26 septembre 2012

Pourquoi j’ai mangé mon père, adapté du roman de Roy Lewis par Damien Ricour

Mise en scène de Patrick Laval, joué par Damien Ricour.
Une scène presque vide à part un pot avec sa modeste plante verte, un petit banc central nécessaire pour que le comédien vite en sueur puisse s’y poser et s’éponger. A jardin la tablette responsable de la régie lumières que manie notre funambule-clown-imitateur-danseur-cavalcadeur-cascadeur mais encore philosophe grandiose et surtout homme de cœur autant que de scène… Manger son père ne serait-ce qu’une métaphore? Mais l’adolescent consterné, ayant arrêté de se regarder dans la glace du cabinet de toilette familial où il recense ses boutons-de-peau, et qui vient de comprendre comment il a été engendré, pourrait-il accepter d’être chéri par son géniteur pour ensuite l’écouter, l’admirer, l’aimer ? C’est fait et Damien Ricour qui a tout compris vous le dit si joliment. Voix et présence sidérantes, il vous fera une fois encore grimper aux rideaux.
La Manufacture des Abbesses, du dimanche au mercredi à 21 heures, jusqu’au 31 octobre. Réservations : 01 42 33 42 03.

25 septembre 2012

Palestine check point, de Jacques Mondoloni

Mise en scène de Robert Valbon, avec Marie Azouz, Wafik Sadaoui et Genséric Maingreaud.
Pièce aussi explicite que généreuse. Soit un ‘point de reprise’ donc une frontière intérieure avec au centre du plateau un soldat raide et blindé au physique de catcheur en haut d’un mirador consternant qui sépare l’homme d’une épouse qu’il aime aussi fougueusement et tendrement qu’elle le fait. Ni l’un ni l’autre ne pourront plus se voir non plus que s’entendre. Le responsable ? Le diabolique conflit israélo-palestinien au cœur du pays natal de Jésus-Christ, messie, martyr, fils de Dieu et qui se voulait rédempteur. La mise en scène est parlante: une dizaine de potelets lumineux qui au départ, côté cour, divisent la scène façon Nord-Sud sont systématiquement ramenés à jardin par les comédiens. Quand ils auront atteint l’autre rive tout aura eu lieu et nous pourrons espérer être en paix, même si Lui et Elle ne s’en seront probablement tirés qu’à leurs dépends. Comédiens plus que charnels Marie Azouz, Wafik Sadaoui et Genséric Maingreaud servent le texte d’un auteur dont on aime savoir qu’il est aussi un romancier détonnant. Le metteur en scène aux exigences remarquables l’est tout autant ; Sa mise en espace et en scène avec lumières troublantes l’est également. Une fois encore l’équipe du Théâtre de Belleville a fait un bon choix. Guettez les reprises de ce spectacle, ainsi que la programmation du théâtre qui l’héberge.
Théâtre de Belleville, 94 rue du Faubourg du Temple, métro Goncourt. Programme, renseignements et réservations : 01 48 06 72 34.

14 septembre 2012

Jeanne d’Arc au bûcher de Paul Claudel

Mise en scène Emmanuel Ray, avec Mélanie Pichon et Jean-Yves Desmonceaux, au piano François Cornu.
Soit se débarrasser de cette Jeanne, icône de notre enfance parce que vraie jeune fille, pucelle aimée et admirée, pour la recycler avec Paul Claudel et Olivier Messiaen pour complice. Ce dernier est responsable d’une partition tout aussi dérangeante, que le sont la démarche et les objectifs de l’auteur. Pour nous Jeanne était aussi une recherche de paix et de l’amour des autres. Ici rien tel puisque nous avons affaire à une femme apparemment gorgée de lectures de Simone Weil et hôte habituelle du café de Flore en compagnie de J-P S… ! Grâce à Dieu la Crypte Saint Sulpice est envoûtante dans tous les sens du terme. Le pianiste à jardin est mieux que solide, son instrument détonne. La comédienne est résolument effarante et son partenaire masculin dont la voix grésillante évoque celle d’un démon, l’est tout autant. Trouvailles de mise en scène avec bruits et sons violents. François Claudel, fils de, vous recommande cette prestation.
Crypte Saint Sulpice, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, dimanche à 17 heures.
Réservations : 02 37 33 02 10

