22 décembre 2013

L’avare, d’après Molière

Idée originale : Jordi Bertran
Adaptation du texte : Eva Hibernia, Olivier Benoît, Miquel Gallardo ; texte version française : Olivier Benoît ; mise en scène: Olivier Benoît et Miquel Gallardo ; interprétation : Olivier Benoît, Jean-Baptiste Fontanarosa.
« L’avare d’après Molière » … vous avez presque grommelé : 'd’après ?' ou encore vous vous êtes dit : 'quel intérêt !'. Mais vous êtes amoureux de tout ce qui est théâtre et vous avez continué à lire les résumés-commentaires publiés dans les magazines disponibles en kiosques. Il y est seulement question de parti-pris et de version surprenante. Vous êtes montés à Belleville rejoindre ce théâtre si singulier et accueillant. La suite ne se raconte pas. Ce spectacle devrait récolter des Molières interplanétaires. Mais comment tenter de vous expliquer pourquoi ? Reprenons: 'théâtre d’objets' donc de la vie dite ‘courante’. Bien sûr la vie court, comme l’eau dans les ruisseaux, les rivières et les fleuves vers l’océan. Ici c’est un raz-de-marée que l’équipe d’Olivier Benoît provoque. Sur le plateau une longue table nappée de blanc, et dans une semi-obscurité officient deux comédiens à la présence devenant de plus en plus redoutable, aux voix de femmes ou d’hommes, voyez monsieur ronchon ou mademoiselle délectable et ces jeunes gens sexy, amoureux fringants. Poquelin ? Ils le mettent dans leur poche. Cet or sans lequel Harpagon ne peut envisager de vivre tout compte fait est devenu de l’eau, celle du robinet ! Vous avez compris 'éco-l’eau'? Le texte savoureusement et amoureusement déjanté est cependant truffé de vrais vers (verres ?) de Molière et la musique si classique intervenant entre les épisodes… qui vous ont fait décoller, vous donne envie de danser royalement, comme on le faisait sous Louis XIV. Inutile de signaler que ce spectacle a été donné dans un nombre fou de pays et parfois dans d’autres langues que le français où il a séduit tous les publics. Alors pourquoi ne serait-il pas joué au « Français » alias la Comédie Française ? Rêvons-en.
Théâtre de Belleville, mercredi, jeudi, samedi à 19 heures, dimanche à 14 heures 30. Réservations : 01 48 06 72 34.

16 décembre 2013

Journal d’un imbécile, de Benoît Marbot

Mise en scène de Benoït Marbot
Avec Rosa Ruiz, Loïc Haetty, Nicolas Montanari, Cyrille Labbé et Aurélie Tasini
Dix-huit épisodes couvrent la période 1940-1954 soit celle de la deuxième guerre mondiale puis de la guerre d’Indochine et l’auteur avoue avoir rencontré ceux qui ont inspiré les personnages de cette pièce passionnante mais dont le titre est assurément déroutant. Un imbécile est un être qui manque d’expérience et donc court le risque de commettre erreur sur erreur…impardonnables selon Madame de Brémancourt qui qualifie son fils Arnaud d’imbécile mais admire son neveu Gilles, admiration que celui-ci, homme pratique et expérimenté lui rend bien. Madame passe ses journées dans son château à jouer aux tarots, quant à son époux il est grabataire, donc hors circuit. Tout peut commencer et le parcours d’Arnaud, militaire à qui «on ne demande pas de comprendre mais d’obéir », bizarrement marié puis divorcé, s’est vite mis à nous toucher. Il finira par partir pour un Nouveau Monde et le vœu de sa mère sera: « Que le Nouveau Monde t’apporte ce que l’ancien n’a pu t’offrir ! » raillera-t-elle. La mise en scène est à la fois réaliste et schématisée, avec détonations et bruits effroyables mais aussi des musiques classiques de bon ton. Un lit d’hôpital et un paravent apparaissent et disparaissent, une table à repasser avec gros fer électrique moderne aussi, des prie-Dieu nécessaires pour épisode dans une église sont aussi là. Çà tonne à nouveau aux moments opportuns et le public est séduit par la dérision, la tendresse et le réalisme d’un tel journal.
A partir du 28 mars au Centre Culturel de Courbevoie (92400) 11 bis, rue de l’Hôtel de Ville. Réservations : 01 43 33 63 52.

10 décembre 2013

Lomania, de Charlotte Escamez

Mise en scène de William Mesguich
Avec Anne de Broca, Françoise Cadol et Zazie Delem ; assistante à la mise en scène : Charlotte Escamez.
Le titre vous a intrigués, vous avez tapé lomania dans un moteur de recherches et trouvé un mot polonais qui vous a plus déroutés encore, puis vous avez décidé que le mot français…mais oui bien sûr… serait mégalomaniaque, très amputé, mais pourquoi ? De plus en plus perplexes, vous avez atterri à l’Atalante, et alors là quel bonheur ! Trois comédiennes plus que performantes sont sur le plateau, l’une à jardin, la deuxième au centre, la troisième à cour. Trois 'bonnes' femmes ? Voire ! Elles se racontent. Elles : LOla MAria et AntoNIA sont veuves et ont eu des existences plutôt agitées. Assises ensuite sur une table genre salle à manger qu’elles ont recouverte d’une vaste nappe elles se mettent à gigoter leurs jambes, à s’ébrouer, à ricaner, à se donner des coups de coudes ou se serrer l’une contre l’autre. C’est gaguesque, cocasse, mais elles paraissent heureuses, donc nous le sommes aussi - une petite heure durant - même s’il y a une séquence un peu longue où deux d’entre elles nous font l’une une lecture et l’autre un récit qui brisent le rythme de la pièce ; mais cela repart, pour devenir de plus en plus déconcertant et émouvant. A la fin la nuit est tombée avec un ciel constellé d’étoiles. D’immenses lanières traversent l’espace, nos commères comme dégrisées doivent alors les enjamber, et c’est la fin.
Théâtre de l’Atalante, à 19 heures les jeudi, samedi et dimanche à 17 heures. Réservations : 01 46 06 11 90.

07 décembre 2013

Bac à sable, de Michal Walczak

Mise en scène d’Ewa Rucinska, avec Simon Jeannin : LUI, et Ewa Rucinska : ELLE.
Les mères tricotaient ou échangeaient des confidences soulageantes avec d’autres mères, avaient déposé leurs enfants dans des bacs à sable d’où elles étaient obligées de les sortir quand ça criait trop fort et qu’il y avait batailles de pelles, mais elles ramenaient leurs bambins le jour suivant et tout recommençait. Ici les mères ne sont pas là et les bambins sont devenus des gamins ou des adolescents, mais toujours aussi soucieux de ne pas se faire mal comprendre, mal entendre ou prendre pour des minus. Mais le sable leur coule entre les doigts et représente le temps qu’ils ne maîtriseront peut-être jamais. Ewa Rucinska réalise une mise en scène simple et troublante utilisant la porte à jardin pour disparaître et laisser son partenaire (LUI) endosser un blouson, traverser et retraverser la scène et continuer à ressasser ses problèmes dont il ne sait pas qu’ils sont existentiels, à dire aussi ses doutes quant à la qualité des relations qu’il entretient avec ELLE. Il parle à toute vitesse, boulant presque son texte mais fascinant. ELLE entre et sort, changeant de robes et pantalons à chaque fois et devenant de plus en plus sexy sans le savoir non plus peut-être que le vouloir, et finalement élégante avec chaussures à talons hauts. Les lumières sont perturbantes tant elles changent subitement, gagnant brusquement en intensité, et le temps peut alors se laisser bousculé et nous avec. Les cadres de bois qui délimitent le bac sont empilés, désempilés, recadrés, rapprochés. Ils deviennent les murailles d’un château médiéval : « qui va là ? Halte-là ! ». Ils finiront par devenir de simples bancs mis bout à bout prêts à recevoir peut-être des élèves, au sortir du bac et promis à cet autre bac, sans lequel rien de sérieux ne serait envisageable, du moins chez nous, paraît-il. Il ne serait pas sérieux que vous n’alliez pas à la Manufacture aimer le travail si réussi de ce couple pourri de talents et plus que bluffant.
Manufacture des Abbesses, à 19 heures du mercredi au samedi, jusqu’au 28 décembre. Réservations : 01 42 33 42 03 et www.manufacturedesabbesses.com.

06 décembre 2013

Frida Khalo attention peinture fraîche

Ecrit, mis en scène et joué par Lupe Velez avec Damien Dos Santos.
Avec un micro (caché ?) allez au Quartier Latin par exemple et questionnez les passants : « Frida Kahlo qu’est-ce que ce nom évoque pour vous ?» Vous risquez gros, du genre : «ben-heu… » Mais encore : « Non, pitié ! » Parce que la personne interrogée a encore en mémoire des films et des articles dans des revues haut de gamme où paradent des psycho-plus-que quelque chose. N’ayez rien en mémoire à votre arrivée au Déjazet où vous allez découvrir une prestidigitatrice : la comédienne Lupe Velez et son délicieux partenaire Damien Dos Santos, qui officie en douce, mais sans lequel rien ne serait possible, à commencer par cette mise en scène et cette autre en espace, toutes deux pharamineuses avec trouvailles toutes les secondes. Pourtant vous allez souvent au théâtre et vous croyez avoir tout vu et tout compris. Vous ne pouviez envisager que sur les planches débarque cette femme qui va faire tout basculer. Vous sortirez en vous épongeant le front : parce que Frida c’est d’abord et enfin : « Viva la vida ! ». Même si mademoiselle Khalo a vu la sienne raccourcie, amputée, malmenée, et ses talents déniés, reniés, niés. La révolte que provoquent les mutilations d’un corps devenu purgatoire, transcende un enfer où il ne basculera jamais. Soit l’amour d’un mari faillible ou infidèle autant que le sera sa moitié qui n’aura pas pu lui donner d’héritier et l’abandonnera pour se retrouver très vite auprès de lui qui compte pour elle plus que tout. Peinture fraiche : vous n’aviez pas vraiment compris pourquoi ce sous-titre était un surtitre et pourquoi l’affiche montre Frida seins nus entre fers et enfers mais dont le bas du corps est recouvert d’un tendre tissu blanc enroulé pour que des mystères qui n’en sont pas deviennent merveilleux. Nous n’allons pas vous redire combien nous avons admiré et adoré ce spectacle et combien nous sommes reconnaissants à Jean Bouquin, patron du Déjazet, de nous l’offrir pour la quatrième fois. N’attendez pas la cinquième.
Théâtre Déjazet, du mardi au samedi à 20 heures, jusqu’au 13 janvier 2014 ; matinée : samedi et dimanche à 15 heures. Réservations : 01 48 87 42 55.

30 novembre 2013

La liste de mes envies, d’après le roman de Grégoire Delacourt

Mise en scène Anne Bouvier, avec Mikaël Chirinian.
Reprise de ce spectacle pour cause de critique positive unanime dans cet étonnant théâtre nord-montmartrois ; vous vous souvenez qu’à deux pas de là vivait Jean Marais et que presque en face Tania Balachova avait installé son cours de théâtre fréquenté entre autres par Michael Lonsdale : donc un lieu inspiré. Pourquoi commencer ainsi ? Parce que nous sommes assez mal à l’aise pour vous parler de ce seul-en-scène de qualité certes, mais… L’acteur à la barbe de quasi-ayatollah ou pour anachorète est performant, mais microté, pardon ‘sonorisé’ dans un lieu où un comédien avec une belle et bonne voix suffit à se faire entendre et aimer sans cela. L’adaptation du roman est effectivement astucieuse et cette Jocelyne, mère de famille modeste qui vient de gagner à la loterie et ne sait que faire de l’argent qui lui dégouline dessus est touchante. Nous avons été sensibles par la mise en scène et en espace, aux accessoires plus que malins et à ces fils (à la patte ?) enjambés par Michael vers la fin de sa prestation. Tous nos saluts à l’équipe.
Ciné 13 Théâtre, mercredi, jeudi, vendredi à 20 heures, samedi à 17 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : 01 42 54 15 42.

