08 mars 2013

Bouvard et Pécuchet d’après Gustave Flaubert

Adaptation et mise en scène Vincent Colin, avec Roch-Antoine Albaladéjo et Philippe Blancher
On serait tenté de recourir à des tonnes de qualificatifs louangeurs pour un spectacle que nous avons adoré au point de vouloir retourner le voir encore et encore en compagnie de nos amis, connaissances, des gens que nous côtoyons dans des ascenseurs ou qui font avec nous la queue devant des caisses de supermarchés, ou même piétinent sur les quais du métro. De ceux dont on pressent qu’ils vont vous dire : « vous savez, le théâtre ça n’est pas trop ma tasse de thé et puis…». Vous leur auriez rappelé que quand même : Flaubert, etc. et que s’il n’avait pas réussi à terminer le roman dont cette petite merveille est tirée il avait des raisons aussi étonnantes qu’étranges. Peine perdue ? Bouvard et Pécuchet tous deux copistes encravatés aux costumes stricts se rencontrent par hasard dans une artère animée de la capitale ; ils sympathisent, échangent leurs points de vue sur l’existence, décident de se revoir régulièrement. Quand Bouvard apprend qu’il vient d’hériter d’une somme colossale à lui léguée par son « parrain » qui n’est autre que son vrai géniteur, nos compères décident d’aller vivre loin de Paris dans une maison à la campagne. Ils atterrissent en Normandie où ils continuent de s’entre-expliquer les paradoxes de l’existence, mais là ils festoient, voisinent avec des gens simples et authentiques, Pécuchet fricotant avec une servante accorte qui, bien sûr et hélas, sera à l’origine… d’ennuis vénériens. Ils se concertent toujours et se déconcertant un peu plus chaque fois philosophent à tout-va jusqu’à ce que l’envie de finir de vivre les prenne. Rassurez-vous : ils réintégreront la capitale, se remettant chacun à sa table de travail. La mise en scène et la scénographie sont stupéfiantes. Accessoires malins devenant quasiment aussi essentiels que le texte. On pouffe. Bruits effarants ou rafraîchissants, lumières ébouriffantes, nouvelles voix « off » : donc pour nous c’est « ouf !» Courts intermèdes où les personnages plaquent leurs paroles censément existentielles sur des airs de chanteurs jazzesques reconnus. Ce qui nous fait jubiler, outre les astuces de mise en scène avec accessoires parlants ou désopilants, c’est la performance des comédiens. Bouvard est du genre charmant serveur dans un bar pour votre café du matin : comédien parfait il sourit en permanence, c’est mieux qu’un cadeau. Son Pécuchet nous la joue un brin renfrogné, tirant des conclusions de trop de conclusions.
Lucernaire, Théâtre Noir, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 15 heures. Réservations : 01 45 44 57 34