31 juillet 2012

Les Amoureux, comédie de Goldoni

revisitée par Julien Delbès
Goldoni nous dédie des jeunes filles, des jeunes dames ou encore des jeunes messieurs exacerbés avec « querelles, cris, mouchoirs déchirés, glaces brisées, couteaux tirés ».
Plus des jalousies éventuellement légitimes capables d’engendrer des violences irresponsables. Sur la scène ils se déchaînent, s’envoient au tapis, culbutent et roulent à terre ; récupérés par les coulisses, ils en sont recrachés. Certains se sur-déguisant. Mais Elle, ravissante numéro un, est en légère robe bleue et escarpins tout aussi bleus et sa sœur est en tenue et souliers très rouges. Quant à lui, le prince-décideur, il a opté pour un noir intégral ! Et que dire de l’histrion de service, ce manipulateur commentateur en blanc intensif et encore de la servante, forcément légère, voyez noir et blanc, et de celui qui en pantalon marron et chemise neutre la fricotera ? Que dire encore des lumières rouges flashant à jardin qui rendent les didascalies quasi-infernales, et de ces autres-là, très bleues à cour ? Lui et Elle s’aiment, mais le savent-ils, le comprennent-ils et combien de temps leur faudra-t-il pour s’aimer vraiment ? Quant à vous, en quelques instants vous leur tomberez dans les bras et adorerez ce que l’équipe de la compagnie alacompote fait de son Goldoni.
Théâtre le Funambule Montmartre, du mercredi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : www.fumambule-montmartre.com et 01 42 23 88 83

26 juillet 2012

Merci pour tout !

De David Basant, mise en scène de l’auteur, avec Sophie Legrand et Didier Constant.
Ce succès, en 2009 au Café de la Gare, redonné l’année suivante, nous revient. Donc un musicien largement trentenaire, fils de ‘bonne’ famille traditionnelle pourrait-il devenir homme d’affaires et chef d’entreprise pour faire plaisir à son père ? Parcours avec étapes assorties de quelques aléas. Mais encore et d’abord: bonjour les dégâts ! L’argument de ce qui n’est qu’une pièce-prétexte est autobiographique, et la raison de sa reprise est la prestation brillantissime de la comédienne qui, perruque après perruque, avec ou sans chignon, cheveux blonds plus que longs ou moins que bruns , escarpins avec talons gigantesques puis sandales très plates se taille la part de la lionne dans le rôle de femme donneuse de leçons, dérangeante et soi-disant formatrice pour débutant balbutiant et happé en permanence au téléphone par son papa. Au secours ou pardon Monsieur Freud. L’affolante Sophie Legrand est une parfaite emmerderesse et Didier Constant qui l’escorte la subit avec mimiques à la Fernandel. Il devient presque magique quand il se met à danser, mais pourquoi le fait-il ? …parce que le spectacle régulièrement plombé par des rafales d’images reçues sur un mini-écran fond de scène avec messages genre textos-twittés, a quelque peu vieillotté. Mais dans la salle ça fonctionne bien et les messieurs hoquètent, alors…
Comédie Bastille du mardi au samedi à 21 heures, et le samedi à 17h30. Réservations: 01 48 07 52 07

20 juillet 2012

Zo Brel ! tellement humain !

Textes de Jacques Brel, mise en scène de Renaud Maurin, avec Axel Chill et Jean-Jacques Marin.
Un pianiste barbu aussi spectaculairement beau qu’expressif à la tenue distinguée : soit une queue de pie. En complet un brin fantaisiste un comédien voix chaude, énergie et générosité à la Gilbert Bécaud, en complément de celle, déménageante, du grand Jacques. Un simple rideau de fond noir. Mais ZO, borborygme ou simple rot, aurait-il pu vous faire passer à côté d’un spectacle remarquable dans ce lieu qui lui convient si bien ? Posées sur la scène, deux gigantesques lettres blanches, ce Z et cet O superposables, sont destinées à être manipulées : le Z culbuté se transformera en N, parce que pour Brel tout peut devenir ou redevenir tout le reste surtout quand on n’a que l’amour. Bien sûr il était plus heureux quand il était cheval ou lorsque les ‘pères’ à l’école lui faisaient décliner rosa-rosa… Il était alors persuadé que les enfants ont un royaume et qu’ils sont tous des sorciers. Mais au suivant ! Et à ces suivantes qui lui révèleront ce à quoi ses bons profs n’ont surtout pas fait allusion…A ses initiatrices, muses inaccessibles ou amantes adorées auxquelles il apporte des bonbons. Sur la scène des fleurs – périssables - mais tendres et magiques sont drôlement et superbement là. Aux bourgeois destinés comme des cochons à devenir aussi vieux que bêtes, aux anciens et aussi à ce prêtre qu’il aimait bien (Adieu curé…) il dédie les mots de son cœur et de son âme. Sur le plateau, Axel Chill a posé une ancienne valise: départ et voyage imminents. Après avoir été condamné à voir un ami pleurer il est temps pour Brel d’entrer dans sa nouvelle lumière. Noir final. La salle réclame des rappels mais Jacques n’aimait pas en donner, donc il n’y en aura qu’un. Et vous sortirez des Déchargeurs avec un sourire qui vous accompagnera longtemps.
Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au jeudi à 19h 30. Réservations (à partir de 16 h) : 08 92 70 12 28.