27 novembre 2013

Les Chiche-Capons : La 432

De et mise en scène par Les Chiche Capon avec Fred Blin, Patrick de la Valette, Ricardo Lo Giudice, Mathieu Pillard.
Nous attendant à un spectacle d’abord musical nous nous sommes retrouvés dans le chaos intégral de voix déglinguées provenant des coulisses ; ça couinait dans le noir. Débarquent quatre messieurs dont l’un, du genre petit et rond, ressemble à Dario Moreno, un autre très grand dont le pantalon n’arrive pas à atteindre les chaussettes, un autre encore trop beau du genre Don plus que Juan et enfin ce dernier aux lunettes gigantesques et à la chevelure blonde diablement longue ; notez aussi sa quasi-absence de vêtements : c’est un extra-terrestre du genre animal en cours d’apprivoisement, mais très agité et pas seulement du bocal. Ça démarre, le feu peut prendre mais d’abord au sens propre quand ils allument une espèce de torche crachant des étincelles plus ravageuses que celles d’un feu quatorze-juillettiste ; et des cavalcades s’ensuivent, les Chiche enjambant les sièges, chevauchant les spectateurs, rang après rang, les titillant avec leurs fausses battes de bèzebaule… ces Chiche que nous aimons depuis toujours, finalement se mettent à jouer d’instruments de musique qui feront de cette soirée un redoutable empêchement de dormir. Le soir où nous étions aux Béliers une vingtaine de jeunes filles et de jeunes gens étaient là, accompagnés par le directeur de leur cours de théâtre : on comprend pourquoi. Ces futurs comédiens plus qu’enthousiasmés interviewaient le public à la sortie des Béliers. Un certain relais est pris, un relais savoureux, magique et nécessaire.
Théâtre des Béliers Parisiens mardi, mercredi, jeudi à 19 heures. Réservations : 01 42 62 35 00.

21 novembre 2013

Cinna ou… la clémence d’Auguste, de Pierre Corneille

Mise en scène de Jean-Luc Jeener
Aucun élément de décor ; seules trois chaises curules schématiques et noires. La mise en scène est plus que sobre, les déplacements symboliques des comédiens se font dans un calme glacial ; cela au début. Tout est lent et les personnages martèlent leurs alexandrins ‘fermant’ leur sens au bout de douze pieds, mais Auguste - homme vraiment clément - les enchaîne pour nous les adresser chaleureusement. Il est vrai que lui seul est remué par ce qu’il sait constituer ses devoirs d’empereur devant assurer l’ordre et faire respecter une loi souvent plus qu’inhumaine et cruelle. Et puis voici les passions humaines, le désir de vengeance qu’elle juge sacrée d’
Émilie , fille dont le père a subi le châtiment réservé à ceux qui conspirent et seraient fiers de devenir régicides, tant ils croient avoir le droit pour eux. Auguste doit périr et Cinna, amoureux de la fière jeune Émilie romaine, va être l’exécuteur de l’empereur. Des amis se sont ralliés à eux, et tout aurait pu se dérouler rapidement si Auguste n’avait pas eu vent de cette conspiration. Torturé par ses doutes, il nous offre des monologues superbes et son épouse, belle, généreuse et qui lui fait confiance, apparaît. Dans le camp adverse Émilie a fait succomber à son charme tous les conspirateurs recrutés par son amant. Ici Corneille nous surprend et nous touche quand il nous montre des hommes aveuglés par la passion qu’ils ont pour une telle femme. Troublée par eux et leurs désirs, différera-t-elle l’accomplissement de sa décision ? Les déplacements sont plus rapides, le rythme plus soutenu, et l’émotion plus violente. La fameuse scène où Auguste convie Cinna à rester assis pour entendre son verdict est remarquable: Cinna est de plus en plus raide et figé tandis que son empereur est devenu un vrai père… « Le lait de la tendresse humaine » ? Une équipe de comédiens étonnants et touchants sert Corneille, au Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de la deuxième partie de Les grands chefs-d’œuvre du théâtre jusqu’en mars 2014. Voir dates et réservations : www.theatredunordouest.com ou appeler le théâtre : 01 47 70 32 75.

13 novembre 2013

La douce, d’après Fédor Dostoïevski

Traduction et adaptation de Guillaume Tavi
Mise en scène Guillaume Tavi, avec avec Chloé Dunn et Guillaume Tavi.
La nouvelle est courte et la version scénique qui nous est offerte est percutante tant les deux comédiens sont à la fois rigoureux et touchants. Lui arbore un pantalon ordinaire et une simple chemise blanche et Elle, blonde jeune fille d’autant plus sexy qu’elle refuse de vouloir l’être porte une gracieuse robe longue toute aussi blanche et a son violon à la main. Elle en joue avant de parler et le ton et le paysage sont donnés : la Douce est d’abord musique et écoute. Lui a investi la parole convoquant les mots et les phrases qu’il enchaîne et qui sont les armes dont il se servira pour tenter d’expliquer et défendre ce qu’il croit être sa position. Il lui faut étaler et légitimer ses griefs de mari incompris, autant que ses vrais regrets. Il a aimé cette douce au point de l’épouser et l’aime toujours. Au centre du plateau seulement un petit coffre avec posée dessus une élégante paire de bottines. Les lumières resteront plus que tamisées, car Elle va vite se réfugier dans ce fauteuil au pied duquel Elle a déposé son instrument. Lui continuera de dire, d’expliquer, mais Elle a choisi de dormir, même s’ils ont eu une tentative d’explication: ces confrontations joliment ponctuées de mains ouvertes se rejoignant comme pour un jeu d’enfants se tenant par la barbichette. Et puis la voix de l’homme qui finit par comprendre qu’Elle ne s’éveillera plus. On pense à des personnages chers qui, submergés par leurs doutes et assommés par les paroles de ceux qui se sont mis à leur faire des reproches, choisissent de s’évader. Toujours aussi gracieuse mais devenue fantomatique Elle s’est endormie dans le fauteuil central, s’est réveillée et puis ré-endormie. Quant à Lui ? Les lumières ont joliment décliné, arrive un noir qui ne résout rien. Le soir où nous avons tellement aimé cette Douce le public vibrait intensément : à vous de prendre son relais.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre des Grands chefs-d’œuvre du théâtre. Jusqu’au 2 mars 2014 ; dates et réservations : 01 47 70 32 79.

La Cerisaie, d’Anton Tchekhov

Mise en scène Coralie Salonne
La Compagnie de l’Incartade présente une douzaine de comédiennes et comédiens jeunes et beaux, qui évoluent comme des danseurs dans ce vaste espace de l’étonnante salle Laborey. C’est festif, une petite musique de fond est là et ils dansent pour nous communiquer leur joie d’exister, et de retrouver leur adorable 'petite Maman' ou maman adoptive : cette jeune veuve Lioubov, si généreuse et attendrissante qui revient de Paris où elle avait rejoint un homme aimé. C’est l’été russe, période d’arrivée de ces cerises divines, d’autant plus chéries qu’elles ne murissent que tous les deux ans. Le charme du domaine familial leur doit tout. Malheureusement il va falloir le vendre car Lioubov s’est ruinée. Lopakhine, fils de serfs et homme rustique donc malin et devenu riche est toujours dans le sillage de Lioubov. Il est amoureux de l’une des jeunes filles et pourrait aider ou conseiller la propriétaire, mais elle ne l’écoute surtout pas. On connait la suite et on aime la fin. Tout ce joli monde -ou presque- repartira pour…peu importe. La demeure sera fermée mais provisoirement puisque Lopakhine a fini par avouer l’avoir rachetée et souhaite la transformer en lieu où des petites maisons accueilleront des gens de condition modeste. Lioubov un temps anéantie et assaillie par toutes sortes de doutes existentiels pleure dans les bras de son frère, quant au très vieux domestique Firs, il s’est laissé enfermer dans la maison d’où il ne sortira plus. Rideau. Cette pièce poétique et métaphysique écrite au soir de la vie de son auteur est un chef d’œuvre que Coralie Salonne nous propose dans des décors simples mais des costumes gracieux. Muriel Adam est une Lioubov du genre femme de tempérament et sans complexes, elle mène épatamment la partition d’un auteur qui était aussi médecin aimant nous bercer et nous soigner. La vodka tutélaire que l’on devine ou que l’on boit pour de bon ferait le reste. En 1804 après avoir mis au monde cette pièce, Tchekhov a retrouvé ses ancêtres ; quant à nous, nous le remercions avant de rentrer rêver dans nos HLM.
Théâtre du Nord-Ouest jusqu’en mars 2014, dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com.

11 novembre 2013

Ravel, de Jean Echenoz

Mise en scène Anne-Marie Lazarini, avec Coco Felgeirolles, Michel Ouimet, Marc Schapira et Andy Emler ou Yvan Robillard.
Echenoz a choisi de nous faire revivre la fin de l’existence d’un compositeur brillantissime et rare, mais homme aussi singulier que touchant. Anne-Marie Lazarini est tombée sous le charme de ce roman qu’elle met en scène. Le résultat est si étonnant que cette pièce a récemment obtenu le prix du syndicat de la critique ainsi que celui du meilleur compositeur de musique de scène attribué à Andy Emler. Les comédiens habitent leur texte, ils sont généreux et fascinants comme le sont le décor avec pléthore d’accessoires, la scénographie, la mise en scène astucieuse et regorgeant de trouvailles. Un plateau plus qu’encombré : on dirait un magasin d’antiquaire avec ce petits bassin d’où jaillit parfois de l’eau, et cet autre où Ravel s’assied qui ressemble à un recoin ou une baignoire d’enfant, un paquebot miniature évoquant celui emprunté par Ravel pour gagner l’Amérique, une statue de la Liberté archi-stylisée, et surtout des chaises, des divans, des fauteuils, le tout dans une ambiance bleue pastel. A cour, un piano à queue et ce musicien à la présence réconfortante qui fait tout décoller et convie un Ravel vieillissant mais qui continue à naître de la musique qu’il nous transmet. De canapé en chaise longue, il finit par s’effondrer. Nous restons sidérés et pleins d‘admiration pour le comédien également rigoureux qui incarne le musicien-compositeur ainsi que son partenaire et la dame qui veille sur lui. La critique élogieuse est unanime.
Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 31 décembre, dates et réservations : 01 43 56 38 32.

08 novembre 2013

Mémoires d’Outre-tombe, de Chateaubriand

Lecture par Jean-Luc Jeener.
Que dire des lectures faites au théâtre par des comédiens tous plus prestigieux les uns que les autres ? Qu’elles sont généralement réussies et attirent un public de qualité, même si très vite les « spectateurs » ont l’impression que le lecteur n’a pas forcément consacré beaucoup de temps à la préparation de la soirée tant ils font confiance à leur physique avantageux, à leur voix, à leur talent et à leur expérience, bref à leur empathie reconnue. Mais trop souvent on a l’impression d’avoir à faire à des acteurs ressemblant à des doubleurs de films, situation financièrement plus confortable. Rares sont ceux qui vivent intensément ce qu’ils lisent, parce qu’ils connaissent plus que parfaitement un texte, qu’ils l’aiment passionnément et depuis longtemps, ce qui fait frissonner le public, lequel a du mal à se remettre, mais rassurez-vous, a le cœur enflammé. Jean-Luc Jeener est de ceux-là. Assis derrière une simple table au centre d’un grand plateau, il tourne les pages de cet ouvrage énorme publié en 1849 que constituent les "Mémoires" de cet écrivain mort l’année précédente. Nous voilà embarqués, et la croisière en compagnie de ce Breton sera longue. On se souvient que Victor Hugo (mort deux ans plus âgé que François-René) avait clamé vouloir être « Châteaubriand ou rien ». Or de ces deux-là, lequel est le plus bouleversant ? Le vrai pays de l’aristocrate breton, Jeener le connaît bien et il nous communique son amour et sa fascination pour cette terre d’Armor et la mer qui la baigne mais aussi pour l’homme et sa destinée autant que pour celle de l’univers. Nous lui en sommes reconnaissants autant que nous le sommes pour cette heure qu’il nous offre et vous offrira de nouveau durant cette seconde partie des "Grands chefs-d’œuvre" au théâtre du Nord-Ouest.

Programme et réservations : www.theatredunordouest.com ; téléphone : 01 47 70 32 75.

