28 octobre 2012

Yallah ! Sœur Emmanuelle

D’après « Confessions d’une religieuse » de Sœur Emmanuelle.
Adaptation et mise en scène de Michaël Lonsdale, avec Françoise Thuriès.
Celle qui choisira une fois devenue nonne de s’appeler Sœur Emmanuelle, est d’abord cette gamine témoin de la mort de son père qui, se noyant sous ses yeux, s’en est allé vers un au-delà qu’à l’époque elle ne soupçonnait pas. Scolarisée chez les sœurs de Notre-Dame de Sion - congrégation dont la mission est de réconcilier juifs et chrétiens - elle devient cette adolescente attendant d’être majeure et ruant dans les brancards en quête de vraie vocation avec feuille de route. A l’époque on aurait dit d’elle : « Cette fille est un vrai numéro ! » Françoise Thuriès fait effectivement un numéro déménageant et parfois quasi-clownesque : sa voix à multiples étages (mais avec de si jolis et terrifiants sous-sols) vous entourloupe. Et on comprend pourquoi Michaël Lonsdale, au parcours aussi étonnant et touchant que celui de cette dame belge, ait décidé que Françoise était sa sœur-à-lui.
Théâtre Michel à 19 heures, du mardi au samedi. Réservations : 01 42 65 35 02.

25 octobre 2012

Trouble dans la représentation

Conception et mise en scène Aline César, avec Catherine Rétoré et Malik Faraoun.
Titre plus qu’intriguant : vous avez l’impression que vos yeux et vos neurones vont partir en vrille. Et c’est bien ce qui risque de se passer avec cette succession de textes décapants qui décrivent les rapports homme-femme, dénonçant la façon dont on traite encore de nos jours ceux-ci face à celles-là. En scène Lui et Elle ; sur un écran gigantesque apparait une metteuse en scène, empoisonneuse, donneuse de leçons et redresseuse de torts. Elle empêche le peut-être-couple de s’adonner aux textes philosophiques ou poétiques, reconnus ou moins connus qu’ils ont choisi de nous proposer. Huit autres personnages interviennent à sa suite, et commentant également les textes à l’écran font part de leur expérience. Pour que le rythme soit hyper-syncopé des lumières étranges se mettent à clignoter. Heureusement les textes vous ayant remués, vous voilà blindés. Catherine Rétoré et Malik Faraoun sont les interprètes de ce spectacle dérangeant et leste.
Théâtre de Belleville, lundi et mardi à 21 heures. Réservations : 01 48 06 72 34.

24 octobre 2012

Voyage, Voyages… d’après le roman de Laurent Graff

Adaptation Fred Bianconi, mise en scène Penchika Velez (assistée de Julien Reynaert), avec Fred Bianconi.
Partir, donc quitter ses proches, ses amis et ses amies, les vrais, les faux, fuir les lieux où l’on croupit… (Patrick est croupier dans un casino près de Caen, cité qu’il juge sinistre et dont il n’est surtout pas originaire) mais partir pour aller où, trouver ou retrouver qui ? Serait-ce seulement se trouver soi-même ? Un décor fait de tentures peintes ; au centre une rutilante valise rouge de recruteur-démarcheur qui va tenter de vendre et de se vendre ailleurs. Patrick l’ouvre et la referme ; il en extrait les objets qui lui seront nécessaires pour ce périple si énigmatique. En célibataire pratique, il avait commencé par repasser sa veste, et son fer, étonnamment, s’était mis à ressembler à une arme à la fois offensive et défensive. Le décor est inventif ; derrière chaque élément se réfugient des accessoires pratiques et explicites dont Patrick s’empare les uns après les autres : un fauteuil mou devient canapé, tous se transformeraient, mais lui reste le même. Partira-partira pas ? Il continue de se raconter ; un camarade (avec un aksègne du midi… puteigne !) vient essayer de comprendre sa démarche et tente de l’emmener voir ailleurs. Bianconi est parfait quand il se dédouble pour devenir cet intrus-là. Son jeu est physique, il bouge mieux que bien et se donne à fond. Mais comment et où son personnage va-t-il atterrir et pourquoi ? A la toute fin les lumières sont devenues quasi-infernales et le personnage déchire les tentures du décor. Merci à lui d’avoir choisi et adapté ce roman dérangeant et de nous le proposer si généreusement.
La Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi et samedi à 21heures, Dimanche à 17 heures.
Réservations : 01 42 33 42 03

