fascine et vous guettez les répliques de chacun de ces littérateurs, hommes d’esprit généreux mais souvent plus que caustiques. Cela donne : « Comment peut-on être écrivain et rester fidèle ? » et dans un anglais parfait (remerciements à Olivier Bruaux ) «… happiness… and pleasure ? » La partition est éclatante, les comédiens la servent de façon brillantissime, dans des costumes et moustaches d’époque ; leurs déplacements sont parfaitement organisés. Cette fois encore la scène de la salle Laborey avec son grand escalier central est un lieu inspiré et inspirant.
Théâtre du Nord-Ouest les 7, 15 et 29 mai, 12, 13, 15, 19 et 27 juin, horaires à consulter sur www.theatredunordouest.com et 01 47 70 32 75

03 mai 2012

Carnet d’enfance, de Jacques Courtès

Mise en scène de Stanislas Grassin, avec Jacques Courtès et Christine Kotschi
Serait-ce le carnet de notes qu’on devait toujours avoir dans son cartable pour le montrer à ses parents sans évidemment tenter de transformer le 0 en 1 devant le 4 (sur 20) en maths.
L’enfance remise en question par l’adolescence. Jacques Courtès, regard écarquillé et qui questionne, sourire de gosse et jolie barbe blanche réconfortante de grand-père, aime re-convoquer les émotions, les rêves - les illusions ? - de ses dix ans. D’accord, il se rongeait alors les ongles, mais il s’en émerveille encore et encore. Au départ des bruits de machine à écrire, mais la scène est vite toute à lui. Quoiqu’à jardin, dans la pénombre il y ait cette élégante et sculpturale musicienne et sa demi-douzaine d’instruments à cordes qu’elle manie telle une brodeuse et dont elle joue étonnamment. Enfance d’un gamin né face à la Méditerranée. La poly-musicienne peut faire une jolie moue de môme réprimandée, cependant que les lumières ont monté. Voilà l’homme à terre jambes presque en croix ; on se dit : le gosse est tombé de sa balançoire ! On a tout faux. Il se rapproche de sa partenaire. Tous deux manient ensemble cet instrument dont le son évoque les petites vagues venant mourir sur la plage un matin ou un début d’après-midi d’été. Vous mettrez dans votre poche ce carnet pour le communiquer aux gens que vous aimez.
Théâtre Darius Milhaud, 80 allée Darius Milhaud, Paris 19ème.
A 19 heures le lundi, jusqu’au 25 juin. Réservations : 01 42 01 92 26