29 décembre 2012

Le Mariage de Figaro, de Beaumarchais

Décor et costumes de Pierre Gilles, lumières de Xavier Lazarini. Adaptation et mise en scène de Henri Lazarini servi par une équipe d’une douzaine de comédiens.
Suzanne et Figaro sont des jeunes domestiques plus qu’épris l’un de l’autre et à la veille d’être mariés. Leur maître, noble Monsieur qui a pour épouse une dame de bon lignage frétille autant qu’eux : voilà une plus que jolie petite personne intégrée-coincée dans son univers à lui. Vous pensez : «droit de cuissage» ou encore scénario incestueux voire même œdipien. Mais chez Beaumarchais qui est vraiment qui ? Et aussi qui veut ou peut désirer quoi, et pour combien de temps ? Sur la scène des éléments de décors colorés, drôlets et manipulables sont plus que systématiquement manipulés. Les comédiens jeunes, beaux et plus que décontractés vous la jouent du genre ‘intervenants’ pour feuilleton-télé, à la diction au phrasé minimaliste. Comprenez que c’est un choix. Ils ne semblent surtout pas désireux de remettre quoi que ce soit en question, n’étant ni acerbes ni cyniques, non plus que…  Le metteur en scène dit vouloir que les femmes « sortent victorieuses de cette ‘folle journée’ ». Nous vous avouerons en être sortie peu convaincue .
Vingtième Théâtre, jusqu’au 13 janvier, du mercredi au samedi à 19h30, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 48 85 97 90

22 décembre 2012

La Petite aux tournesols, de Noëlle Chatelet


Il y a eu La Femme coquelicot, donnée à Paris en janvier 2007; Noëlle Châtelet nous y dédiait sa mère, âgée de soixante-dix ans, de plus en plus courageuse, tonique et remarquable à mesure qu’elle s’approchait de la sortie d’une vie qu’elle avait si joliment apprivoisée. Aujourd’hui Noëlle, elle-même septuagénaire, a confié à une équipe étonnante l’adaptation de cet autre roman écrit dans la foulée. Sa petite à elle est effectivement une gamine, n’a-t-elle que six ans, mais quel est son âge métaphysique? Rassurez-vous, elle a un gentil petit camarade-confident : ça aide. Avec lui elle partage doutes et émotions, et très vite le temps des parents n’a pas ou n’a plus de contenu ni de limites voire même d’importance. La petite scène de l’Essaïon est archi-encombrée, on aurait presque envie de demander au metteur en scène : « Vous n’auriez pas pu conseiller à la petite fille de ranger tous ses jouets dans un coffre? » Car la gamine ira jusqu’à confectionner une vraie tente avec deux tréteaux et un grand drap au centre du plateau pour se glisser dessous. Message reçu ? Et ça repart pour re-déménager, la comédienne manipulant et déplaçant à nouveau ses autres accessoires, chaises, etc. Mais pourquoi donc tout ça cher Mr John Mc Lean qui la mettez en scène ? Elle est si touchante, seulement habitée par son texte et son personnage. Merci pour les musiques de Jérôme Klur et les lumières de Claude Marchand. Bravo Françoise Lhopiteau gracieuse acrobate qui tenez tout à bout de bras. 
Théâtre Essaïon, jusqu’au 16 février, le jeudi, vendredi et samedi à 21h30. Réservations : 01 42 78 46 42