22 octobre 2012

Vis ma vie, d’Emmanuel Darley

Mise en scène Yves Chenevoy.
Avec Bruno Allain, Claudie Arif, Brice Beaugier, Malika Birouk,Yves Chenevoy.
Fable politique selon la Compagnie Chenevoy ; l’auteur lui a commandé cette pièce qui fait se côtoyer, voire cohabiter des lièvres et des tortues, alias zurbains et ruraux. Qu’ont-ils en commun, à se dire, à s’apprendre et comment sauront-ils s’apprécier ou s’aimer ?
Vaste sujet. Le décor est impressionnant, astucieux, mais d’abord superbe. Il nous met au vert grâce à des panneaux en tissus où des milliers de hautes herbes nous oxygènent l’âme et le cœur et nous font décoller. Très vite les comédiens se mettent à déménager des cubes en bois qui ressemblent à d’énormes dés, (mais « Dieu ne joue pas aux dés » comme nous ne le savons que trop), ils passent à travers les panneaux qu’ils manipulent et triturent avec de plus en plus de célérité.  Comme pour nous mettre en danger, tout en nous rappelant qu’il faut raison garder. Tout s’emballe et ça ‘déménage’ au propre comme au figuré. Mais les comédiens ont l’air de s’amuser comme des petits fous, ils aiment leurs partitions qu’ils nous dédient en quatrième vitesse ; les costumes sont délirants et les lumières superbes. On en sort estourbi. Un message à coloration métaphysique est-il passé ? Sans doute mais lequel… à vous de le dire.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 19 heures, dimanche à 15 heures, jusqu’au 25 novembre. Réservations : 01 48 65 97 90.

18 octobre 2012

Cher menteur, d’après la correspondance de Béatrice Campbell avec Bernard Shaw.

Adaptation de Jérome Kilty, texte français de Jean Cocteau, mise en scène de Régis Santon avec Francine Bergé et Marcel Maréchal.
Deux grands fauteuils sommaires au centre du plateau. A jardin l’univers de Béatrice Stella, sorte de loge où elle range les costumes tous plus gracieux les uns que les autres et qu’elle revêtira successivement. A cour le monde de Bernard Shaw soit une vaste table d’écrivain. Tout peut commencer. Tout ? En fait rien puis qu’il ne s’agira ici que d’une correspondance drôle ou moins drôle entre deux « monstres sacrés » qui se sont aimés pendant la quarantaine d’années où le monde a basculé plusieurs fois. Leurs relations jamais tièdes sont plutôt salées-sucrées, vengeresses mais tellement tendres. Et d’abord qui ment vraiment, et à qui, et puis qu’est-ce donc que mentir ?
Mise en scène minimaliste, déplacements convenus voire convenables parfois, mais les interprètes jouent en majeur. Marcel Maréchal est au combientième degré ? Nous touchant infiniment il convoque et ressuscite ses prédécesseurs… un certain Pierre Brasseur est en coulisses. Francine Bergé est l’héritière fascinante de Maria Casarès. Aux saluts elle ôte sa perruque frisottée pour redevenir cette blonde lisse que nous aimons.
Théâtre La Bruyère, du mardi au samedi à 19 heures. Location: 01 48 74 76 99.