17 juillet 2012

Broadway enchanté !

Spectacle musical de et avec Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Jérôme Sarfati, Edouard Pennes et David Grebil. Lumières Douglas Kuhrt, son Xavier Ferri.
Le titre finalement choisi pour cette ‘suite’ de Padam Padam où Isabelle, Frederik, Jérôme et Edouard nous avaient enthousiasmés, est parlant : à New York cette avenue atypique et diagonale est un lieu où la comédie héberge et courtise la musique, où la musique embobine la comédie pour l’enflammer. Leurs noces magiques y ont lieu. A Paris, au Théâtre La Bruyère, lieu où souffle et se déchaîne l’esprit, nous découvrons l’évocation de chansons et de musiques toniques ou nostalgiques, jazzy ou pas qui nous hantent. Et le public trépigne dans la salle pleine à crouler. Isabelle Georges, cheveux courts, regard, présence et sourire flamboyants, nous happe. Elle empoigne des micros toujours plus surréalistes, danse avec claquettes, prend le long piano de son partenaire pour une mini-scène, s’y installe langoureusement une seconde, en redescend comme une gamine la récréation terminée. Elle danse et chante virevoltant dans sa courte robe rouge à plis et nous fait reluquer des gambettes que Zizi Jeanmaire aurait enviées. Ses camarades d’abord sagement posés côté cour, leurs percussions, contrebasse et guitare en main, se déchaînent à leur tour, empoignant d’autres instruments ; l’un d’eux remplace Frédéric au piano, et tous dans un anglais excellent chantent les ‘tubes’ de l’époque de Judy Garland, Liza Minelli et tous ceux que vous aimez tant. Mise en scène astucieuse et farfelue, séquences surréalistes, les lumières font décoller et rêver. Et quand tous les comédiens assis en rond et de dos entonnent Old Man River vous avez une fois de plus, les larmes aux yeux : ce Mississipi devient alors votre parrain après que ce Broadway-là ait plutôt été votre marraine.
Théâtre La Bruyère, du lundi au samedi à 20h30, matinées samedi à 17 heures. Réservations : 01 48 74 76 99

12 juillet 2012

Tessa (la nymphe au cœur fidèle), de Margaret Kennedy et Basil Dean

Adaptée pour la scène française par Jean Giraudoux
Si on se demande pourquoi Giraudoux a choisi d’adapter cette pièce, par contre on ne se demande pas pourquoi on sort ravis de ce qu’en a fait l’équipe qui nous l’offre au TNO.
Ils sont 19 en alternance sur scène et le comédien principal, d’une élégance rare est un pianiste convaincant. Ses jeunes partenaires féminines (sa Tessa aux cheveux d’Alice au pays des merveilles) sont d’une grâce étonnante, les femmes plus mûres sont redoutablement séduisantes, les messieurs également, certains étant des caricatures réussies de comédiens un tantinet cabotinant. Et puis il y a ce gamin miraculeux dont on se dit que s’il ne choisit pas la carrière de comédien, il deviendra énarque, ministre… et finalement directeur de théâtre ! Les costumes somptueux, les décors chaleureux - voyez cette cheminée pour salon de grand manoir – leurs changements effectués par la troupe au presque complet, les projections sur un écran mince nous conviant dans l’univers d’un cinéma à l’ancienne, et cela pendant plus de deux heures et demie, tout est un enchantement à recommander à ceux que vous aimez. Même s’ils risquent de se redemander pourquoi l’auteur du troublant Le Péché et la Grâce (adapté par Jean-Luc Jeener et donné cette saison au Théâtre du Nord-Ouest) a pu s’enticher d’une telle saga Peter Panesque.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de L’intégrale Giraudoux, en alternance jusqu’au 31 décembre. Dates et réservations : 01 47 70 32 75