21 décembre 2012

Brigitte directeur d’agence

Ecrit et mis en scène par Virginie Lemoine (assistée de Marie Chevalot) avec Darius Kehtari, Serge Noël, Marie Chevalot, Michel Tavernier
Retour de presse ? « Remarquable ! » Mais dans ce théâtre qui a si souvent proposé des spectacles auxquels vous auriez attribué un quasi vingt sur vingt, cette fois cela rassemble plutôt à un… couac. Même si quatre excellents comédiens se donnent plus qu’à fond, si le décor soigné est parlant, si le rythme est meilleur que très bon et encore si l’intrigue se veut touchante puisqu’il s’agit - dixit l’auteur- d’une « comédie douce-amère sur la différence » avec au départ et à la fin un inspecteur des impôts systématiquement empêcheur de vivre en rond. La vraie Brigitte là-dedans ? On ne le saura pas vraiment et Mademoiselle Lemoine, cette vibrionne, nous faisant un joli pied de nez, nous nargue tout en nous larguant un tantinet. A votre tour d’aller à l’agence…
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 19 h30, dimanche à 15 heures. Location : 01 48 65 97 90 ; www.vingtiemetheatre.com

17 décembre 2012

En v’la une drôle d’affaire (deuxième épisode)

Nathalie Joly chante Yvette Guilbert au Théâtre de La Vieille Grille.
La si jolie Nathalie, mise en scène par Jacques Verzier est escortée au piano par Jean Pierre Gesbert, autre bête de scène authentique et rare. Chantant en duo avec elle, il fait mine d’être son faire-valoir ou même un vrai-faux contradicteur, un pseudo-papa-prof et quoi d’autre encore ? D’abord apparue dans une somptueuse robe rouge de diva, puis ayant fait mine de se cacher derrière un mini paravent rigolo, elle en ressort geisha avec éventail genre trique : gare à vos doigts, messieurs ! On la retrouve en dame élégante : robe noire, courte et sobre. Entre temps elle nous a confié son Yvette, femme sans la gouaille que des enregistrements braillards de l’époque nous avaient répercutées. Voyez un parcours édifiant : une fois sortie de cette geôle (temporaire) qu’est la maladie, Yvette décide de mieux aimer l’existence et les humains, et de le leur dire en chantant en Europe et autres continents. Pour nous ce sera ici que vous adorerez cette 'affaire-là'.
Théâtre de la Vieille Grille, jusqu’au 31 décembre, du mercredi au samedi à 21 heures. Réservations : 01 47 07 22 11 et vieillegrille@gmail.com.

16 décembre 2012

Un square à six heures du soir, de Claude Broussouloux

Mise en scène de Margaret Clarac, avec Margaret Clarac et Emanuelle Bardin
Nous avons connu les fameux cinq à sept olé-olé et grivois c’était… mais voilà ce six heures où deux femmes vont finir par s’asseoir côte à côte sur un banc après s’être raconté leur existence, ce qui a provoqué leur rencontre et ce qu’elles ont en commun. Si l’on vous souffle qu’il s’agit d’un homme serez-vous surpris ? Sur la scène vide un mini-banc ; y est assise une dame aux grands cheveux blonds archi-raides avec frange, moulée dans une robe grise sexy aux manches longues. La rejoint une mince dame brune aux cheveux démesurément longs et à la robe noire courte et sans manches. Ce qu’elles vont se dire ? Peu importe, car elles déclament et ne cesseront de le faire (du genre tragiques grecs) un texte ambitieux. Serait-ce une parodie d’analyse pour un quelconque psy-quelque chose ? Notez que l’auteur et la comédienne principale, également metteur en scène, sont tous deux médecins. Donc ça clame beaucoup et « si vous me laissez revenir chaque soir… » « alors à demain à six heures précises !…» Et puis cela devient « Cet homme… » « pour lui une seconde mort »… La dame brune sort et re-paraît. Elle ne se posera sur le mini-banc qu’à la toute fin quand la blonde aura accepté de lui faire une petite place. L’auteur aime dire que ses romans policiers et ses sketches traitent « sur le mode ironique, de problèmes de société ». Le problème de ce spectacle qui se veut dérangeant c’est qu’il est très peu touchant. Or si nous allons au théâtre c’est pour y être émus, et non pas « diagnostiqués » avec ordonnance et feuille de soins à la sortie… « Voyez mon assistante ». C’est dommage car ce Guichet-Montparnasse est un petit théâtre plus qu’aimable dont la jeune équipe qui prend des risques question programmation, vous reçoit de manière charmante.
Théâtre Guichet Montparnasse, jusqu’au 5 janvier, du mercredi au samedi à 20h30. Réservations : 01 43 27 88 61.