06 novembre 2013

Une sorte d’Alaska, d’Harold Pinter

Mise en scène Ulysse Di Gregorio, avec Dorothée Deblaton, Grégoire Pallardy, Marinelly Vaslon.
L’Alaska est cette partie extrême-septentrionale des Etats-Unis qui fut russe et se réveilla américaine ; et la jeune femme qui vient de passer seize ans plongée dans l’inconscience étendue dans un lit genre d’hôpital se réveille lentement et doit réapprendre qui elle est et ce qu’elle est devenue. Ce qu’elle se met à raconter est incohérent d’abord. Le médecin debout à son chevet et qui la veille presque tendrement la laisse dire. Est-elle devenue adulte quand elle émerge de son coma ? Elle est assise dans le lit puis se lève et fait quelques pas sur la scène et cela devient le second acte de cette pièce déménageante et qui n’en comporte qu’un en fait. Mais dans la salle nous sommes sous le charme de la comédienne et fascinés par ce qu’elle dit, le temps n’a plus de contenu. Sur l’une des chaises en fer est venue s’asseoir une jeune femme calme qui n’est autres que la sœur de Déborah et l’épouse du docteur-confident malgré lui. La pièce dure 70 minutes ponctuées de silences et pas un instant nous ne décrochons. La fin ? Peu importe : une vraie pièce n’a pas besoin de fin, et nous autres spectateurs sortons de là bouleversés : tout a été remis en question. Merci à Ulysse Di Gregorio et à ses camarades qui ont emmené ce spectacle de l’étonnant Aktéon au Théâtre des Déchargeurs, dont nous voulons redire tout le bien que nous pensons de la programmation.
Théâtre des Déchargeurs, salle Vicky Messica, le lundi à 21h30. Réservations : 01 42 36 00 50.

05 novembre 2013

Velouté, de Victor Haïm

Mise en scène de Nicolas Luboz et David Bottet, avec Rebecca Bonnet, David Bottet, Jonathan Haïm. Vous savourez le titre parce que vous n’êtes surtout pas dans le potage où baignent plutôt nos trois personnages, quoique… Pièce inracontable, Dieu (et Victor) merci ! Deux comédiens aux allures de jeunes gens normaux dans un bureau où l’avenir de l’un est incertain, à l’encontre de celui de l’autre puisqu’il est le patron-embaucheur, le boss quoi ! Une longue dame brune en robe rouge sang archi-moulante va-t-elle faire tout basculer et réduire la pièce à ce que des critiques ont qualifié de « huis-clos » « grinçant » voire « empoisonné » ? Victor a plus de tours et retours dans ses sacs et vous comprendrez vite pourquoi cette pièce qui a cartonné à Avignon-off est reprise aux Abbesses par son équipe.
Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi et samedi à 21h00, dimanche à 17h00. Réservations : 01 42 33  42 03.

24 octobre 2013

Jean Martin ou la vie normale, de Benjamin Bellecour et Pierre Antoine Durand

Avec Clément Auber, Jacques Bourgaux, Anne Mihalcea, Arnaud Pfeifer, et la voix de Philippe Laudenbach.
Vous portez un nom dit ‘de famille’ peu franchouillard et rêvez de vous appeler tout simplement Dupont, Durand, voire Martin. Normal pour cet Amine, charmant Serbe débarqué en France où il rêve de vivre, et de faire carrière (mais dans quoi ?), du moins c’est ce qu’il croit et nous fait croire. Mais il faudra d’abord qu’il se débarrasse de son accent exotique, envisage une routine, et aussi qu’il mette de côté ses souvenirs ; bref qu’il se normalise. Le départ de la pièce est réjouissant, son rythme séduisant, les comédiens fascinants. Les gens qu’il rencontre sont des «originaux», tel cet homme qui rêve de l’Inde et s’y croit peut-être, et cette jeune femme séduisante, pour laquelle... mais n’anticipons pas. La toute fin n’arrivera qu’après des péripéties loufoques, allant dans tous les sens mais vous faisant rire, tandis que les comédiens évoluent sur une scène où s’entassent et se font déménager des coffres. Zappons, tant les épisodes sont cocasses ou inracontables. Vous rêviez d’une fin souhaitable : hmmm… La jeune dame est très enceinte mais elle n’est plus vraiment folle du futur père de son rejeton (rejetonne), et le Serbe a perdu son accent mais gagné quoi ? Vous pensez queue de poisson : voire !  car il arrive qu’il y ait des petits oiseaux dont les ‘cui-cui’ forcément adressés au ciel et à ses habitants vous font sortir du théâtre en sifflotant. Et puis la compagnie qui présente ce spectacle se nomme « Mise en capsule », alors…
Ciné XIII Théâtre, du mercredi au samedi à 21 h30, location : 01 42 54 15 12.

23 octobre 2013

"Yes, peut-être" de Marguerite Duras

Mise en scène Laurence Février. Avec Laurence Février, Côme Lesage, Martine Logier.
Un espace du genre salle d’attente mais où on attend quoi ? Rien aux murs, ni chaises ou tabourets, seul un grand lit qui n’est qu’une accumulation de matelas blancs ; deux femmes : une brune, une blonde portant des blouses d’infirmières, et un homme en pantalon, sexy et torse nu, qui, allongé, ira se cogner contre les murs et debout débitera des incohérences. On ne connaît que trop cette partition que les critiques et adorateurs de Duras ont qualifiée de conte philosophique et comique où l’auteur jongle avec les mots : il y est surtout question de guerre(s) ; le reste serait littérature. Mais des aboiements réguliers, tels ceux de votre chien-chien quand il entend les voisins monter ou descendre l’escalier de votre immeuble. Donc des « Yes » genre jappements que vous seriez incapables de compter (cela vaut peut-être mieux) que la comédienne, metteur en scène et personnage principal, vous bombarde toutes les combien de minutes déjà ? Vous vous dites : pourquoi ne pas avoir également programmé des « ya » tudesques, et... et puis vous ne vous dites plus rien, ou plutôt que Madame Février vous a concocté un canular : « ouaf-ouaf ! ». Les deux comédiennes ressemblent à des caissières de supermarchés aspirant à la retraite, bourrées de dettes, mais dont les filles sont quand même institutrices. A propos qu’est-ce qu’on a ce soir pour le dîner en rentrant du théâtre ?
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 15 heures. Jusqu’au 8 décembre. Réservations : 01 45 44 57 34.

21 octobre 2013

En attendant Godot, de Samuel Beckett

Mise en scène de Jean-Claude Sachot, avec Philippe Catoire, Jean-Jacques Nervost, Alain Prétin ou Dominique Ratonat, Vincent Violette.
Vous avez lu le titre de la nouvelle saison du Théâtre du Nord-Ouest « Les grands chefs d’œuvre du théâtre » ; aussitôt vous avez pensé : Samuel Beckett, donc « En attendant Godot » et aussi « Fin de Parie ». Vous avez repéré que cette Fin-là se donnera dans le cycle débutant à la fin du mois d’octobre et que le metteur en scène est également Jean-Claude Sachot. Nous sommes impatients de découvrir cette « fin ». Le Godot est remarquablement mis en espace et en scène ; il est interprété si magistralement que toutes sortes de superlatifs ne suffiraient pas à rendre compte de ce que vous avez pensé mais surtout éprouvé cette soirée-là. Et d’abord dans la grande salle Laborey plus qu’habilement habitée et éclairée. Le comédiens font parfaitement entendre ce texte qui ne cesse de nous déménager, même si vous avez l’impression de le connaître depuis vos années de lycée, depuis cette classe de philosophie dite aujourd’hui terminale ? Bien sûr le spectacle est un peu long et on revient souvent à la case départ, mais n’est-ce pas cela l’existence finalement ? N’attendez pas un instant avant de programmer Godot et d’y emmener ceux que vous aimez. Ils aimeront.
Théâtre du Nord-Ouest, les 23, 26 et 27 octobre à 20h45. En attendant la suite… mais vous, n’attendez pas ! Programme et réservation : 01 47 70 32 75.

15 octobre 2013

Fureur, de Victor Haïm

Avec Benjamin Bollen, mise en scène de Stéphanie Wurz
L’auteur a créé sa pièce en 2011 au mythique Petit Hébertot et son 'benjamin', jeune comédien étonnant la reprend à cet épatant Essaïon. Sa silhouette, son regard, sa gestuelle et le fait qu’il ait été choisi par Steven Spielberg pour être la voix française de Tintin au cinéma vous séduiront. Il a besoin d’une fameuse perruque pour ressembler à ce chef d’orchestre d’âge mur, patron casse-pieds et machiste qui vient de se faire désavouer par ses musiciens, parce que place aux jeunes et retraite pour les autres, allez ouste ! Fureur… non, il n’est surtout pas question d’un certain Adolf, mais Victor nous propose un texte plus que vengeur sur fond de répétition de la Symphonie pastorale de Ludwig. C’est jubilatoire.
Théâtre Essaïon les lundis à 19h30 jusqu’au 17 mars 2014, réservations : 01 42 78 46 42.

11 octobre 2013

Blanche-Neige et les sept nains - le spectacle musical de Guy Grimberg

Adaptation de Julie Manoukian
Musique : André Manoukian, chorégraphie : John Nus, décor et costumes : Guy Grimberg, lumière  : Rémy Nocollet, son : Virgile Hilaire, animations vidéo : Renaud Chabrier et Pascal Minet, coach vocal: Patrick Samuel.
Cela se donne rue de la Gaité la si bien nommée car au sortir de ce théâtre-ci une vraie joie est là : voyez les frimousses de ces poussins et poussines qui ont court-circuité une séquence-télé, cette vraie- fausse nounou qui les intoxique depuis…. L’après-midi où nous y avons découvert cette petite merveille, la salle était pleine (900 places) et les applaudissements enthousiastes justifiés. Les décors, les costumes, les musiques, le rythme de toute l’affaire, sa chorégraphie, les animations vidéos poétiques et oniriques : il nous faudrait tant de superlatifs… Renonçons : ils confisqueraient les souvenirs et la neige qui guette nos montagnes ce début d’automne serait grise et nous autres dégrisés. Mais cette Blanche-Neige n’est pas une blanchisseuse, sa servante n’est pas un personnage secondaire, les messieurs que la jeune femme de neige embrasse et qui la feront renaître après que la pomme empoisonnée de sa belle-mère l’aura supprimée sont superbement sexy. Ses sept copains-nains dansent, jouent des instruments pétaradants. La reine, cette rouée, est en robe d’un rouge-sang style flamme satanique. Le miroir central devant lequel elle se réfugie est habité par l’énorme visage d’un homme qui lui redit qu’elle n’est pas la plus belle femme au monde. Et c’est reparti pour plusieurs tours. Les gamins et gamines fascinés rêvent : cela s’entend presque, et nous autres aussi, peut-être plus encore. Préparez-vous à décoller avec vos loupiots. Et champagne chère équipe Grimberg.
Bobino, les samedis et tous les jours de vacances scolaires à 14 heures. Réservations sur www.bobino.fr ou 08 2000 9000.

07 octobre 2013

Ferré Ferrat Farré

Textes et chansons de Léo Ferré, Jean Ferrat, Jean-Paul Farré.
Mise en scène de Ghislaine Lenoir ; arrangement musical : Isabelle Zanotti, avec Jean-Paul Farré et les musiciens Florence Hennequin, Benoît Urbain, Clément Lopez.
Votre affection pour les mots truffés de ‘f’ ? Face à Léo, Jean, Jean-Paul, Benoît et Florence vous vous effondrerez dans vos fauteuils tant leur spectacle, cette féérie farcesque et funambulesque, est en fait tout en finesse. Faites-vite, la fin de F.F.F. est fixée au 13 octobre. Mais foin de chiffres fatidiques, il faudra forcément que cette fine équipe re-fonctionne. Un fan de la Comédie Française persifflait : « Pfffeu ! Voilà qui flaire le fourre-tout ». Il vous a fait pouffer car vous aimez la Fantaisie Française. Un certain président Flamby et une fraction de sa faune manqueraient donc de flair ? Farré avec son regard de koala, animal farceur mais toujours flashé face caméra vous fascinera et itou ses comédiens fabuleux qui font partie de son univers : sa famille pharamineuse, n’est-ce pas ?
Vingtième Théâtre, à 19 heures du mercredi au samedi, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 48 65 97 90.