10 juillet 2012

Huis clos, de Jean-Paul Sartre

Mise en scène : Isabelle Ehrart
Avec Stéphane Armilhon, Gérard Cheylus, Isabelle Ehrart et Alicia Roda
Souvenirs du lycée où vous avez fréquenté Sartre… mais si vous avez déjà vu un Huis Clos monté sèchement style ancienne Comédie Française vous hésitez peut-être à aller retrouver cette pièce à l’Aktéon - même si vous aimez ce théâtre à la programmation de qualité. Vous avez tort.
Les comédiens prennent leur partition et leurs personnages à bras le corps dans une mise en scène simple et charnelle dont on comprend qu’elle est due à une vraie femme, mais pas une simple féministe, et vous redécouvrez un auteur à peine quadragénaire à la générosité non feinte. Bien sûr « l’enfer c’est les autres », mais vous savez parfaitement que « l’enfer c’est d’abord nous-mêmes, et nous n’avons nul droit de l’infliger à nos partenaires choisis ou pas. »
L’espace scénique réduit est parfaitement utilisé, les canapés sont devenus des coffres modestes recouverts de tissus genre ‘d’occasion’. Les costumes ? une veste de cuir noir et un pantalon fatigué pour Garcin (Stéphane Armilhon) l’homme de lettres donneur de leçons mais ex-déserteur ; une robe gracieuse avec ceinture et chaussures dorées pour Estelle (Alicia Roda) cette jeune bourgeoise infanticide. Inès (Isabelle Ehrart) la femme-à-femmes qui sait que le diable l’attend a une tenue noire pour prof en salle de gym. Mais les deux comédiennes finissent par dénouer leurs cheveux : symbole et geste tendre, elles deviennent alors naturelles et sensuelles sans jamais en faire trop. Le si charnel Armilhon-Garcin a une présence étonnante. Quant à Gérard Cheylus, garçon d’étage hiératique qui détient la clef de la prison dont finalement aucun ne voudra sortir, avec ses cheveux blancs et son regard de patriarche, il est redoutable.
Aktéon, 11 rue du Général Blaise, Paris 11ème, jusqu’au 14 juillet, du lundi au samedi à 21 heures. Réservations : 01 43 38 74 62

02 juillet 2012

Love, de Murray Schisgal

Mise en scène de Jean-Laurent Silvi, avec Julia Duchaussoy, Jean Adrian, Jean - Laurent Silvi

Saluts, hourrahs et mon voisin souriant ne pouvant  s’empêcher de me dire : « ce spectacle est ce que j’ai vu de mieux depuis cinq ans ». Il aurait pu dire quinze ou plus… Le décor, les lumières, les musiques, les comédiens et le texte sont désarçonnants. Deux amis de jeunesse aux parcours ayant divergé se retrouvent : l’un (Mitt Manville) bien sous tous rapports, réussite sociale à l’appui et joliment marié veut se débarrasser de sa femme (Ellen) qu’il juge devenue envahissante donc périmée. L’autre (Harry Berlin) barbu anticonformiste clochardisant, est resté célibataire car il croit(?) n’avoir jamais aimé. Coup de blues : il s’apprête à basculer dans le vide, sautant du pont métallique - quasi métaphysique- qui relie le jardin à la cour sur l’immense et fascinant plateau. Stop. Mitt propose au camarade Harry de prendre le relais et de récupérer Ellen, laquelle va se révéler capable de les aimer l’un et/ou l’autre intensément, et ce successivement, voire simultanément. Mais d’abord le décor - cinématographique au sens le plus poétique du terme - avec un immense ciel de nuit ponctué d’étoiles, une structure métallique brillante traversant l’horizon, un gros lampadaire allumé parfaitement symbolique et… le pont en question. Plus un coffre qu’on n’ouvrira pas mais va servir de banc où l’on se trouve et se retrouve. Donc tout peut se mettre à cascader et d’abord nos hommes au jeu fougueux et désopilant voulu par Jean-Laurent Silvi. Saluons l’intelligence et la poésie d’une partition et d’une aventure dangereuse que Marivaux et Musset ne renieraient peut-être pas. Vous aimerez la volonté du metteur en scène d’amener ses comédiens délicieux au plus près du public, au propre comme au figuré.
Théâtre du Petit Saint Martin, du mardi au vendredi à 20 heures 30, samedi à 15 heures et
21 heures. Réservations : 01 42 02 32 82.