13 novembre 2013

La douce, d’après Fédor Dostoïevski

Traduction et adaptation de Guillaume Tavi
Mise en scène Guillaume Tavi, avec avec Chloé Dunn et Guillaume Tavi.
La nouvelle est courte et la version scénique qui nous est offerte est percutante tant les deux comédiens sont à la fois rigoureux et touchants. Lui arbore un pantalon ordinaire et une simple chemise blanche et Elle, blonde jeune fille d’autant plus sexy qu’elle refuse de vouloir l’être porte une gracieuse robe longue toute aussi blanche et a son violon à la main. Elle en joue avant de parler et le ton et le paysage sont donnés : la Douce est d’abord musique et écoute. Lui a investi la parole convoquant les mots et les phrases qu’il enchaîne et qui sont les armes dont il se servira pour tenter d’expliquer et défendre ce qu’il croit être sa position. Il lui faut étaler et légitimer ses griefs de mari incompris, autant que ses vrais regrets. Il a aimé cette douce au point de l’épouser et l’aime toujours. Au centre du plateau seulement un petit coffre avec posée dessus une élégante paire de bottines. Les lumières resteront plus que tamisées, car Elle va vite se réfugier dans ce fauteuil au pied duquel Elle a déposé son instrument. Lui continuera de dire, d’expliquer, mais Elle a choisi de dormir, même s’ils ont eu une tentative d’explication: ces confrontations joliment ponctuées de mains ouvertes se rejoignant comme pour un jeu d’enfants se tenant par la barbichette. Et puis la voix de l’homme qui finit par comprendre qu’Elle ne s’éveillera plus. On pense à des personnages chers qui, submergés par leurs doutes et assommés par les paroles de ceux qui se sont mis à leur faire des reproches, choisissent de s’évader. Toujours aussi gracieuse mais devenue fantomatique Elle s’est endormie dans le fauteuil central, s’est réveillée et puis ré-endormie. Quant à Lui ? Les lumières ont joliment décliné, arrive un noir qui ne résout rien. Le soir où nous avons tellement aimé cette Douce le public vibrait intensément : à vous de prendre son relais.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre des Grands chefs-d’œuvre du théâtre. Jusqu’au 2 mars 2014 ; dates et réservations : 01 47 70 32 79.