01 octobre 2013

Nana, d’après Zola

Adaptation, mise en scène et interprétation : Céline Cohen et Régis Goudot ; régie, son et lumière : Stanislas Michalski ; création lumière : Philippe Ferreira ; décor et accessoires : Sha Presseq.
Performance : faire d’un roman de 300 pages un spectacle d’une heure dix dont vous sortirez comblés par ce qu’en a fait ce couple de comédiens musiciens chanteurs. C’est un hommage au romancier, à la littérature, bien que cette version fabriquée pour une petite scène décolle comme un avion du genre 'jet' pour atterrir mélodramatiquement. Un certain Émile dans sa tombe doit se retourner de joie, leur dédiant une note optimale. Qu’il nous pardonne d’avouer que nous en faisons autant dans cette salle du Lucernaire où le plateau est couvert d’une douzaine de tapis précieux à la dominante toute aussi rouge que l’est le canapé où toutes sortes d’ébats archi-érotiques vont vous séduire. Ils sont voulus par une « nana » conduisant ses amants par le bout du… Serait-ce de bon goût de vous redire la saga d’Anne Coupeau, mère à 16 ans d’un petit Louiset qui sera la cause de sa mort-à elle puisqu’il l’a contaminée: maladie honteuse. Soit une avalanche d’amants-clients aussi prestigieux que célèbres mais parfois très 'coincés' (doux Jésus !) de cette grande prêtresse-maîtresse des sexes. Céline Cohen arbore un sourire ravageur en permanence, Régis Goudot incarne ses innombrables partenaires, hommes plus ou moins nobles ou même étrangers qui rêvent d’elle et auxquels elle fera tant de bien : voyez caleçons et ce qui peut fricoter dedans. Mais côté âme ? Céline joue de l’accordéon et tous deux chantent tendrement et divinement, alors ?
Au Lucernaire, du mardi au samedi à 21 heures 30, dimanche à 17 heures. Réservations : 01 57 34 45 44.

21 septembre 2013

A flanc de colline, de Benoît Moret

Avec José Paul, Didie Brice, Caroline Maillard, Benoît Moret, décor Nitroscenium, son et lumière Jean-François Dominguès, costumes Stéphanie Vaillant, accessoires Emmanuel Marais et Cécile Patrou ; musique originale : Jérôme Hédin.
« Librement inspirée d’une histoire pas vraie » cette comédie a pour cadre 'une maison pas forcément bleue' quoique adossée à une colline. Rassurez-vous : tout va s’embrumer et s’allumer sur la scène, et dès le départ dans la salle les spectateurs jubilent à la vue du décor rocambolesque : toutes sortes d’animaux empaillés ou peints et dessinés ou dont on ne voit que la tête tout droit sortis de contes de fées ou de fables de La Fontaine. Et on ne vous dira rien de ceux qui, gigantesques peluches, seront déposés pendant un noir sur ce plateau dont ils occuperont un bon quart ne perturbant aucunement l’équipe de comédiens qui vous raconte ou revit une saga pseudo-familiale. Un père et son fils se retrouvent dans l’ex-maison de famille dont le nouveau propriétaire est une sorte de ‘beauf’. Rigolard et sympathique il ne peut rien comprendre au film, disons plutôt à la saga, de cette famille qui s’imaginerait peut-être recomposable. Notez que la suave jeune dame n’intervenant qu’à la toute fin n’en a certainement rien à faire et que depuis le début les comédiens sont tellement bons, vrais, frais, que les rires n’arrêteront pas de fuser. La faute en est d’abord à José Paul avec ses sourires en coin, sa voix musicale et sa présence intense. L’auteur et sa troupe vous proposent un surréalisme aussi léger que joyeux. «C’est un divertissement» a déclaré mon voisin. Le théâtre n’est-il pas aussi fait pour ça ?
Théâtre Tristan Bernard, du mardi au samedi à 21 heures et le samedi à 18 heures. Réservations : 01 42 61 18 00 et 06 07 63 69 83.

18 septembre 2013

Un concours de circonstances

De Catherine Verlaguet, mise en scène : Anne Bouvier, collaboration artistique : Pierre Helie, avec Mélanie Marcaggi et Alban Aumard. Musique originale : Dana Boulé
Notez que la production s’appelle « p’titepeste » et nous nous frottons les mains nous demandant ce que ces astucieuses ont pu fricoter. Si vous vous êtes installé au premier rang vous aurez tout de suite les pieds pris non pas dans un tapis mais dans des draps blancs destinés à un lit gigantesque et imaginaire qu’un couple va investir de façon aussi dérisoire que délirante. Objets symboliques qu’ils ont choisis pour vous faire grimper aux rideaux : des balles, des ballons lesquels symbolisent ceux qu’on offre aux enfants dans les foires et qu’ils lâchent volontairement ou malencontreusement… mais revenons à l’« intrigue ». La jeune et jolie Julie est mère de trois enfants et Salomon, malgré sa 'sagesse' est malheureusement stérile. Que faire à part se mettre 'en ménage' et réaménager l’existence puisque nos amis ont tout à l’envers et l’envers de tout. Les comédiens charnels et généreux nous emballent. A la toute fin des fleurs énormes surgissent de derrière ce meuble central qui a servi de quoi déjà? Presque à tout ! Le rêve ne s’achèvera pas, même si une boucle est censée être bouclée. Parce qu’au Ciné-théâtre 13 les rêves ne s’arrêtent jamais.
Ciné XIII Théâtre, jusqu’au 20 octobre, du mercredi au samedi à 21 heures 30, dimanche à 16 heures. Location : 01 42 54 15 12.

14 septembre 2013

Homme et galant homme, d’Eduardo De Filippo

Texte français d’Huguette Hatem
Mise en scène de Patrick Pelloquet
1926 : Première à Naples de cet « Uomo et galantuomo » que Paris vient de découvre dans une version française fascinante. La pièce dure le temps de vous faire hurler de rire, même si son démarrage est plutôt lent. Les dix comédiens dont certains jouent plusieurs rôles conquièrent vite leur salle et l’histoire-scénario se fait plus que rocambolesque à chaque épisode ou à chaque scène. Les décors astucieux tournent comme des manèges et sur la scène il y a immanquablement cette femme, casserole à la main qui active sa cuillère dedans : il lui faut nourrir ses comédiens faméliques, toujours en tournée. Ça tourne et retourne : le monsieur sur le retour aux cheveux longs mais haut du crâne dégarni et voix de maître d’école d’autrefois ; le jeune et mince aristo en costume trop blanc ; la jeune et jolie dame aux dents longues et au bord d’accoucher, voyez ce ventre effarant (pour triplé-(es) ?) ; et la vieille dame au dos à 45 degrés par rapport à son devant. Bien sûr, une fois encre il ne serait pas bon de vous dire ou de vous rappeler tout ce que ce phénomène d’Eduardo est capable de déclencher. Mais en cette 'rentrée' vous serez enchantés de retrouver votre théâtre 14 offrant un tel festival.
Théâtre 14 jusqu’au 26 octobre : mardi, vendredi et samedi à 20h30, mercredi et jeudi à 19 heures, matinée samedi à 16 heures. Réservations : 01 45 45 49 77.

06 septembre 2013

Dernière démarque

Spectacle de et avec Marion Lépine (chant),  Aurore Bouston (chant) et Anne Thomas (piano / arrangements). Images Alain Golven
Théâtre musical : soit « la chanson française rhabillée » - sic - par trois comédiennes chanteuses et musiciennes aux regards et aux sourires joliment ravageurs. Rassurez-vous, nous n’en dirons que du bien. Conscientes des exigences de leur travail collectif, pas une seconde elles ne donnent l’impression de tirer un bout de couverture à elles, comme c’est souvent le cas - hélas - quand des artistes aux talents complémentaires se trouvent réunis sur une scène et qu’ils ou elles n’ont pas compris ce que symbiose veut dire. Ces jolies dames drolatiques sont réjouies donc plus que réjouissantes. Elles ont choisi de nous proposer entre autres Van Parys, Nougaro, Léo Ferré, Francis Lopez, Ricet Barrier, mais aussi les Frères Jacques, Prokofiev, Giacomo Rossini. Tous ces auteurs et compositeurs sont authentiques et généreux. Nous en avions besoin, vous en aurez à votre tour de nouveau besoin après être sortis ravis de ces Déchargeurs où vous aurez pris une bonne décharge. Vous siffloterez - pardon chanterez - en montant ou descendant cette rue pourtant plate et préparerez-vous à arquepincer les gens que vous aimez (mais aussi les autres) pour les convaincre de « foncer chez Lee-Fou Messica et son équipe ». Pardonnez-nous si nous avons omis de vous dire le bien que nous avons pensé de la scénographie, de la mise en scène, des décors simples mais parlants.
Théâtre des Déchargeurs, du mercredi au samedi à 21h30, jusqu’au 28 septembre. Réservations : 01 42 36 00 50.

02 septembre 2013

Docteur Glas, d’après la pièce de Hjalmar Söderberg

Traduction et adaptation John Paval
Mise en scène Hélène Darche avec Sofia Efraimson et John Paval
Comment vous dire? Les mots se bousculent et se prennent les pieds dans le tapis ; dans les cours de théâtre on vous aurait réconfortés : « mettez-ça là, on va le trier ». Pour nous aller au théâtre et en revenir est une aventure dont nous ne pouvons jamais sortir indemnes : « des heures seront nécessaires pour vous remettre à flots »… Vous avez dit docteur ? Oui, mais ce docteur-ci va devenir ou redevenir un homme avec des vrais problèmes existentiels après avoir été un résolveur de petites et grandes misères physiques. L’intrigue est simple : Docteur Glas reçoit la visite de la gracieuse Helga, épouse du vieux pasteur Grégorius, mais qui entretient une relation extra-conjugale avec… peu importe. Son mari est effectivement plus qu’un tyran, un vrai pervers qui impose à sa femme des devoirs conjugaux intempestifs et la tyrannise. Notez que nous sommes en Suède, pays encore officiellement très traditionnellement puritain au début des années 1900. Docteur Glas est vite chamboulé par sa cliente, moralement et physiquement. Petit à petit, après toutes ses confidences, il envisage d’aller supprimer le pasteur. Helga a disparu et il se met à monologuer à l’infini. Le comédien qui est Glas est prodigieux et son monologue devient vite une rare performance d’acteur. Pourtant il est naturel, et ne « joue » surtout pas les mots non plus que les émotions et les situations. Il transcende tout : son accent et ses intonations américaines sont un cadeau. Il chante soudain et de façon si classique et remarquable que c’est une des raisons pour lesquelles Costa-Gavras l’a choisi sans hésitation pour être son banquier dans ‘Le Capital’ ; notez aussi qu’il ressemble physiquement de manière très troublante à Söderberg. Quant à Sonia Efraimson elle est la jumelle de cette femme qu’il aima tant. Cette pièce qui vient d’enthousiasmer le public d’Avignon-Off en juillet 2013 se donne à la Manufacture des Abbesses jusqu’au 27 octobre.
Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, les jeudi, vendredi, samedi à 21 heures, dimanche à 17 heures. Réservations au 01 42 33 42 03 ou sur www.manufacturedesabbesses.com

21 août 2013

Le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau

Mise en scène Nicolas Luquin, assistant Leman Jovanovic, costumes Frédéric Morel
Avec Isabelle Hollensett.
Mirbeau est le dénonciateur des toutes sortes d’injustices, et de mystifications, et bien sûr des religions qui dissimulent voire bénissent tout ça. Il fait se désenchaîner puis se déchaîner une femme dite « de chambre » comprenez une femelle de caste inférieure vouée à faire la révérence devant un patron, une patronne qu’elle connaît plus qu’intimement puisqu’elle leur sert de serpillière. Célestine (prénom pour sainte femme n’est-ce pas?) au cœur de tout cela nous le conte dans la version théâtrale du roman d’Octave. Isabelle est belle, pulpeuse et élégante et se démarque tout à fait de ces gravures datant de l’époque de l’auteur qui nous montrent une femme en bout de parcours au dos déjà courbé et qui ne pourra prendre aucune retraite. Mais les patrons auront la charité de la faire inhumer dans un caveau public près de la chapelle aristocratique dominant toutes les autres du cimetière. La comédienne, elle, évolue dans un décor avec à cour un lit sommaire et à jardin une petite table qu’elle garnit d’assiettes et de couverts. Et puis en coulisse elle ôte ou remet et renoue son tablier blanc. Noirs successifs : le lit a été remisé, et une autre bête de scène prend le relais de la servante. On vous fera grâce de la suite et du personnage de Joseph avec lequel elle tentera de… mais une fois de plus vous aurez été bluffés par cette comédienne déjà souvent admirée dans des rôles et des pièces majeures au Théâtre du Nord-Ouest. Et vous aurez apprécié la mise en scène et en espace aussi sobre qu’ingénieuse.
Théâtre du Nord-Ouest, en alternance dans le cadre des Grands Chefs-d’Œuvre jusqu’au 27 octobre. Dates et réservations : www.theatredunordouest.com : 01 47 70 32 75

