18 janvier 2013

Le Sultan, d’Adrien de Févin,

Quatre actes, dix personnages, dont huit masculins et une paire de servantes forcément voilées et courbées en deux (voire en quatre) devant ces messieurs. La pièce démarre en trombe, s’envole, nous dédiant les clins d’yeux d’un jeune homme à qui on n’a surtout pas envie de suggérer : « mettez-ça là, on va le trier » selon l’expression des gens de théâtre destinée à calmer les comédiens qui « boulent » leur partition. Adrien ne boule rien mais nous déménage joliment et ses comédiens parfaitement choisis sont ‘rompus’. Son sultan est un nombriliste qui n’a rien pu ou voulu comprendre à rien, noblesse oblige. Il est capricieux, autoritaire, à la limite caractériel. Son vizir à l’affut voudrait être calife à la place du calife et un coup d’Etat est à prévoir. A la fin du premier acte, une explosion : le dernier des cadeaux que le peuple à fait parvenir au souverain est une bombe. On devine qui la lui a fait parvenir.
Au début de l’acte 2 le sultan enquête, demandant au fakir « Qui veut tuer ce brave sultan qui assassine, affame et vole son bon petit peuple ? » Les dialogues sont de plus en plus percutants mais s’y installe une certaine fantaisie : les personnages reprennent les répliques de leurs partenaires, ce qui donne une bonne cadence et une vraie musicalité, l’absurde fricotant avec l’absurde. L’auteur aime enguirlander les gens qu’il ne juge pas à la hauteur et cela devient ubuesque. Côté intrigue le sultan confie son envie d’organiser des élections à main levée et de faire jeter les opposants en prison, voire pire. Deux hommes en noir viennent confier qu’ils ambitionnent de tuer le souverain « cette grosse carpe ». On a l’impression d’entendre les commentaires d’élèves (échangés sur portables dans une salle de classe) à propos d’un prof qu’ils jugent nul ; ils s’esbaudissent. Mais le sultan avoue être terrifié par l’idée d’élections. Cependant le peuple dans la rue hue le monarque perché sur son balcon et lui expédie des tomates à la figure.
Acte 3 : Le sultan est à terre ; il a perdu ses lunettes, le vizir ne lui donne plus du « majesté » mais du « monsieur » et lui conseille de faire ses « malles au plus vite ». Les servantes sont narquoises, le vizir est devenu le nouveau président et le sultan emmené par ses anciens gardes clame une fois encore : « Je suis le plus pur des dictateurs ». Une bombe de plus lui est destinée. L’élection a été un coup d’Etat selon le vizir que les servantes embrassent.
Acte 4 : Le vizir est dans le fauteuil du sultan, qu’il qualifie de misérable et dont l’exécution est prévue dans quelques minutes. Mais le palais présidentiel explose. Coup de théâtre : le sultan réapparaît, des coups sont tirés : général, vizir et servantes succombent. Le sultan clame qu’il veut voir tous le haïr. Sur son ordre les gardes exécutent tout le monde. Le sultan meurt aussi et le fakir conclut qu’il ne pouvait survivre, car un successeur s’annonce. Ce dernier est un authentique monstre et la population entière du Kasiskstan est destinée à… devinez ?
Cette pièce courte mais ravageuse, aux allures de bande dessinée et de canular avec des jolis relents de Ionesco, entre autres, nous a ravis. Elle sera de nouveau en lecture au théâtre du Nord-Ouest cette saison. Guettez-là.