13 décembre 2012

Poil de carotte, de Jules Renard

Mise en scène Michel Pilorgé et Jean-Philippe Ancelle
Avec Morgane Walther, Michel Pilorgé, Anne Morange ou Brigitte Aubry, Alexis Papineschi
Le décor est étonnant avec au centre de la scène une sorte de cabine de bain améliorée en haut d’un escalier d’où descendront des personnages féminins redoutables et redoutés par le très jeune homme, ce François Lepic qui nous prend à témoins. Son enfance a été loupée, car il est né ni blond, ni brun mais avec des taches de rousseur et des cheveux oranges, imaginez presque un Africain albinos… malchance ? Malédiction ? Et surtout aucun humour et aucune compassion de la part de ses parents dont cet 'hors norme' a compliqué une vie plon-plon. Annette, nouvelle servante, vient d’être engagée. Elle est jeune, et c’est elle la vie d’aujourd’hui et de demain, donc celle du jeune homme, blessé quasi-métaphysiquement. Les quatre comédiens tous plus que justes sont fascinants, leurs déplacements et la mise en scène le sont tout autant. Michel Pilorgé, chef d’équipe, se découvrant vrai père est plus qu’étonnant.
Théâtre du Lucernaire à 18h30, du mardi au samedi, jusqu’au 2 février. Réservations : 01 45 44 57 34.

08 décembre 2012

La ballade de Mrs Blondie et de son chien Billy dans New-York la nuit

D’après William Shakespeare, John Dos Passos, Richard Wright et quelques autres.
Texte et mise en scène d’Agathe Alexis, avec Jaime Azulay, Emmanuelle Brunschwig, Hanno Burger.
Dans la petite salle si chaleureuse une légère fumée vous accueille, elle rend tout flou à part le torse nu de l’homme immobile prodigieusement musclé qui vous tourne le dos. Sur le plateau à jardin une chaise et un fauteuil à cour, et c’est tout. Après que leur camarade équilibriste nous ait coupé le souffle et envoyés au tapis grâce à son numéro défiant l’espace, le temps, l’imagination, débarquent deux comédiens. Blondie est une jolie jeune femme avec de vrais-faux airs de Zizi Jeanmaire, des cheveux très courts, une robe rouge collante fort décolletée ; son chien Billy est un long gaillard mince dont on comprend vite que c’est un danseur. La Ballade de Mrs B. et de son chien-chien peut commencer. Ils vont se tomber dans les bras, danser ensemble, se faire des vraies-fausses confidences et des scènes de gamins genre à la récré et dire des bribes de textes d’auteurs fameux, de philosophes incontournables, dont des anglophones avec en poupe un certain William Sh. Cela ne vous surprendra qu’à moitié puisque vous avez compris qu’à l’origine de ce spectacle il y a des séances de « cours de théâtre » avec travaux pratiques alias improvisations et passages sur scène, minutés. Agathe Alexis vous le concède. Succession de sketches, mais re-débarque le magicien acrobate devenu un monsieur « black » à l’adresse toujours aussi effarante. On re-jubile. Comment tout cela pourrait-il se terminer ? Par la suppression, donc la mort d’un des protagonistes. Bien vu, bien joué ! Nous ne vous avions pas dit que le thème proposé aux comédiens pour les impros  à la base de ce collage était le racisme, pardonnez-nous !
Théâtre de l’Atalante, lundi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi, samedi à 19h, dimanche à 17 h. Réservations : 01 46 06 11 90

06 décembre 2012

Une semaine… pas plus !