15 août 2013

Macbeth, d’après William Shakespeare

Théâtre de clown
Mise en scène Maria Zachenska en collaboration avec Pierre Cornouaille,  avec Louis-Jean Corti et Maria Zachenska, compagnie Parallèles.
Soit des sous titres du genre clins d’yeux : 'compagnie Parallèles', 'spectacles hors normes' et d’abord 'théâtre de clown'. Naïfs nous étions loin d’envisager ce que cela voulait dire, et comme à l’ordinaire nous sommes allés à Belleville les yeux fermés dans ce théâtre que nous aimons tant. Youpiiiiiie ! Une fois de plus c’était le bon choix, la bonne pioche. Macbeth et son copain Shakespeare (serait-ce l’inverse ?) sont astucieusement revisités par deux comédiens-danseurs-mimes et quoi d’autre encore ? qui habitent la scène comme s’ils l’avaient inventée. Rideaux forcément noirs, passages alias fentes entre-rideaux, nez rouges lesquels s’ils faussent les visages ne nous crèvent surtout pas les yeux : c’est parti pour un marathon surréaliste. Lui et Elle plus Elle et Lui sont une clique qui embauche et endosse tous les personnages voulus par leur prince William et qu’ils ont revisités et dépouillés de leur pesanteur tragique. Clownesques à deux cents pour cent Louis-Jean et Maria le sont mais dans une grande tradition qui n’a pas besoin de piste de cirque : leur prodigieux cirque à eux, ils l’ont dans la tête et dans les neurones. Et nous nous connectons illico avec eux. Comme ils souhaitent qu’on le dise « Leur regard clownesque est un verre grossissant. Il révèle la fraîcheur du grand classique comme lavé par la pluie de l’innocence. » Allez basculer, tanguer et pirouetter avec eux ; pour vous le temps ne passera pas, ne passera plus. Notez que la pièce dure 1heure 05 mais qu’on aimerait qu’elle ne s’arrête pas, et qu’elle est de celles qu’assurément on retournera voir. Vous serez dans la salle ce soir-là, n’est-ce pas ?
Théâtre de Belleville, du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15 heures, jusqu’au 8 septembre. Réservations : 01 48 06 72 34 et www. theatredebelleville.com.

10 août 2013

Week-end en ascenseur

Comédie de Jean-Christophe Barc
Mise en scène : Michaël Cohen
Avec Pierre-Louis Bonnat, Stanislas Châble, Barbara Lambert, Véronique Martin.
Un ascenseur se muant en scène de spectacle devient un lieu théâtral dont on peut se servir pour un plus que fascinant huis-clos, n’est-ce pas mesdames et messieurs? Pour Sartre ils n’étaient que trois, ici ils sont quatre. Mais leur week-« end » serait la fin de quoi ? Ces 'enfermés' sont deux beaux jeunes messieurs - dont l’un aux fines lunettes d’intello – qui se donnent à fond ; quant à leurs jeunes dames : l’une grande, hardie et empanachée de cheveux d’un blond de rêve avec des chaussures à talons si hauts qu’elle les abandonne vite, rassurez-vous ; l’autre babille telle un moineau, regarde à droite et à gauche avant de se ré-envoler. Bruits tonitruants : pannes, courts circuits et boum ! Les lumières sont devenues forcément folles. Ça a déjanté et disjoncté. Résultat des courses : n’allez surtout pas chez votre 'psy' après avoir vu ce spectacle. Vous en avez compris et vous en savez forcément bien plus.
Le Funambule Montmartre. Du mercredi au dimanche à 20 heures. Réservations : 01 42 23 88 83 et www.funambule-montmartre.com. Jusqu’au 31 août.

03 août 2013

L’Ours, d’Anton Tchekhov

Adaptation, mise en scène et costumes : Monique Beaufrère
Avec Alice Dhume, Gérard Duval, Michel Brun
Tchekhov, médecin-écrivain (cf : notre Louis-Ferdinand C.) se voulait surtout auteur comique ; tous les rouages et les ratages de l’homme ordinaire constituaient sa cour de récréation - vous auriez dit re-création ? - Monique Beaufrère a pris le parti de faire rugir son comédien principal sous prétexte qu’il veut récupérer l’argent que lui doit une très jolie jeune dame en longue robe noire, veuve plus qu’impeccable et apparemment non récupérable. Cependant qu’un joli jeune homme joue le domestique de la charmante, apparaissant quand il le faut, et puis laissant sa maîtresse aux prises avec l’ours et enfin dans les bras de ce dernier. La pièce est courte bien sûr, et sa metteur en scène la fait jouer de façon simpliste voire résolument clownesque. C’est un choix.
Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de « Les grands chefs-d’œuvre du théâtre d’hier et d’aujourd’hui », 01 47 70 32 75 ; voir dates : www.theatredunordouest.com.

30 juillet 2013

Tailleur pour dames, de Georges Feydeau

Mise en scène : Bernard Lefebvre et Hélène Robin
Avec : Gérard Cheylus, Joëlle Champeyroux, Lucien Czarnecki, Antoinette Guédy, Bernard Lefebvre, Jean Marzouk, Christine Melcer, Frédéric Morel, Hélène Robin, Dominique Vasserot.
La salle Economidès héberge le tailleur, ses amis de toujours et leurs dames (muses respectives ou communes ou même…), la belle-mère plantureuse cette bavarde empoisonneuse, le domestique raisonneur pas vraiment bienveillant, bref les dix personnages d’un bon vaudeville. Et c’est très bien ainsi car avec ses recoins, son arrière-scène qui n’en finit pas et d’où l’on peut hurler avant de paraître et encore son escalier latéral qui dévale à la cave, on a tous les lieux nécessaires pour une aventure vaudevillesque avec portes qui claqueront. Le « metteur » a aussi voulu un paravent derrière lequel on peut faire mine de se dissimuler - ma chère ! - et l’une des comédiennes apparaît accompagnée d’un petit chienchien, parfait cabotin, bien sûr. Le manège tourne, les messieurs qui s’enquiquinent avec leurs - plus ou moins- charmantes moitiés peuvent fantasmer et lorgner la jeune beauté d’en face, le faux tailleur faire mine de se souvenir qu’il est un vrai en nous dédiant des tas de clins d’yeux. Et le comédien désopilant qui joue la belle-doche (Lucien Czarnecki) peut nous faire hoqueter de rire. Tous sont en costumes gracieux et élégants, les dames surmontées de chapeaux qu’elles dégrafent très habilement. Changements de décors astucieux et rapides : le paravent a subitement traversé le plateau. Les lumières sont bien dosées, les comédiens sont habités : donc une équipe solide, avec beaucoup de ténors. Grâce à elle le Nord-Ouest est une fois de plus à son zénith. Allez découvrir cette pièce « d’été » donnée en alternance jusqu’en octobre, de sorte que vous pourrez la revoir avec vos amis.
Théâtre du Nord-Ouest : 01 47 70 32 75. Programme et réservation : www.theatredunordouest.com

28 juillet 2013

Histoire d’un merle blanc, d’Alfred de Musset

Mise en scène d’Anne Bourgeois
Avec Stéphanie Tesson
Lumières : Philippe Matthieu
Stéphanie Tesson jongle avec ses nombreux talents ; c’est une fonceuse, voyez comment elle vient systématiquement à bout du haut tabouret unique accessoire qu’elle utilise sur la scène de ce Théâtre « de poche » où elle nous met aussitôt dans la sienne, Musset itou. Son merle rare est évidemment un prétexte moqueur plus qu’un alter ego de l’auteur aux yeux clairs et à la barbe soignée des portraits bien connus de lui qu’on aime. Elle l’a récupéré il y a longtemps et se permet de lui faire de jolis pieds de nez. Soit une histoire d’amour aussi classique que ‘romantique’ : un merle et sa merlette qui n’apparaitra qu’à la toute fin. Entretemps Stéphanie éructe, roule et roule par terre, recommence, perd les poils qui collaient à son costume de scène archi-blanc. Elle joue toutes sortes de personnages parfois avec des intonations parfaitement shakespeariennes : on est sous le joug… et puis tout carambole. Ce spectacle a été créé dans le mythique Théâtre du Nord-Ouest (alias T.N.O.) il y a treize ans (treize … vous auriez dit superstition ?) joué plus de trois cents fois dans autant d’écoles que de jardins. Vous aussi en sortirez ébouriffés et aurez du mal à tout raconter aux copains. Mais vous les aurez engagés à retourner au Théâtre De Poche (T.D.P.) dont la programmation est charmeuse et où on est tellement bien accueilli. Etre bien accueilli dans un théâtre est essentiel, n’est-ce pas ?
C’était au Petit Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse à Paris. (01 45 44 50 21). Nous vous signalerons où et quand seront les reprises.

23 juillet 2013

Les trente-neuf marches

Avez-vous vraiment envie de revoir ce film culte et mythique sous prétexte que sa version théâtrale se donne cet été dans un étonnant théâtre montmartrois au Nord de la butte, là où tout ce qui est « bo-bo » plus bas, est ici banni ? La réponse sera évidemment non parce que dans ce 18ème Nord, au Théâtre des Béliers - qui fut un endroit de cours de théâtre où d’excellents professeurs ont formé des comédiens maintenant reconnus et qui osent l’avouer – se donne précisément cette version théâtrale hors du commun qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte : les « trente-neuf marches », aux Béliers, c’est un ravissement. Des comédiens tous plus performants les uns que les autres investissent des rôles catapultueux, et on ne les reconnaitra même pas aux saluts parce qu’on sera bien en peine de savoir qui est qui et qui a fait quoi. Ils ont été trente-cinq personnages, avec accessoires et costumes, alors qu’on ne comptait que quatre interprètes, tous habités. A l’écran c’est un polar, sur scène c’est du grand art.
Théâtre des Béliers Parisiens, du mardi au samedi à 21h. Réservations : 01 42 23 27 67. theatresdesbeliersparisiens.com

Alain Bernard Piano rigoletto

Texte d’Alain Bernard, Jean-Claude Islert, Pascal Légitimus.
Vous connaissez certainement des amoureux de théâtre qui disent « Les one-man show - pardon les seul-en-scène - je trouve qu’il y en a de plus en plus, et même qu’il y en a trop ; bien sûr ils coûtent moins cher que… et puis… mais un seul personnage sur les planches, ce n’est pas vraiment du théâtre, n’est-ce pas ? » Vous souriez plein de compassion et vous vous dites in petto : « Evidemment cette personne n’est pas forcément une grincheuse, mais elle n’a certainement pas entendu parler de ce que propose cet été Alain Bernard dans la capitale après avoir enchanté Avignon-off l’été dernier et la France entière. Alain Bernard entre son piano et son Casio joue le professeur qui veut faire aimer la musique à sa marmaille d’élèves ou futurs élèves. Il s’en tire à merveille, connait bien la musique qu’il joue divinement. Il nous regarde dans les yeux tout en maniant ses instruments dont on voit combien il les aime. En plus il est drôle : avec humour et autodérision parfaitement maniés et maîtrisés. On rit et on est heureux. Que du bonheur !
Théâtre Les Déchargeurs, vendredi et samedi à 19h30, jusqu’au 28 septembre 2013. Réservations : 01 42 36 00 50.

01 juillet 2013

Faites comme chez vous !!!