10 septembre 2012

Marilyn Monroe - Entretiens

De Michel Schneider, mise en scène Stéphanie Marc avec Stéphanie Marc.
A jardin une table avec une lampe de bureau ; une femme est assise derrière. Elle a une perruque très noire et pas une minute elle ne sera une Marilyn glamour avec poupoupitou. Elle nous livre le côté le plus sombre de Norma Jean… cette fille de qui donc au juste? Ballottée pendant sa première enfance entre des pseudo-familles, mais dont elle dit curieusement qu’elles ne l’ont surtout pas entamée, comme cela a été prétendu dans des biographies calamiteuses, qui la décrivent comme une « petite fille idiote et vicieuse ». A l’époque une femme qui se supprimait si jeune après avoir été tellement aimée par des hommes de pouvoir ne pouvait être qu’une ancienne très-mal aimée, traumatisée dans sa jeunesse. « Vous connaissez un moyen de vous sortir des autres ? » « J’ai peu de devenir folle», « Je ne suis qu’une épave, je suis laide ». La comédienne aime son texte fignolé et subtil qu’elle nous livre avec des hésitations qui n’en sont pas vraiment et son regard est inquisiteur. Elle allume et éteint régulièrement sa lampe de chevet après chaque confidence pendant la première partie du spectacle et puis « Coupez ! » Elle est maintenant à cour, assise de dos face à un gigantesque écran où s’alignent les photos de la blonde pulpeuse ; elle se borne à agiter légèrement les mains, et nous ne savons plus où nous en sommes ni où elle en est. Aux saluts elle ôte sa perruque, son visage devient mince et fragile, on en admire d’autant plus sa performance.
Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34.

06 septembre 2012

Il était une femme sur les ailes de l’amour

Chant : Françoise Pons. Accordéon : Piotr Odrekhivskyy. Mise en scène : Jaques Dutoit. Nouvelle version de ce spectacle musical qui comportait une Bergère dans sa version première donnée à l’Aire Falguière et que nous avions aimée (Notez que Falguière rimait joliment avec bergère). Cette saison, à Montparnasse, la première a eu lieu à guichets fermés et nous y avons aimé de nouveau cet itinéraire en huit séquences d’un homme vite tombé « sous le coup de l’amour », et qui a appris à aimer à ses risques et périls. Désirs, séductions, jeunesses éphémères, inconstances, séparations voire violences éventuelles, abandons et vrai(s) deuil(s)…mais, coup de théâtre final : «La femme sait se défendre et s’amuse de tout». Donc de la bergère à son «Monsieur le loup» (voyez cette variation de Giacomo Zani sur un thème d’Offenbach, texte de Gripari qui conclut le spectacle) qui pourrait être en fait un gentil chien-chien de berger. Une fois encore Françoise Pons étonnamment lyrique, poétique et gracieuse nous remue vraiment. Piotr, au centre du plateau, la cadre ou la suit avec son accordéon aux séquences parfois exotiques ; son sourire et son regard se font tendrement ravageurs.
Guichet–Montparnasse, à 19 heures les mercredis et vendredis, jusqu’au 28 décembre. Réservations : 01 43 27 88 61

03 septembre 2012

Nini, ou « une femme libérée dans une France occupée »