De Clément Michel, mise en scène Arthur Jugnot et David Roussel, avec Arthur Jugnot, Maud Le Guénédal, Stéphan Guérin-Tillé
Deux hommes et une femme plus que séduisante, mais pas dans le coup puisqu’elle n’a pas compris qu’elle n’est plus qu’un prétexte, malgré ses jolis cheveux, jambes, robes etc. Et pour cause : son Paul de mari a décidé d’héberger chez eux un très cher ami, ce Martin officiellement 'veuf' de sa mère-à-lui et donc dévasté par la douleur. Or c’est en vérité pour quitter sa SÔphie (puisque c’est ainsi que les comédiens prononcent son prénom). Ménage à trois plus vicelard que chez des Feydeau-Labiche. Dans un décor avec bibliothèque aux étagères chargées, canapé forcément déployable pour les ébats que vous imaginez, on se jette tout à la tête et puis on récupère ce tout, tentant de le ranger et remettre en ordre. Balle de match : c’est reparti… La dame est toujours aussi sexy, mais ces messieurs sont de plus en plus décalés, et en font déjà quinze tonnes. Vous vous dites : mascarade sur-jouée, 'café-théâtre' primitif ? Vous n’avez probablement pas tort, même si la mise en scène signée par le patron du théâtre et acteur principal : ce facétieux Arthur Jugnot, est astucieuse. Ce soir-là aux Béliers, avant même la première réplique, de jolies spectatrices hystériques hurlaient de rire. Allez essayer d’y faire de même, mais notez aussi que le dimanche, à 18 heures dans ce séduisant théâtre montmartrois se donne la si bonne « Nuit blanche chez Francis ». Et que le dimanche est également programmé « Le roi nu » ; Andersen oblige.
Théâtre des Béliers parisiens, du mercredi au samedi à 21 heures, samedi à 17 heures, dimanche à 15h30. Réservations : 01 42 62 35 00 et www.theatredesbeliersparisiens.com

03 décembre 2012

Amours et Feydeau

Amour et piano, Feu la mère de Madame, les Pavés de l’Ours de Feydeau, mis en scène (plus chansons) de Léonard Matton. Avec Roch-Antoine Albaladejo, Stéphanie Bassibey, Ludovic Laroche, Nicolas Saint-Georges.
Vous vous êtes dit : un Feydeau de plus, bon… du genre triptyque ou tiercé, d’accord… durée : une heure trente, parfait ! Et puis vous vous étiez préparés à vous esbaudir tant la cruauté à peine masquée de celui qui dissèque les relations d’un couple de bourgeois moyens est réjouissante. Vous n’aviez pas forcément prévu que l’équipe composée de trois comédiens et une comédienne interprétant tellement de personnages avec déguisements ahurissants carambole dès le début, que ça pétarade ensuite, que les décors se transforment de façon carnavalesque : mardi gras, nous voilà ! Et encore que tout se débobine et se rembobine. Le piano sort d’un tiroir minable pour y retourner incognito, la comédienne est une soprano lyrique de qualité mais très vite une diva en tenue sublime. L’Ours, à l’accent belge irrésistible… ‘eunnnn’ fois’… crache non pas dans le potage, mais partout où domestique non domestiqué, il officie, c’est à dire surtout pas à l’office. Il balance un poulet cuit sur la mini-table à tréteaux devenue celle de la salle à manger de ses maîtres en pleine crise conjugale. Assis au premier rang de ce charmant théâtre si joliment montmartrois, vous risquez de recevoir en pleine figure les poussières propulsées par le balai d’un domestique zélé ; les domestiques étant des faux-vrais confidents mais surtout nos premiers chéris au théâtre depuis l’ère d’avant Molière. Cette soirée vous ravira et vous n’aurez que du bien à en dire.
Ciné XIII Théâtre, du mercredi au samedi à 21h30, dimanche à 17h30. Location : 01 42 54 15 12 et www.ciné13-theatre.com