Une comédie de Jean Barbier, mise en scène d’Eric Henon assisté par Magali Faure.
Avec Pascal Sellem, Vannick Le Poulain, Emanuelle Galabru, Idriss, Fanny Guillot, Simon Boinnard, Yvon Carpier.
Soit le Théâtre Daunou qui depuis des générations accueille les Parisiens et les autres montés à ‘la capitale’ sachant qu’ils y seront mieux que bien reçus et que ses rideaux de scène superbement bleus font un pied de nez à ceux, rutilants et sanglants, des théâtres ‘normaux’. Donc un vaudeville : un tel aime une telle, laquelle forcément aime un ou une autre telle, lequel et laquelle fricotent avec… De grâce ne nous dites pas : « mettez-les là, on va les trier ». Calez-vous dans votre fauteuil comme vous le faites chez vous dans votre canapé et attendez la suite. Elle viendra dans l’ordre d’un désordre désopilant, avec ouvertures, fermetures et claquages de portes, entrées et sorties des personnages qu’on n’attendait pas et qui ne devraient surtout pas se rencontrer. Trois hommes embarrassés, embarrassants dont l’aimable humoriste Pascal Sellem dont on connaît le punch, trois femmes séduites et séductrices, dont l’une très jeune et hyper-sensible larmoie fort joliment : forcément elle est perturbée car porteuse d’un ou d’une chose qu’elle a mise en route avec son petit ami. La distribution incluant Vannick Le Poulain nièce de l’excellent qui-vous-savez et Emmanuelle Galabru, fille de cet autre excellent qui-vous-savez est portée à bout de bras par Idriss : dense, drolatique, aux sourire et rire contagieux et à la présence redoutable ; il est le dernier à intervenir sur scène, costumé en…on ne vous le dira pas vraiment, mais peut-être vient-il aussi de cuisiner quelque… dindon. L’équipe n’a pas pris de risques. Allez  vous-mêmes au Daunou déguster tout cela, également sans risque mais avec plaisir.
Théâtre Daunou, du mercredi au samedi à 21 heures, matinée le dimanche à 15 heures 30. Réservations : 01 42 61 69 14.

24 juin 2013

La vie de Galilée, de Bertolt Brecht

Traduction Eloi Recoing, mise en scène Christophe Luthringer
Avec Régis Viachos, Aurélien Gouas, Charlotte Zotto, Philippe Rilcer, Jean-Christophe Cornier ou Gille-Vincent Kapps
« Pourtant Elle tourne ! » Elle : notre terre… la vôtre. Cette affirmation fut considérée comme gagesque par toutes sortes de savants et autres personnages prestigieux au temps de la Renaissance. Pourtant Galileo est certain que « le doute est le père de la création ». Lunette astronomique à la main Régis Viachos qui est Galilée cligne beaucoup des yeux et a adopté la barbe raisonnable et le regard à la fois inquisiteur et rassurant qu’on aime sur les portraits du génie que fascinaient les étoiles. Et l’équipe d’une demi-douzaine de comédiens qui l’entoure fait de l’œuvre redoutable de Brecht une aventure déjantée et joyeusement surréaliste. Faut-il vous rappeler que le texte original fait durer la pièce quatre solides heures et que quarante-trois personnages y officient. Au Lucernaire ça décolle très vite et le rythme devient fou. Les comédiens mâles se convertissent en femelles et vice-versa, le tout à l’aide de dizaines de costumes, perruques et maquillages aux sourcils extra-terrestres pour clowns blancs. Au centre du plateau un grand coffre noir sur lequel tous peuvent s’asseoir et qui leur sert également de table de travail. Le voilà qui s’ouvre : à l’intérieur du couvercle un mini rideau rouge dont s’extraira - entre autres - de cette boîte un personnage qui, chahuté, atterrira à plat ventre sur la scène ; mais vous aussi serez chahutés en permanence et Galilée également qui se retrouve torse nu essayant de redresser le cours du temps, de remettre en selle la vie réelle et de recliquer sur la vérité vraie. Mais le carnaval a repris : on sourit et rit, on pense et repense. Et tout tourne aussi bien qu’ « Elle », vous aurez compris ! Régis Vlachos à la tête de la Compagnie du Grand Soir de sa Seine-Saint Denis a présenté ce redoutable court-circuit de Brecht en Avignon au festival-off l’été dernier. Pourquoi celui qui avoue avoir été professeur dans une existence précédente est-il devenu cet autre lui-même ? « Parce qu’il y a des choses importantes qu’on ne peut dire seulement que sur une scène ». Dont acte !
Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 21 heures 30, jusqu’au 21 septembre. Réservations : 01 45 44 57 34

20 juin 2013

Le médecin malgré lui, Los Angeles 1990

Molière - texte intégral
Mise en scène Aurélien Rondeau et Quentin Paulhiac
Dix comédiennes et comédiens parfaits dans une mise en scène avec scénographie inventives et divertissantes, sur le plateau de la Salle Rouge au Lucernaire. Et nous de rugir très vite parce que des détritus, gravats et autres ordures sont posés sur la scène, et de nous souvenir que le théâtre c’était autrefois quelque chose du genre ‘art sacré’ et que Los Angeles fait référence à des anges. Ici vous n’aurez que des démons rigolos, qui feront s’esclaffer les spectateurs. Le soir où nous avons assisté à ce divertissement un gamin peut-être scolarisé dans un collège Molière, et fils ou petit-fils de comédien, ne cessait de commenter… Notez que cela ne gênait personne et que tous continuaient de hurler de rire. Notez aussi que cela fait quatre ans que ce spectacle tourne en France et même ailleurs et qu’il a été représenté plus de 300 fois et régulièrement en milieu scolaire. Qu’est-ce donc qui les ravit tous ? la dérision et les gags, le fait qu’une comédienne désopilante joue plusieurs rôles, dont celle de la fille muette, qu’une autre plus hardie ait l’allure d’une p’tite dame de Pigalle, que certains personnages adoptent des accents étranges ou étrangers, que tous se retrouvent régulièrement au tapis, plus au propre qu’au figuré du reste, que ça cogne et ça braille, et que finalement cela ressemble à un numéro de cirque ? Nous avouons être resté perplexe, même s’il n’est pas désagréable de faire partie d’un public enthousiaste. Salut Poquelin version pocket !
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30. Réservations: 01 45 44 57 34

10 juin 2013

Le Dindon, de Feydeau

Mise en scène de Philippe Adrien
Avec son équipe d’une vingtaine de comédiens
Le gallinacé fait recette : comptez le nombre de représentations données depuis que le metteur en scène a décidé de le faire glouglouter. On espère que notre Philippe Adrien en est fier comme un… dindon. Un vaudeville ne se résume pas, ne se raconte pas mais c’est merveilleux quand il dure plus de deux heures. Mais heureusement que les débuts sont lents sinon, bien avant la fin, les yeux exorbités, vous auriez roulé sous votre fauteuil obligeant le ou les pompiers de service à intervenir. Bien sûr il n’est question que de changements de partenaires quand des conjoints s’entre-soupçonnent d’adultère, mais ici les messieurs sont aussi grotesques que les dames, dont certaines sont « fêlées », voire « toquées », donc mentalement atteintes. Les décors valsent et tournaillent follement sur la scène vous faisant pousser des « oh ! » et des « ah ! ». Les costumes sont d’une authenticité souhaitable, les souliers et les chaussures à talons de tous vous font décoller.
Théâtre de la Porte Saint Martin, du mercredi au vendredi à 20h, le samedi à 16 h 45 et 20 h 30, le dimanche à 15 h. Réservations : 01 42 08 00 32 ou 0 892 68 36 22.

04 juin 2013

Le Colonel Oiseau, de Hristo Boytchev

Mise en scène Maryan Liver
Avec Julien Antonini, Julien Aulon, Clotilde Castaing Débat, Emile Feltesse, Mathias Kellermann, Ludovic Lemarchand, Sébastien Peyrucq,
Michaël Msihid.
Sur le plateau et ensuite dans la salle ils sont huit tour à tour ou ensemble qui servent cette pièce burlesque… funam-burlesque ! qui vous ravira, comme elle continue de le faire partout où elle est jouée. Dans les Balkans aussi, où l’auteur est né Bulgare, et où la guerre du Kosovo a mis un temps toutes sortes de compteurs à zéro. Donc un asile de fous abritant sept messieurs apparemment autistes donc perturbables et une jolie jeune dame à problèmes existentiels résolvables. Leur soigneur est un docteur en manteau classique qu’il boutonne mal : reniant celui du milieu, et qui n’est médecin que quand il ne se shoote pas. D’ailleurs ses patients ne sont surtout pas fous mais seulement… différents et originaux, alors pourquoi les avoir relégués là ? Arrive un militaire en uniforme splendide, il serait envoyé par une association genre « aide humanitaire ». Il embrigade les huit prisonniers, leur fournit des uniformes et les fait défiler. Les voilà qui se racontent de manière touchante et cocasse. On ne vous dit évidemment pas comment cela se termine, mais on vous promet que vous applaudirez à tout rompre et sortirez du Funambule avec le besoin de faire marcher le bouche à oreille qui fera en sorte que les hommes volent « avec leur esprit » comme l’oiseau le fait avec ses ailes. Notez aussi que les horaires séduisants de ce spectacle vous permettront d’aller ensuite en parler avec ceux qui vous ont accompagnés dans les très sympathiques bistrots de ce côté de Montmartre.
Le Funambule Montmartre à 18 heures, samedi et dimanche. Jusqu’au 30 juin. Téléphone : 01 42 23 88 83

02 juin 2013

Monsieur chasse ! de Georges Feydeau

Mise en scène Jean-Paul Tribout
Lumières Philippe Lacombe
Avec Emmanuel Dechartre, Jacques Fontanel, Marie-Christine Letort, Claire Mirande, Thomas Sagols, Xavier Simonin, Jean-Paul Tribout.
Vaudeville des vaudevilles et pan ! Bien sûr que monsieur Duchotel parti comme d’habitude pour la chasse en compagnie de son très bon ami Cassagne, a laissé sa charmante épouse Léontine à la maison ; bien sûr aussi que Léontine rend fous tous les mâles qu’elle rencontre dont un certain Moricet qui veut la voir dans sa garçonnière de la rue d’Athènes. Evidemment Cassagne qui se sait trompé par sa femme va divorcer et pourra alors convoler avec Léontine qui l’aime. Forcément tous ces personnages vont se rencontrer dans la maison du 40 rue d’Athènes et les portes s’ouvriront et se refermeront nous les montrant vêtus superbement ou en tenue de chambre sans pantalon - voyez les messieurs - et en jupon pour les dames qui ont ôté leurs robes raisonnablement affriolantes et leurs chapeaux de rêve. Une seconde dame très distinguée mais recyclée en concierge (on ne vous dira pas pourquoi) sera là, également un commissaire de police fort distingué, et un jeune homme fringant qui fricote avec une jeune femme plus que légère qui, elle, est véritablement domiciliée au 40 rue d’Athènes. Si votre tête ne tourne pas encore, et même si elle tourne, courez au Théâtre 14 découvrir ce que ce malin Jean-Paul Tribout a fait cette pièce suave et désopilante du sacré Feydeau. La scénographie et le décor merveilleux vous raviront aussi. Les comédiens sont excellents.
Théâtre 14, jusqu’au 6 juillet, mardi, vendredi, samedi à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 heures, matinée samedi à 16 heures. Réservations : 01 45 45 49 77.

21 mai 2013

En attendant Gaudon, de Benjamin Dang

Mise en scène : Benjamin Dang, avec Célia Clayre
Costumes Yoann Mouchonnet
Sur le vaste plateau deux chaises blanches et côté cour une coiffeuse à tiroir et miroir à trois pans. Un, deux, trois ! Débarque une suave jeune comédienne en combinaison noire soyeuse, chaussée d’escarpins clairs aux talons vertigineux. Elle parle et n’arrêtera pas de le faire pendant… mais vous n’aurez jamais regardé votre montre. Ce qu’elle dit, raconte ou nous «balance», souvent énervée ou horripilée quitte à devenir horripilante, sont les états d’esprit voire d’âme d’une collégienne prolongée devenue femme fatale qui répond à ses partenaires de tous genres. Cocasseries et excellentes astuces de mises en espace. La ravissante a maintenant revêtu une somptueuse robe plus que décolletée et dont elle est certainement amoureuse : vous pensez de la robe ou de son auteur le costumier ? «Comment allez-vous ?» est son leitmotiv qui finit par devenir rigolo. C’est reparti pour des tours et des tours. La comédienne s’approche des spectateurs, les regarde dans les yeux, arpente la salle, monte et descend les escaliers. Cette ravissante aux gestes gracieux parle, parle, parle… alternant toujours demandes et pseudo-réponses. Elle danse aussi et finit par remonter le grand escalier central menant à la sortie, finalement devenue une nouvelle Julia Roberts, « pretty lady » air qu’elle chante délicieusement. Ses spectateurs qui ont fini par ne plus se demander qui était son Gaudon (riguaudon ?) la rappellent.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Paroles d’Aujourd’hui, jusqu’au 23 juin, dates et réservations : 01 47 70 32 75.

