24 juin 2013

La vie de Galilée, de Bertolt Brecht

Traduction Eloi Recoing, mise en scène Christophe Luthringer
Avec Régis Viachos, Aurélien Gouas, Charlotte Zotto, Philippe Rilcer, Jean-Christophe Cornier ou Gille-Vincent Kapps
« Pourtant Elle tourne ! » Elle : notre terre… la vôtre. Cette affirmation fut considérée comme gagesque par toutes sortes de savants et autres personnages prestigieux au temps de la Renaissance. Pourtant Galileo est certain que « le doute est le père de la création ». Lunette astronomique à la main Régis Viachos qui est Galilée cligne beaucoup des yeux et a adopté la barbe raisonnable et le regard à la fois inquisiteur et rassurant qu’on aime sur les portraits du génie que fascinaient les étoiles. Et l’équipe d’une demi-douzaine de comédiens qui l’entoure fait de l’œuvre redoutable de Brecht une aventure déjantée et joyeusement surréaliste. Faut-il vous rappeler que le texte original fait durer la pièce quatre solides heures et que quarante-trois personnages y officient. Au Lucernaire ça décolle très vite et le rythme devient fou. Les comédiens mâles se convertissent en femelles et vice-versa, le tout à l’aide de dizaines de costumes, perruques et maquillages aux sourcils extra-terrestres pour clowns blancs. Au centre du plateau un grand coffre noir sur lequel tous peuvent s’asseoir et qui leur sert également de table de travail. Le voilà qui s’ouvre : à l’intérieur du couvercle un mini rideau rouge dont s’extraira - entre autres - de cette boîte un personnage qui, chahuté, atterrira à plat ventre sur la scène ; mais vous aussi serez chahutés en permanence et Galilée également qui se retrouve torse nu essayant de redresser le cours du temps, de remettre en selle la vie réelle et de recliquer sur la vérité vraie. Mais le carnaval a repris : on sourit et rit, on pense et repense. Et tout tourne aussi bien qu’ « Elle », vous aurez compris ! Régis Vlachos à la tête de la Compagnie du Grand Soir de sa Seine-Saint Denis a présenté ce redoutable court-circuit de Brecht en Avignon au festival-off l’été dernier. Pourquoi celui qui avoue avoir été professeur dans une existence précédente est-il devenu cet autre lui-même ? « Parce qu’il y a des choses importantes qu’on ne peut dire seulement que sur une scène ». Dont acte !
Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 21 heures 30, jusqu’au 21 septembre. Réservations : 01 45 44 57 34