29 novembre 2012

Sans Témoin, inspiré de la pièce de S. Prokofieva

Mise en scène d’Habib Nagmouchin, assistant Emile Pinédo, avec Cécile Lehn et Rodolphe Poulain
La Boutonnière ne s’évoque pas sans un sourire aux lèvres et peut-être même un verre à la main. Paris-Rive Droite, dans un quartier où officient les meilleurs artisans de la capitale, ceux qui ne « friment » pas et ne font aucun étalage de leurs talents. Elle est à découvrir au fond d’une impasse loin des klaxons. Reçus chaleureusement par son équipe sous un parasol, au pied de l’escalier extérieur, style de service, qui donne accès à une salle courte mais large, vous y serez de plain-pied avec les comédiens. Ils sont deux qui « défendent » cette pièce virulente, pour ne pas dire plus, scène d’un ex-ménage qui n’a pas fini de régler des comptes inréglables. Ils déménagent les spectateurs au point que certains sont pris de crises de rire et d’autres de quasi- tremblements difficiles à identifier. Car violence physique il y a forcément. Mais aussi parce que la mise en scène et en espace est judicieuse, riche avec des lumières étudiées et des projections de portions de films qui font décoller et rêver à ce qui aurait pu être, si… Retour à la case départ : soit une fois encore Il et Elle, leurs vrais ou faux enfants et la clique, c’est un «no-go» dont vous ressortez K.0. Pardon pour ces anglicismes, mais ici nous sommes dans un univers de cinéma plus qu’ailleurs, même si Nagmouchin patron et gérant de cette apocalypse récurrente dont on admire le curriculum mais surtout la générosité, qualifie sa partition de ‘récit didactique’. Bon ! Mais bien à vous ! Qui savez qu’après le spectacle vous êtes invités à prolonger votre plaisir au bar-comptoir avec « de petits plats amoureusement préparés » et à y rencontrerez Habib, Cécile et Rodolphe.
Théâtre de la Boutonnière, du mardi au samedi à 20 heures, jusqu’au 19 décembre. Réservations : 01 43 55 06 32

25 novembre 2012

Marsiho, d’André Suarès avec Philippe Caubère

Adaptation, mise en scène et jeu : Philippe Caubère
Après l’Urgent Crier ! d’André Benedetto donné en 2011 à cette même Maison de la Poésie, Caubère y fait à nouveau escale. Il y est plus pharamineux encore car il clame son amour pour Marseille que les Anglo-Saxons nomment Marseilles tant la cité est multiple. Sur le plateau nu qu’il va arpenter habilement et sans jamais venir racoler le public à l’avant-scène, avec pour seul décor le mur du fond et sa vieille porte donnant sur la rue arrière occultée par des pierres. Le comédien en costume blanc et chemise de toile blanche n’a pour partenaire qu’un fauteuil en bois blanc, puis une petite chaise couleur bois qu’il déplace tout aussi sommairement. On peut appareiller, soit départ : « L’un des plus beaux mots qui soient » confie Suarés. Le navire gagne le large d’où il pourra aimer plus sensuellement encore l’antique et toujours jeune Marseille,  où « nul peuple ne croit plus fortement à la vie ». Même si (bonne mère !) rien n’y est franc non plus que simplement simple : oui mais si tel était le cas quel gâchis ce serait ! Une fois encore Caubère nous sidère quand il vacille tel le mistral qui remet en question, décape et reformate tout. Les lumières, les sons et les musiques, (Debussy, Wagner, Schubert et Kausi Kahnra, Indien transcendantal) sont ses alliés. Et le temps n’a vraiment plus de contenu. Ce soir-là, à l’ex-Théâtre Molière bourré à refus, le public se tombait dans les bras aux saluts parce que Caubère est un homme généreux et pléthorique, sans mauvais tours dans son sac non plus que fadaises et vrais-faux tics. Allez vite aimer Marsilho.
Maison de la Poésie, jusqu’au 13 janvier, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures.
Réservations : 01 44 54 53 00 et maisondelapoesieparis.com

Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux

Mise en scène de Vincent Gauthier, avec Muriel Adam, Florence Enjalbert, Ludovic Coquin, Charlotte Hirsch, Frédéric Morel, Stéphanie Truong.
Deux jeunes et beaux couples, soit Lia et Jean, Ruth et Jacques, plus un ange, un archange et un jeune jardinier attendrissant parce que naïf peut-être, et sa vraie rose très rouge. En encore Samson et sa Dalila et des jeunes femmes du style confidentes - commentatrices. Sur la scène ils sont une grande douzaine. Et ça galope, on se jette dans les bras les uns des unes et les unes des uns, on s’étreint voluptueusement mais élégamment. Un grand ange suave vient débiter son discours moralisateur et vaguement fait pour (psych)analyser les comportements des jeunes gens plus ou moins révoltés , mais contre qui et contre quoi ? Vincent Gauthier a voulu un décor halluciné donc hallucinant et recyclable en permanence. Sur des tables (simples planches posées rapidement sur des tréteaux) on hache du persil et on épluche de vrais légumes destinés à une dernière soupe. Des tissus grisâtres deviennent des pseudo-tapis sur lesquels des petits « minets » en tuniques courtes se mettent à faire des cabrioles pour re-basculer vers les coulisses. Des étoffes qui masquaient des panneaux inquiétants atterrissent sur le plateau ; elles sont devenues des chiffons minables… bien sûr puisque c’est la fin du monde ou d’un seul monde. Des bruits assourdissants, et des réflexions perturbantes : « Haïr après avoir trop aimé » ou « Nous mourons de ciel bleu » et « O quelles ténèbres ! », « Quel soleil ! » Bang ! C’est le chaos, donc tous seront foudroyés. Mais l’ange conclût: « La mort n’a pas suffi. La scène continue ». Ce Giraudoux vous réconciliera avec tous les autres, car s’il en est peut-être la somme totale, l’équipe qui le sert est d’une cohésion, d’une générosité et d’une énergie rares. Merci Théâtre du Nord-Ouest de nous l’offrir en ces débuts d’hiver, période frileuse certes, mais bénie pour nos soirées (attention : 400 spectacles dans la capitale et autour). Donc choisissez celui-ci d’abord et parlez-nous en.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre, dans le cadre de l’intégrale Giraudoux. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.

21 novembre 2012

Renayates avec Houria Aïchi



Renayates avec Houria Aïchi: chant; Mohammed Abdennour : mandole et guitare; Smaïn Benhouhou : piano; Ali Bensadoun : flûte et Amar Chaoui : percussions.

Berbère chaouie, Houria s’est donné pour mission de rendre hommage aux femmes d’Algérie, ses ancêtres, dont les voix ont bercé son enfance et fait d’elle une passeuse et aussi une passerelle intemporelle, de celles dont les enfants encore dans le ventre de leur mère ont besoin pour commencer à aimer le monde. Même si cela n’a pas toujours été facile pour les femmes dans ce Maghreb si exigeant. Au centre du plateau, dans une légère robe blanche à volants, derrière son micro à grande hampe, elle est entourée par ses partenaires-musiciens, ses complices, ses frères et ces forcément amoureux d’une dame à l’énergie contagieuse. La salle vibre et applaudit chaque morceau. Ce peut être un rare solo de la chanteuse, ou une prestation mettant en valeur l’un ou l’autre des musiciens ou plusieurs d’entre eux à la fois. Les « you-you » fusent, et la salle s’est embrasée. Les lumières simples et les couleurs primaires qui s’impriment sur le rideau de fond sont devenues des écrins. Et Houria-la diva, de drôle devient émouvante quand elle se retransforme en une petite fille aux gestes courts, aussi instinctifs que gracieux. Les « you-you » sont suivis ou escortés de tonnerres d’applaudissements. Nous sortons en titubant de joie de cette salle mythique de l’Institut du Monde Arabe.  A vous de guetter la prochaine apparition sur scène de cette fascinante Houria Aïchi.