Texte et interprétation Sandra Gabriel, mise en scène Gil Galliot Seule en scène, une comédienne chanteuse, meneuse de revue à l’énergie et l’humour dignes des plus grandes, au temps où ses devancières, aussi lestes les unes que les autres, étaient toutes des filles de joie. Nini ne pouvait pas ne pas être à leur hauteur et s’y trouver bien. L’ennui c’est que la France d’alors est sous l’Occupation et que les Schleus, Boches, Frisés, Fritz, Fridolins comme on disait à Pantruche ont tout en mains, si vous nous permettez l’expression. Qu’à cela ne tienne, Nini ‘fait avec’ jusqu’au jour où elle tombe raide-dingue d’un jeune officier nazi aussi élégant qu’attentionné. Elle fond et plonge. Finira-t-elle tondue comme ses consoeurs ? Sandra Gabriel joliment électrique joue, danse mais après avoir beaucoup racolé, raconte. Son metteur en scène ne lui a heureusement pas demandé de descendre dans la salle pour y chatouiller le menton d’un spectateur titillé par la vision de cette femme superbe en tenues à plumes pour cabaret ou alors robes sexy d’une élégance confondante. La dernière étant celle d’une femme devenue distinguée et qui s’adresse à nous tendrement. Entre-temps sur l’écran du fond régulièrement caché par de superbes dégoulineries de strass il y a eu des projections troublantes genre films d’époque re-fignolés où elle apparaît avec ce visage qui nous vrille. La comédienne à la gestuelle convaincante, ayant utilisé toutes sortes d’accessoires et occupé l’espace habilement et intensément, est chaudement applaudie par son public ravi. Le soir où nous en faisions partie, une dame souriante qui dans le hall d’entrée nous avait avoué être âgée de quatre-vingt-dix-ans s’est approchée de la scène, a serré la main de Sandra et lui a murmuré quelques mots qui l’ont fait presque rougir. Souvenirs souvenirs… Ce spectacle est à voir, même si le début est longuet, mais surtout emmenez-y ces gamins qui retournant demain à l’école n’auront plus besoin de cinéma ou de télévision pour comprendre et sentir ce que fut cette période trouble en France.
L’Archipel, 17 boulevard de Strasbourg, jeudi, vendredi, samedi à 20h30. Réservations : 01 48 00 04 05

Transparence ou Scotland Yard contre Roméro

Comédie onusienne écrite et mise en scène par Benoît Guibert d’après le roman « Onu soit qui mal y pense » de Robert Garcia Saez, avec Kader Bouklanef, Olivier Dote Doevi, Verena Gros, Julie Lavergne ou Mélissa Broutin, Jérôme Dupleix, Hugo Horin ou Bastian Verdian.
Transparence : donc vive ce qui est visible ou déchiffrable? Au centre de la scène un bar aussi haut que large deviendra une scène-bis, à la cour un piano est planqué derrière un énorme panneau de bois, et contre le comptoir il y a cet homme qui a visiblement beaucoup bu. Nous sommes à Bangkok, l’homme est Roméro chargé d’un projet plus que généreux de l’ONU concernant la mission de son organisme au Congo, mais où rien n’aura fonctionné comme il l’avait souhaité. Son épouse est Isabella, médecin humanitaire, et son cher ami d’enfance est Bonaventure, un Africain pur sang. Scotland Yard va être représenté par un officier de police britannique venu demander des comptes à Roméro. Pardon pour ce qui ne saurait être qu’un vague compte-rendu de la trame d’un spectacle musical polyvalent, enjôleur avec épisodes truculents, séquences aériennes ou rigolotes. Nos danseuses à claquettes rythment tout, parce qu’il le faut bien pour nous faire naviguer dans le rêve. La troupe chante plus que joliment, certains comédiens jouent de plusieurs instruments. Le pianiste est aussi un rigolo qui commente tout et donne la réplique à qui ne le lui demande surtout pas ; Roméro a des épisodes chantés où il imite les stars des années soixante-dix ; l’officier de police britannique est ce comédien qui fait des tabacs dans toutes les pièces qu’il joue et reste très « Diablogues » selon Dubillard, car il aime l’absurde. L’Africain a un regard, une présence et une empathie fascinantes ; quant à l’épouse de Roméro, elle a la fine pointe d’accent germanique à la Dietrich, sa consoeur émerge joliment de l’univers de Feydeau. Le public est sous le charme, mais à la toute fin quand Roméro est de nouveau au bar et qu’on sent qu’aucun de ses dilemmes et autres problèmes existentiels n’est résolu, on aimerait lui passer le bras autour du cou.
Vingtième Théâtre, jusqu’au 7 octobre, du mercredi au samedi à 21h30 et les dimanches à 17h30. Réservations : 01 48 65 97 90