17 mai 2013

Parloir, de Christian Morel de Sarcus

Mise en scène de Paul-Antoine Veillon et Mélanie Charvy, avec Jean-Dominique Pelletier, Frédérique Van Dessel, Romain Picquart
Un couloir genre salle d’attente d’hôpital ; une mère (Eva) parle à un infirmier (Bruno) qui demeurera muet : son fils (Victor) tombé dans le Canal de l’Ourcq est dans le coma, or ce jeune homme archi-doué n’était surtout pas suicidaire … n’est-ce pas ? Eva pleure, grimace. Son ex-époux arrive et l’observe «méchamment avec ironie», il prédit que Victor va mourir. Un match de mots cruels commence, bien qu’Eva ait déclaré : « Je n’ai pas l’intention de vous parler, nos avocats se sont tout dit ». Elle est véhémente, moqueuse, et lui violent parfois, mais leurs échanges sont brillantissimes l’auteur maniant les mots avec virtuosité. L’émotion nous confisque car cette haine dévastatrice les unit jusqu’à souder Eva et son ancien conjoint et cela plus vertigineusement que le sentiment qui les avait aidés à s’unir et procréer, voyez « croissez et multipliez-vous! ». L’attente pourrait se prolonger indéfiniment si des bruits en coulisses n’invitaient pas le père à pousser la porte interdite qui mène à la salle… d’où sort Victor. La suite ? Il avait simulé ce suicide pour que ses parents se retrouvent mais aussi pour régler quelques-uns de ses propres comptes avec eux. La fin ? Mais le trio de comédiens sert ce qui est devenu ‘leur pièce’ de manière redoutable sur un plateau garni de quelques chaises pliables et d’une paire de bacs à fleurs ressemblant à celles déposées sur les tombes de cimetières ordinaires. Allez le vérifier et admirer le choix heureux fait une fois de plus par ce théâtre aimé et aimable.
Guichet Montparnasse, mercredi et vendredi à 19 heures. Réservations : 01 43 27 88 61

15 mai 2013

Je pense à Yu, de Carole Fréchette

Mise en scène Jean-Claude Berutti avec Marianne Basler, Antoine Caubet, Yilin Yang.
Décor et costumes : Rudy Sabounghi
D’abord Madeleine, jolie cinquantenaire dans la pièce principale de l’appartement où elle n’a pas fini d’emménager, voyez le désordre qui y règne. Désordre aussi métaphysique que cette pièce qui se veut dérangeante. Puis des appels répétés au téléphone d‘une personne à la voix jeune qui souhaite être admise chez sa professeur(e) de français et que Madeleine refuse de recevoir prétextant…peu importe. Puis encore l’apparition d’un voisin de palier qui veut rencontrer la dame et aurait trouvé n’importe quel prétexte pour le faire. Enfin l’arrivée de Lin, asiatique qui sait tout à fait ce qu’elle veut : maîtriser les temps des verbes français et surtout les plus vieux-jeu que nous autres n’utilisons plus depuis… Et encore la Chine entière résumée par le gigantesque portrait de Mao Zedong accroché à un mur par Madeleine. Tout peut commencer, finir ou tourner en rond, ce qui est effectivement le cas. Chaque personnage fait des confidences, raconte sa vie, ses problèmes existentiels ou familiaux, ses ratages ou ses démarches plus ou moins abouties. Mais Yu ? Et surtout que s’est-il passé à Tienanmen en 1989, dont le genre humain entier est plus que responsable, selon Carole Fréchette ? Sur un gigantesque écran des messages s’inscrivent - vive Google ! Le voisin-Jérémie maintenant incrusté et qui a décidé d’installer la bibliothèque genre Ikéa pour que son amie y loge les livres extraits des cartons jonchant le sol, pique sa crise, évoquant son fils handicapé. Mais Lin est régulièrement là, apportant finalement une soupe chinoise qu’elle a cuisinée pendant 12 heures pour ses camarades : à table ! Bien sûr cela va dans tous les sens et en revient. Et nous autres revenons du théâtre plein d’admiration pour le travail de l’équipe : metteur en scène, décorateur et comédiens. Mais qui donc était ce Yu Dongyue ? Tapez Google !
Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 30 juin, mardi à 20 heures, mercredi et jeudi à 19 heures, vendredi et samedi à 20 heures 30, samedi et dimanche à 16 heures. Téléphone : 01 43 56 38 32.

12 mai 2013

« Une plume au vent d’ouest » de Julien Gracq

Mis en voix par Eric Chartier
Vous serez peut-être intrigué par ce « mis en voix », mais Eric Chartier nous confie que l’oralité est « un art à part entière » et nous le démontre brillamment. Ce seul en scène est servi par un « sacré phénomène », selon Télérama. Chacun des mots qu’il nous dédie et nous confie a du poids, du son, de la grâce, mais surtout de la lumière. Il vous fait décoller, atterrir, vous recueille en vous réconciliant avec le monde et l’existence. Et vous bénissez Louis Poirier alias Julien Gracq, homme né au cœur de notre France, mais le cœur est bien à gauche de la poitrine comme le sont ces pays calés contre la Bretagne. Et que dire de la cité de Nantes fief et lieu de naissance de cette Duchesse Anne qui devint tour à tour reine de tant de pays voisins de la France et disparut tellement tôt que nous en resterons toujours orphelins. Nantes… Eric Chartier nous la fait découvrir et redécouvrir. Bien sûr, grâce à lui nous en tombons amoureux. Eric Chartier habite magistralement la petite scène du Théâtre de l’Ile Saint Louis : peu de gestes et de déplacements, pourtant le romantisme et son frère indissociable le surréalisme sont au rendez-vous et abolissent le temps. Vous sortez de là pour replonger dans un Paris bruyant, rageur où il pleut. Oui mais quand « il pleut sur Nantes… » c’est autre chose. Donnez la main à vos amis et amenez-les au Théâtre de l’Ile Saint Louis un mercredi, un jeudi, un vendredi, un samedi à 21 heures, ou encore un dimanche à 17 heures 30.
Théâtre de l’Ile Saint Louis-Paul Rey, 39 quai d’Anjou. Réservations : 01 46 33 48 65.

09 mai 2013

Marie Tudor, de Victor Hugo

Mise en scène Pascal Faber, avec Pierre Azéma, Stéphane Dauch, Christophe Borie, Pascal Guignard, Flore Vanier-Moreau, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre, Séverine Cojannot, Sacha Petronijevic
Reprise d’un spectacle qui a ravi ses nombreux publics, que les critiques ont décrété généreux, drôle, autant qu’inclassable. Nous étions prévenus : « Comment Hugo voudrait-il que sa Marie Tudor soit montée aujourd’hui ? » lit-on dans un excellent dossier de presse que vous pouvez consulter sur l’Internet. Côté technique cela donnerait plutôt : « cachots repliables, un tapis à ré-enrouler, un siège-faux trône, des pans et encore des pans de tissus, des rideaux, un lecteur CD ou MD avec auto-pause ». Tout commence et se poursuivra longtemps dans une pénombre aussi jolie qu’inquiétante avec au départ un seul projo central bleu intense. Vos messieurs sont en costumes et chaussures vingt et unième siècle, avec sur l’épaule droite une longue écharpe pendante, du genre à la romaine. Les dames sont en robes, l’une rouge-passion l’autre blanche-pureté. Donc Marie Tudor souveraine qui devrait être exemplaire (hum !) a un amant : Fabiano Fabiani et des serviteurs ainsi que des seconds couteaux avec de vraies dagues. Bruits d’orage encore et encore. La seconde dame, jeune et très blonde est du genre ingénue. Qui est-elle par rapport à cette Marie ? Vous aurez vite compris que cette saga rocambolesque est aussi un embrouillamini ronflant, mais bon, c’est votre Totor à l’âge de trente-et-un an, n’est-ce pas ? ‘Drame populaire’, elle est donc digne d’un feuilleton-télé. La comédienne principale vous la joue parfois à la Feydeau-Labiche, mais pourquoi pas ? On reprend… non, on ne reprend pas : nous sommes conscients de ne pas vous avoir donné envie d’aller applaudir ce spectacle du genre : « Marie, tu dors, ton moulin va trop vite… » puisqu’il vous confisquera pendant près de deux heures.
Lucernaire Théâtre Noir. Du mardi au samedi à 21h 30, dimanche à 17 heures. Réservations : 01 45 44 57 34 et www.lucernaire.fr

07 mai 2013

L’enclos ou la liberté, de Hippolyte Wouters

Mise en scène et scénographie : Cyrielle Clair
Avec Cyrielle Clair, Sylvain Clama, Pauline Macia, Sacha Petronijevic
Décor plus que raffiné, disons superbe avec candélabres gracieux; en toile de fond une bibliothèque aux livres précieux et des fauteuils Louis XIV ; costumes d’époque éblouissants pour les deux comédiennes qui, au départ, mènent la danse et pour leurs partenaires dont l’un ne sera rien moins que ce monarque soleil qui dansait si divinement bien. Musiques royales. L’intrigue? Ninon de Lenclos, femme « libérée » dirait-on aujourd’hui, qui choisit ses partenaires, explique avec grâce et volupté pourquoi et comment elle peut et veut rester libre, même après avoir donné naissance à un petit Louis dont son amant régulier, aristocrate plus que fringant, aurait pu revendiquer la paternité 'mais pour quoi faire ?' selon Ninon. Face à elle Françoise de M… moins démonstrative. Cependant elles ont eu en commun le même amant, le marquis de Villarceaux. Devenue l’épouse de son roi-veuf, cette Françoise de Maintenon a créé une fondation pour ces jeunes filles de Saint Cyr qu’elle veut plus pures encore que des nonnes. Rencontrant Ninon régulièrement, elle se montre de plus en plus impérative et lui donne des conseils qui deviennent des ordres. Le roi paraît emperruqué, parle, explique, disparaît. Des noirs avec rideaux qui se ferment et des remaniements de décors pour chaque séquence. Le tour est joué et nous revenons au départ où Ninon vieille dame en costume adéquat allongée sur sa méridienne se confie encore une fois (la dernière ?) à son confesseur. Le tout en alexandrins archi-léchés dus à un auteur malin et méticuleux. Les comédiens, brillants, et arborant des costumes de rêve le sont tout autant. Donc une ‘belle et bonne’ pièce ? A vous de nous le dire.
Théâtre des Mathurins, du mardi au samedi à 19 heures, réservations : 01 42 65 90 00 et www.theatredesmathurins.com

01 mai 2013

L’histoire du tigre, de Dario Fo

Mise en scène et jeu Pierre-Marie Escourrou
Cette 'manufacture' a embauché un comédien avec pour seuls outils son corps, sa voix chaude, son empathie, son intelligence, sa générosité, son humour pour nous dédier ce texte de Fo-le-pharamineux. Raconter l’histoire est infaisable : ce serait aussi long que cette marche au parcours surréaliste et illogique dans l’Empire du milieu (1934-1935) que des centaines de milliers de révoltés accomplirent pour le libérer de la tyrannie de ceux que vous savez. Un soldat la raconte, mais au préalable le comédien nous a prévenus que pour être 'dans le coup' il nous faut apprendre à rugir, comme cette tigresse domiciliée dans la grotte où, gravement blessé, il a préféré se réfugier pour y mourir dignement. Seul, il ne le sera pas : la tigresse et son tigreau qui y vivent l’adoptent. Guéri de ses infections atroces et répugnantes par la féline il devient le copain de son petit, puis un jour leur échappe pour reprendre son combat. Bien sûr ils se retrouveront, et devenus des alliés leur victoire sera grandiose. Entretemps le comédien aura voulu nous apprendre à rugir comme lui. Il faut pour cela que les sons sortent de la gueule ouverte et « du ventre avec force », mais qu’ils ne ressemblent surtout pas à ceux émis par « une grenouille qui a des hémorroïdes ». Dérision grotesque et flamboyante, traduction désopilante d’un auteur aussi singulier que son parcours est dérangeant, donc inclassable. Une soirée plus que roborative. Abbesses, merci à vous !
Manufacture des Abbesses, à 21 heures, du dimanche au mercredi. Jusqu’au 5 juin. Réservations : 01 42 33 42 03 et wwwmanufacturedesabbesses.com

