01 février 2013

Maupassant, portraits brisés

Texte et interprétation Patrice Fay, mise en espace Micheline Zederman
Au centre du plateau un vaste fauteuil, à ses pieds toutes sortes d’objets évoquent le séjour d’un prisonnier dans une cellule d’hôpital sans confort et à l’hygiène minimaliste. Accroché à un pilier un miroir brisé et tout à côté un épouvantail vêtu de noir, le visage entièrement masqué dont nous ne vous dirons pas l’usage qui en sera fait à la toute fin. L’homme à l’allure et la diction élégantes nous raconte : ses phrases nous troublent vite car ses confessions sont aussi pudiques que voluptueuses. Il est en fin de parcours sur cette terre où il a peut-être été un «mauvais passant» car comme l’avait été Hervé son frère chéri il est atteint de cette syphilis qu’il ne considère surtout pas comme honteuse : quelle maladie liée à l’amour pourrait l’être ? Ce Monsieur le Comte qui a si bien choisi sa trajectoire en littérature et également ses amis, dont l’immense Flaubert, entend des voix, celles entre autres de son valet et de ses maîtresses. Il les interpelle et la mise en scène efficace devient de plus en plus poétique. Nous oublions que cet auteur de romans et de trois cents nouvelles n’a plus longtemps à passer sur cette terre, qu’il va très vite être la victime d’une paralysie générale après « un ultime combat entre raison et déraison ». Cependant pudique, il ne commentera jamais son écriture. Une fois encore Patrice Fay, responsable d’un récent spectacle aussi touchant qu’admirable qui nous a fait trouver et retrouver le vrai Jules Renard, est aussi un comédien fascinant et Micheline Zederman avec qui il fait équipe ne le sait que trop. Merci à eux deux, et à notre Essaïon où ils ont eu la très bonne idée de programmer leur spectacle jusqu’au 27 mars. Notez qu’il sera repris à Avignon-festival off cet été et dites-le à vos amis.
Essaïon, tous les mercredis à 20 heures, jusqu’au 27 mars 2013. Réservations : 01 42 78 46 42.