17 octobre 2012

Nuit Blanche chez Francis

Spectacle conçu, réalisé et présenté par Jean-Baptiste Artigas, Guillaume Destrem, Alain Dumas, Didier Le Gouic.
Francis Blanche a été bachelier à quatorze ans, d’accord ! Regardez vos pieds et puis sautez depuis des sommets hors du temps, n’imitant surtout pas cet autrichien aux trente-neuf kilomètres (39 marches?) intemporels qui sera vite anecdotique, ce que Francis ne pourra jamais être. Un quatuor solide, alias La Belle Equipe a investi ses calembours, ses textes, ses chansons, ses vérités profondes et autres plaisanteries aussi aimables que féroces et subtiles. Il nous les repropose et les retours sont ceux de gens emballés comme nous l’avons été, mais d’abord reconnaissants. Face public cinq mini-chaises pour petits lapins à la maternelle ; quatre comédiens encravatés en pantalons clairs, vestes sombres et distinguées y sont assis, mais à qui la cinquième est-elle destinée ? Au « p’tit gros » lunetteux et moustachu dont nous entendrons la voix grâce à des enregistrements mythiques. Eux, changeant systématiquement de tenues, se déchaînent, chantent étonnamment bien, s’installant l’un après l’autre au piano et nous offrant des séquences et des sketches hallucinants de fantaisie, parfois moliéresques. Un seul est au bord de la mélancolie, mais le fils de Francis dit que son père « se cachait derrière son rôle d’amuseur public ». On décolle, on carambole, et puis on se dit que demain on reviendrait bien aimer ce que les malins directeurs du Théâtre des Béliers Parisiens, programment à Montmartre le dimanche à 18 heures. A la toute fin, les comédiens se sont sagement (?) réinstallés sur leurs petites chaises. Emmenez-donc vos lapins de la maternelle voir cette chose jubilatoire. Croyez-nous si vous le voulez : ça leur sera plus utile que ce cours de français qu’ils endureront pour la première fois à l’ombre de Monsieur le Ministre !
Théâtre des Béliers Parisiens, 14 bis rue Sainte Isaure, Paris 18ème, le dimanche à 18 heures.
P.S. Permettez-nous aussi de vous signaler la sortie récente de Francis Blanche, mon père ouvrage édité par Plon et dû à Jean-Marie Blanche son fils : il est aussi touchant que troublant.

14 octobre 2012

Regardez mais ne touchez pas ! de Théophile Gautier et Bernard Lopez

Mise en scène Jean-Claude Penchenat, assisté de Maria Antonia Pingitore
Le cheval de la Reine d’Espagne s’est emballé: il faut donc courir au secours d’Elisabeth Farnèse, femme sacrée puisque reine que nul n’a le droit d’effleurer. La jeune Dona Beatrix d’Astorga qui est de sa famille a promis sa main à l’éventuel et imminent sauveteur de la souveraine. La gracieuse Griselda, confidente des deux dames et jouant les intermédiaires, permet des rencontres nocturnes chez elle avec des séducteurs patentés. Pensez-vous vaudeville ? Erreur : c’est du genre « cape et d’épée » avec vraies capes, mini-masques, vastes chapeaux, légères barbes pour ces seigneurs et hidalgos fascinés par le pouvoir mais qu’un désir sensuel taraude. Leurs épées sont en pointillé car le régisseur, à sa table de travail, préfère évoquer le bruit d’un combat à l’aide d’objets de cuisine : ces vraies louches qu’il agite et cogne, et autres accessoires rigolos. Mais il peut aussi se chapeauter comme les camarades et vous la jouer souverainement sans ses lunettes de pseudo-myope. Ça déménage à nouveau. Les jeunes comédiens, parfaits danseurs, bondissent sur une scène où ils s’enjambent, s’effondrent mais dont ils se relèvent vite. Cependant que les jeunes dames plus que ravissantes continuent d’évoluer et de parcourir le plateau très gracieusement. Quel message? Une fin avec moralité serait- elle nécessaire ? Surtout non. Mais merci Monsieur Penchenat pour cette soirée hallucinante de vraie drôlerie.
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 21h 30, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 45 44 55 34.

12 octobre 2012

La dernière bande, de Samuel Beckett

Mise en scène d’Alain Françon, avec Serge Merlin.
Dans une pénombre résolument métaphysique le comédien rageur et râleur à la voix plus que rauque jette systématiquement à terre tout ce qui encombre sa table de travail, soit les anciennes bandes de son compagnon : un vieux magnétophone. Titubant, il se dirige vers une mini-coulisse lumineuse où il aurait pu faire une vraie pause, se rassurer et nous avec. C’est plutôt raté. Mais le numéro d’acteur de l’époustouflant Serge Merlin ne l’est pourtant pas.
Théâtre de l’Œuvre, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : 01 44 53 88 88