11 novembre 2012

Une laborieuse entreprise de Hanok Levin

Traduction Laurence Sendrowicz
Mise en scène Serge Lipszyc
Avec Marie Murcia, Nathanaël Maïni, Cerge Lipszyc et Jeremy Lohier à l’accordéon. Musique Jérémy Lohier
Au centre deux fauteuils côte à côte constituent un canapé sommaire, à jardin un fauteuil épais recouvert de tissu à rayures, à cour son double, et de part et d’autre des lampes ressemblant à des micros perchés sur leur pied. Une valise est là qu’on n’ouvrira surtout pas mais qui évoque un voyage imminent. Un homme assis dans un pseudo-lit a sur ses jambes un immense drap blanc et la femme qui dort à son côté ronfle. Le musicien à l’accordéon est relégué contre la coulisse de droite. Et l’homme (Yona Popock) parle ; il dit son exaspération et ses ras-le bol. Marié depuis vingt ans à Léviva avec laquelle il a eu des enfants, mais qui ne représente plus pour lui que la partie de ce corps qu’il convoque quand il en a besoin, il veut prendre la tangente. Elle se réveille : tout peut alors commencer. Ce tout sera une confrontation jouissive d’un réalisme renversant et quant à la mise en scène très physique, elle fait se renverser les partenaires, et les envoyer au tapis. Elle les fait danser, chanter, et convoque soudain un voisin (Nathanaël Maïni alias Gounkel) qui dégringole du fond de la salle et qui, en pyjama, est un voyeur frétillant prêt à tout pour déchiffrer les relations d’un couple et peut-être pour en apprendre plus sur lui-même. Ça se remet à tournoyer, ça chante, et on se renvoie au tapis, on s’adresse au public ou au musicien éthéré et qui fait mine de n’être pas forcément partie prenante. Mais jamais ça ne devient grossier non plus que vulgaire. Et comme nous le dit le metteur en scène, tous jouent « au plus près du public » pour notre jubilation. La fin ? Il n’y en a pas, bien sûr ! Elle et Lui envisageront-ils une existence ensemble ? Parce que la tendresse… Lui s’est déshabillé, rhabillé, re-déshabillé et ré-rhabillé. Elle est restée en combinaison légère, sexy et pantalon de même jusqu’à ce qu’elle devienne royale dans une robe longue, blanche et soyeuse. Aux saluts nous leur tomberions bien dans les bras. Dans le hall de ce théâtre où on est chaleureusement reçu par toute l’équipe, il y a des ‘livres d’or’ pour que vous y écriviez un mot : n’y manquez pas ! Et le bouche-à-oreille se mettra en route.
Théâtre de l’Etoile du Nord, jusqu’au 1er décembre, du mardi au vendredi à 19h30, samedi à 17 heures et 19h30. Réservations : 01 42 26 47 47.

08 novembre 2012

Médée, de Jean-Luc Mingot d’après Euripide

Mise en scène Jean-Luc Mingot et Aïcha Finance.
Avec Aïcha Finance, Jean-Luc Mingot, Lisbeth Wagner.
Pièce touchante, condensé de l’histoire d’une femme qui fut à la fois une magicienne et la générosité même puis devint ce monstre décidant d’exterminer ses propres enfants quand leur père en vint à décider de la quitter. La reniant puisqu’elle n’est pas originaire du même pays que lui, n’appartient pas au même clan, n’admet pas les mêmes dogmes, n’a pas les mêmes croyances, il va épouser une ‘vraie’ princesse et passer - pardonnez l’expression - au chapitre suivant. La grande salle Laborey du Théâtre du Nord-Ouest héberge un Jason (Jean-Luc Mingot) hiératique et figé, en costume neutre, et deux comédiennes : Lisbeth Wagner, mère de rechange, est attendrissante ; elle étreint Aïcha Finance vraie «bête de scène». Sexy, érotique et exotique, Aïcha dans sa superbe robe rouge a des yeux dévorants mais donne parfois l’impression que dans cette tragédie qui comporte quelques jolies naïvetés, elle est peut-être dépassée par les évènements.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre, dates et réservations : 01 47 70 32 75.

03 novembre 2012

La machine à explorer le temps, de Herbert George Wells

Avec Sydney Bernard et Thierry Le Gad, musiques originales de Chapelier Fou
Dommage que l’Alhambra, salle sans cintres, n’ait donc rien à voir avec un théâtre et que dans ce cabaret tout ne puisse se passer qu’au ras du sol. Dommage encore que Sidney Bernard, dont on connaît les talents et le parcours plutôt pharamineux (et qui est également le traducteur de Wells) ait dû se « sonoriser » parce que le bruit des effets spéciaux et autres souffleries intenses - qui vous sidèreront - auraient probablement nui à la perception du texte. Sa voix piétine et écrase sa partition au risque de nous en faire décrocher, mais ce qui se  passe sur scène est démesuré, dévastateur, filmographique au premier degré et inracontable. Les lumières exploratoires, ravageuses, transforment tout sur-réalistement. Sydney et son délicieux jeune partenaire Thierry Le Gad se voient obligés d’escalader des pseudo-collines qui surgonflées (effets plus que spéciaux) deviennent un quasi Everest, dont ils dégringolent et redégringolent. Et cet H.G.W. est un sempiternel maître d’école. Nous autres qui ne rions pas forcément, sommes pourtant fascinés par ce travail exemplaire. Tout cela, direz-vous, est contradictoire ? Moralité exploratrice : vive les vacances ! Et voilà une lourde machine colossale, infernale, monstresse qui ne débarque sur scène qu’à la toute fin…
Les enfants dans la salle ce soir-là étaient bouche plus que bée. Moralité : enfournez vos gamins à l’Alhambra et puis guettez ce qu’ils vous diront dans la rue et dans le métro au retour… et dites-nous tout.
Théâtre de l’Alhambra, à 19 heures jusqu’au 11 novembre ; téléphone : 01 40 20 40 25.
Le spectacle se donnera à Avignon-off au Théâtre du Chien qui Fume cet été et sera en tournée à partir de janvier 2014.