19 avril 2013

La voix humaine de Jean Cocteau

Mise en scène, costumes et décor : Bernard Sinclair, avec Eliezer Mellul.
Qu’est-ce que le temps quand on aime mais d’abord qu’est-ce qu’aimer ? Aimer devrait abolir le temps. Pourquoi avoir inventé un instrument qui fait croire ou seulement espérer qu’un autre - votre Autre - vous écoute religieusement alors qu’il subit vos mots, pensant à autre chose voire à quelqu’un d’autre ? La pièce de Cocteau a toujours remué son public car en 1930, date à laquelle se situe l’action (qui n’en est surtout pas une) la société était plutôt machiste et ces dames destinées à devenir des infirmières soignant les blessés d’une guerre prévisible. « Incommunicabilité », « amour né pour disparaître », « amour perdu » : c’est ainsi qu’a été décrite cette œuvre servie depuis des décennies par des comédiennes rares. Cette fois c’est un comédien qui nous bouleverse : Eliezer Mellul est cette personne au bord de la mort, prisonnière d’un instrument diabolique. Sa présence est dense et son regard trouble, troublé et troublant. Il module parfaitement et voile sa voix charnelle, soudain devenue intemporelle puis déchirante. Il est à terre, tel un crucifié détaché de son instrument de supplice ou, peut-être mieux, un être que la douleur empêche de se tenir debout. L’homme en long manteau de velours pourpre pour pontife exotique, maharajah ou vizir devient prisonnier de ce vilain fil noir dont on redoute qu’il le prenne à la gorge et en fasse un pendu. Nous autres sommes pendus aux paroles d’Eliezer ; notez qu’il ne sur-joue jamais. Nous lui en rendons grâce comme nous vous souhaitons la grâce d’aller au TNO découvrir cette voix (voie ?) humaine si paradoxalement juste.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Paroles d’Aujourd’hui, jusqu’à la fin juin. Voir dates et réservations : www.theatredunordouest.com ou appeler le théâtre : 01 47 70 32 75