09 octobre 2012

Italienne scène, de Jean-François Sivadier

Mise en scène de Victorien Robert
avec Matthieu Alexandre, Benjamin Brenière, Katia Ghanty, Elise Noiraud, Thomas Nucci, Maud Ribleur.
On sait qu’une ‘italienne’ est une pseudo-répétition où les comédiens ne font que débiter le texte de leur pièce sans rien jouer.
Ici cinq d’entre eux ont accepté d’interpréter une version de la Traviata, (ex ou alias Dame aux camélias ?) dont on se souvient que la création au théâtre dans les années 1850 fut un ‘bide’. Leur metteur en scène est un jeune homme charmeur qui imposerait volontiers à son équipe sa vision des choses mais qui, n’en ayant pas vraiment, les laisse improviser. Ils lui proposent des démarches aussi cocasses que grotesques, avouons : calamiteuses. Une comédienne le prenant pour un gourou lui fait des confidences tristounettes, cependant que la pianiste joue archi-classique puisqu’elle est née Outre-Rhin. Notez que le comédien principal en chemise et pantalon blancs est un homme aussi séduisant que son metteur. Projos bleus ou rouges, on enchaîne puisqu’on sait que de toute façon sauf miracle, on ne pourra pas être remarquable à la première. Sautons des séquences… le canapé recouvert d’un tissu rougeâtre du genre récupération poubelle bascule en arrière quand l’équipe s’y installe dos au public, parce que le quatrième mur est en fait face à eux et que de toutes façons ils ne sauront jamais où ils sont, voire même où ils en sont, même si, montés sur des chaises, certains en solo nous dédient des monologues existentiels. C’est à se rouler par terre, mais d’ailleurs la comédienne qui joue l’assistante du ‘metteur’ se jette sur le plateau très régulièrement et plus ou moins gracieusement selon ses indications. Mais vers la fin elle y dépose des dizaines de faux camélias. Suggéreriez-vous post-surréaliste ? Bravo ! Vous n’êtes pas loin. Comment raconter ce spectacle à ceux que vous aimez ? Dites-leur seulement que vous l’avez adoré.
Ciné 13 Théâtre, jusqu’au 3 novembre, du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 17h30. Réservations : 01 42 54 15 12

06 octobre 2012

La conversation, de Jean d’Ormesson

Mise en scène Jean Laurent Silvi, avec Maxime d’Aboville et Alain Pochet.
« L’instant où Bonaparte adulé par les Français décide de devenir empereur » : un résumé accrocheur. Le fringant jeune Corse est face à ce Cambacérés qui va sur ses cinquante ans et dont on se souvient qu’il était plus fasciné par les messieurs que par les dames. Le décor et la mise en scène sont sommaires : le futur Napoléon Premier se lève et va s’asseoir devant une table du genre bureau ; son partenaire en fait autant à son tour, et puis c’est l’inverse, et l’inverse de l’inverse dans un décor minimaliste. Leurs échanges sont très touchants, même si parfois l’auteur nous ressort des citations aimées mais archi-connues et des bons mots qui ont fait mouche il y a un temps. Maxime d’Aboville, jeune comédien rare mais confirmé à la voix et la présence ensorceleuses, fascine tant il décrypte l’ambition d’un personnage qui se croit investi d’une mission quasiment sacrée. Son partenaire en adoration devant ce précoce donneur de leçons, n’en peut plus. Musique, noir et fin. Allez découvrir cet amusement au Théâtre Hébertot du mardi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 43 87 23 23.

05 octobre 2012

Müller Machines

Textes de Heiner Müller, traductions de Jean Jourdheuil, Jean-Pierre Morel, Jean-François Peyret et Heinz Schwarzinger
Mise en scène, musique et vidéo Wilfried Wendling, création lumières Annie Leuridan,
Avec Denis Lavant, Cécile Mont-Reynaud et Kasper T.Toeplitz
Soit une vraie meute de traducteurs pour Herr Müller. Chez nous Müller est un meunier et cela donne : « Meunier tu dors, ton moulin… ton moulin va trop vite… ». Ici tout va trop fort et fonce dans le mur. Bruits résolument atroces, lumières à vous dézinguer, voire vous amener à sortir à tâtons avant la fin. Autre fausse mi-temps: dans l’obscurité on n’entend que la voix du seul-en-scène à venir, sur fond des raclements de gorge et toussotements d’un public qui ne comprendra que très ou trop tard qu’il n’y a rien à comprendre et qui va subir ce texte qui ne comporte que des faux-aphorismes consternant de banalités. L’équipe est déménageante : une charmante danseuse aérienne a grimpé et regrimpera pour de vrai à d’effarants rideaux. Bref… Cher Denis Lavant nous vous guettons espérant que vous allez vite devenir un Denis Laprès… soit après ce que ne pourrions que qualifier de bidouillage.
Maison de la Poésie, jusqu’au 28 octobre, du mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h.