28 avril 2013

Un rapport sur la banalité de l’amour, de Mario Diament

Ou Hannah Arendt et Martin Heidegger, histoire d’une passion.
Adaptation et mise en scène André Herman, avec Maïa Gueritte et André Herman.
Le titre français de cette œuvre comporte les mots 'rapport' et 'banalité' qui feraient un peu peur, mais soyez rassurés, le Théâtre de la Huchette a, une fois encore, décidé de nous présenter un chef-d’œuvre à découvrir jusqu’à la fin juin. Vous en sortirez bouleversés et ravis tant par la qualité du texte que par la mise en scène et encore par l’utilisation du plateau que par le jeu de comédiens mieux qu’excellents. Vous connaissez l’histoire de Hannah et de son professeur de lycée qui s’éprennent l’un de l’autre au point que la jeune fille avoue vite ne pas pouvoir survivre sans rapports passionnés avec ce professeur-initiateur, charmeur mais également père de famille, dont la carrière deviendra de plus en plus brillante. Elle l’a d’abord admiré puis est devenue de plus en plus critique au fil des années, à cause de ses prises de position dans l’Allemagne nazie qu’elle, Juive, a finalement dû fuir risquant la violence, la déportation, la torture et la mort. L’auteur nous propose cinq rencontres de ces amants Outre-Rhin dans des villes et lieux différents. A chaque fois malgré leurs discussions passionnées ils se retombent dans les bras et s’étreignent tendrement ou violemment. Lui est de plus en plus mal à l’aise devant cette ancienne étudiante au courage remarquable devenue héroïne et donneuse de leçons magistrales. Sur un écran à l’arrière-plan de la scène apparaissent des séquences filmées : autour d’une table des commentateurs tentent d’expliquer les pourquoi et les comment de cette saga- feuilleton, puis tout reprend sur scène. Pendant les noirs le comédien a déplacé les planches, lits, meubles et autres éléments de décors. Lumière… le public admire ce travail remarquable et Hannah est de plus en plus gracieuse dans des tenues d’époque qui lui vont à ravir. Martin est toujours très élégant, même s’il semble se tasser un peu, la douleur et l’incompréhension de sa passionaria y contribuant. La fin plutôt triste et nébuleuse vient lentement, mais aux saluts la salle trépigne.
Théâtre de La Huchette, du lundi au vendredi à 21 heures, le samedi à 16 heures 30. Téléphone : 01 43 26 38 99 et reservation@theatre-huchette.com

23 avril 2013

Fables d’après Jean de La Fontaine

Mise en scène Olivier Benoit avec Jean-Baptiste Fontanarosa et Olivier Benoit
Soit 240 fables écrites en un bon quart de siècle, dont nos anciens ont été nourris à l’école. Souvent de petits chefs-d’œuvre, parfaitement formatés qui nous ont fait aimer et admirer les animaux, compagnons fascinants ou ennemis prédateurs tous aussi intimes que redoutables et dont la logique et les ' motivations ' nous échappent. Le ' bon ' La Fontaine avouait : « J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique, la ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien qui ne me soit souverain bien, jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique ? » Pourquoi ce point d’interrogation vous dites-vous ? Soyez rassurés : ce spectacle n’engendrera pas votre mélancolie. Vous en sortirez plus qu’enchantés avec à la bouche la même exclamation : « époustouflant ». Et vous serez à bout de souffle après avoir applaudi à tout rompre deux comédiens parfaits, charnels, drolatiques, aussi bons acteurs que danseurs, qui chantent à la perfection toutes sortes d’airs, music-hall ou pas, et dansent de même… Ils utilisent des objets bizarres comme cette grande boîte en carton dans laquelle ils se réfugient tour à tour pour s’en faire une carapace de tortue, ou encore ces sacs et films en plastique aussi pratiques que jetables. Ils imitent les animaux de cette saga fabuleuse, bêlant divinement s’il le faut. Notez que pas un moment ils n’en font trop. Ces deux-là articulant parfaitement font percuter chacun de leurs mots… pardon des mots dont Jean de La Fontaine est épris mais surtout pas prisonnier. Musiques, maestro ! et elles sont là, divines, voyez Jean-Sébastien. D’autres suivies de bruits ravageurs nous accostent. Cependant que le plateau devient jonché d’objets hétéroclites. Troublés, on n’en peut déjà presque plus et on se demande quelle fable pourrait servir de conclusion à une anthologie aussi émoustillante que délirante. On vous l’avoue : il y est question de roseau et de chêne. Donc il est urgent que les bouche-à-oreille s’enchaînant, ce spectacle qui a ‘cartonné’ en 2009 vous ravisse, vous, vos petits et arrière-petits- enfants. Dans cet étonnant théâtre de-et-à-Belleville, quartier où souffle encore un certain esprit, les sourires des gamins nous ont ravagés : donc le théâtre ce serait mieux que la télé ?
Théâtre de Belleville jusqu’au 9 juin, du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 17 heures. Téléphone : 01 48 06 72 34. Et www.theatredebelleville.com

Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, de Charles Péguy

Mise en scène Jean-Luc Jeener, avec Maud Imbert, Pauline Mandroux, Florence Tosi.
Considérée comme le chef d’œuvre de l’auteur, cette pièce courte à trois personnages féminins est servie par des comédiennes remarquables dans une mise en scène plus que dépouillée. Au centre de la scène Jeanne, d’abord allongée face contre terre et bras en croix dans une robe blanche, ne se déplacera pratiquement pas nous dédiant un regard comme hanté et son beau visage d’enfant simple et obstinée. Seule sa jeune amie Hauviète tentera de l’approcher puis la nonne qui croit pouvoir la faire abandonner des certitudes qui vont la conduire à la mort après qu’elle ait gagné tant de batailles menées au service de son roi et de son pays bien-aimés. En ces temps où un pape prêche la simplicité et reconnaît que la pauvreté matérielle n’est pas une malédiction mais un choix salutaire, Jeanne nous est proche, elle, fille de gens de la terre, généreux et pleins de bon sens, qui souffraient tant de voir la guerre ravager et affamer les populations, les poussant à mendier ou devenir criminelles pour survivre. Mais mystère veut aussi dire dogme religieux que la raison ne peut atteindre et Jeanne, initiée malgré elle, en est-elle consciente ? Hauviète s’en est allée et la nonne exaspérée ou désespérée, au bord de l’hystérie abandonnera ' sa ' bataille à elle. Seule, Jeanne hantée par les souvenirs si récents tendres mais graves de son Domrémy natal arrivera à Orléans, cœur du pays, poursuivant la mission que lui a confiée son Seigneur-Dieu : redonner à la France, fille aînée de l’Eglise un souverain légitime. Péguy n’a pas voulu risquer le pathos en nous re-racontant la fin de cette si jeune fille, et nous lui en sommes reconnaissants, comme nous le sommes envers ces trois jeunes femmes et leur metteur en scène.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Paroles d’Aujourd’hui, jusqu’au 23 juin. Voir dates et réservations : www.theatredunordouest.com ou appeler le théâtre : 01 47 70 32 75.

20 avril 2013

A tire-d’aile, de Pauline Bayle

Mise en scène de Pauline Bayle, avec Pauline Bayle, Pauline Belle, Loïc Renard, Solène Rossignol et Yan Tassin.
Ils sont cinq : trois filles et deux garçons pas encore trentenaires; ils font équipe, habitent ensemble, mangent ensemble des plats très familiaux et d’indispensables yaourts, lisent ensemble mais chacun dans son coin. Peut-être même rêvent-ils ensemble. Ils imaginent l’avenir, se taisent, mais ils se racontent aussi et s’écoutent raconter pour pouvoir se comprendre. Les mots et les phrases sont leurs béquilles, leurs armes éventuelles ou leurs baguettes de chefs d’orchestre. La chéfesse c’est bien sûr Marie-l’aînée. Et nous voilà tous en train de sortir de l’adolescence, tout aussi perplexes qu’eux. Mais que disent-ils au juste ? Question à ne surtout pas (se) poser mais ils confient souvent leurs doutes. Un des garçons s’est réfugié sous la grande table centrale, simple planche posée sur des tréteaux, mais pourquoi ?
Pendant une heure vous serez avec eux, heureux de l’être et de constater une fois encore que le Théâtre Ciné XIII prend le risque de faire découvrir à des spectateurs facilement comblés par des Molière, Tchekhov, Shakespeare and Co, de jeunes comédiens généreux.
Théâtre Ciné XIII, du 24 avril au 11 mai, du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 17h30. Réservations : 01 42 54 15 12 ; www.cine13-theatre.com

19 avril 2013

La voix humaine de Jean Cocteau

Mise en scène, costumes et décor : Bernard Sinclair, avec Eliezer Mellul.
Qu’est-ce que le temps quand on aime mais d’abord qu’est-ce qu’aimer ? Aimer devrait abolir le temps. Pourquoi avoir inventé un instrument qui fait croire ou seulement espérer qu’un autre - votre Autre - vous écoute religieusement alors qu’il subit vos mots, pensant à autre chose voire à quelqu’un d’autre ? La pièce de Cocteau a toujours remué son public car en 1930, date à laquelle se situe l’action (qui n’en est surtout pas une) la société était plutôt machiste et ces dames destinées à devenir des infirmières soignant les blessés d’une guerre prévisible. « Incommunicabilité », « amour né pour disparaître », « amour perdu » : c’est ainsi qu’a été décrite cette œuvre servie depuis des décennies par des comédiennes rares. Cette fois c’est un comédien qui nous bouleverse : Eliezer Mellul est cette personne au bord de la mort, prisonnière d’un instrument diabolique. Sa présence est dense et son regard trouble, troublé et troublant. Il module parfaitement et voile sa voix charnelle, soudain devenue intemporelle puis déchirante. Il est à terre, tel un crucifié détaché de son instrument de supplice ou, peut-être mieux, un être que la douleur empêche de se tenir debout. L’homme en long manteau de velours pourpre pour pontife exotique, maharajah ou vizir devient prisonnier de ce vilain fil noir dont on redoute qu’il le prenne à la gorge et en fasse un pendu. Nous autres sommes pendus aux paroles d’Eliezer ; notez qu’il ne sur-joue jamais. Nous lui en rendons grâce comme nous vous souhaitons la grâce d’aller au TNO découvrir cette voix (voie ?) humaine si paradoxalement juste.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Paroles d’Aujourd’hui, jusqu’à la fin juin. Voir dates et réservations : www.theatredunordouest.com ou appeler le théâtre : 01 47 70 32 75

11 avril 2013

Pierre et Jean, de Maupassant

Mise en scène et adaptation Vica Zagreba
Avec Vahid Abay, Guillaume Bienvenu ou Nicolas Martzel, Régis Bocquet, Franka Hoareau, Laure Portier et Sébastien Rayon
Pierre est médecin, Jean son frère cadet est avocat, métiers louables, dont leurs parents - et d’abord leur père, cet ancien bijoutier - peuvent être fier, au creux d’une famille solide dont le charmant vieil ami de toujours est indissociable. Tous vivent dans un grand port d’où l’on part pour traverser un océan et aborder d’autres continents. Sur scène au départ six comédiens constituent une équipe plus que joyeuse, au coude à coude sur un voilier imaginaire qui tangue. Patatras : le cher ami de la famille, monsieur Maréchal, vient de quitter ce monde léguant tous ses biens à Jean seul. L’évidence se fait : Jean-l’héritier est donc le vrai « descendant » du charmant homme et leur génitrice, à Pierre et à Jean, fut une femme adultère. Lui jeter la pierre ? Drame bourgeois dont il aurait été de mauvais goût de se gausser mais tellement classique que… (N.B. à l’époque il n’existait pas de tests ADN). Pour ces frères si dissemblables physiquement, au fait vous vous en étiez rendu compte? la vie a pris un vilain tournant, un rideau s’est déchiré et une mère est devenue tout sauf admirable. Eux, les comédiens le sont tous, certains jouant plusieurs rôles ce dont on les en remercie tant ils ont du tonus. De leur havre, vrai refuge et port d’attache, lequel des frères Jean ou Pierre, Pierre ou Jean s’embarquera-t-il pour… et que deviendra la sublimissime dame Rosémilly qu’il était sur le point d’épouser ? TOU-OU-OU.. sirène du bâteau ! Embarquez pour le Lucernaire.
Théâtre Lucernaire, du mardi au samedi à 18h30, jusqu’au 8 juin. Réservations : 01 45 44 57 34