29 mars 2013

Super heureux ! de Silke Hassler

Traduction Silvia Berutti-Ronelt, mise en scène Jean-Claude Berutti avec Vincent Dedienne et Julie Delille
L’idée et le scénario fonctionnent bien : soit une rencontre puis une romance entre deux voisins de palier. Elle n’a pas vraiment fermé sa porte et Lui débarque sous prétexte de lui demander des préservatifs : il en manque et sa douce va vite être là. Ils sont jeunes, séduisants, dynamiques, bourrés de talents et avec des avenirs radieux. Elle : tenue décontractée, pantalon et longs cheveux sexy, a un amoureux superbe dont l’énorme photo glamour s’affiche sur le mur de son studio derrière un canapé super-sympa. Lui, lunettes et mini moustache pour intello est tellement impatient de fonctionner avec sa partenaire qu’il en a boutonné sa chemise à carreaux n’importe comment. Ils vont se revoir pour se re-raconter ; vous avez compris qu’ils ont besoin de confidents, à défaut de psys, et que leurs supposés partenaires sont fictifs ! Quant à leurs réels talents et performances ? Tout aussi inventés ! Arrive donc ce que, malins, vous aviez subodoré. Super-largués ils avaient tout concocté. Mais qu’imaginer de l’amour que ce Roméo va porter à sa Juliette sans balcon puisque du même étage ? Peu importe. Mais saluons ces comédiens dynamiques, charmants et charmeurs. Donc vive ce « Total Glücklich ! »
Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 19h15, jusqu’au 27 avril. Réservations : 01 42 36 00 50 et 08 92 68 36 22.

28 mars 2013

Festi-Mal de Evelyne Sellés-Fischer

Ou 'A propos d’un théâtre où il ne se passe rien'
Avec Lyne Sellès-Fischer
« Le théâtre est un gâteau dont on ne garde que la cerise posée dessus », « Il faut remettre en cause les règles traditionnelles, il faut quelque chose de métaphysico-plus qui relève du sacré, un prétexte à dire le monde », mais aussi « choisir entre texte et action. » Vous vous demandez s’il faut s’alarmer ou commencer à pouffer de rire. Le charmant petit théâtre Pandora niché au fond d’une cour près de la Bastille programme un spectacle vengeur qui est un magistral pied de nez adressé à tous ces metteurs en scène et théoriciens prétentieux et intellos qui préconisent un théâtre du vide, du rien, mais surtout pseudo-psychologisant à tout va. Seule en scène, face public, assise derrière cette longue table de conférences recouverte d’un tissu noir la jolie journaliste a devant elle des fiches portant le nom de cinq metteurs en scène qu’elle est censée interviewer à tour de rôle, mais elle se met dans leur peau et les singe. Quand on en arrive au quatrième, Lyne est devenue Dieudonné Mbaye avec des intonations africaines genre ‘la-di-don’. Et elle aura réglé ses comptes avec presque tous les théâtreux et directeurs de festivals qui ont compté au vingtième siècle, quand apparaîtra une jeune fille avouant qu’elle a eu envie de retourner à Racine, Corneille, Shakespeare, « ces fondamentaux-là ». La journaliste clame « vous me ravissez ! ». Dans sa dernière réplique elle souhaite que « au cours de ce festival (…) ce soit la beauté qui l’emporte ». Vous avez compris qu’il était question du festival incontournable qui a lieu chaque été dans la cité des Papes et où dans le « IN » on voit des tas de choses prétentiardes dont on sort navré. Au Pandora vous hurlerez de rire.
Théâtre Pandora, 30 rue Keller (Paris 11ème) 01 42 78 36 50. A 21 heures : lundi 8 ; du mercredi 10 au lundi 15 ; mercredi 17 avril.

25 mars 2013

La Valse des Matadors de Natalia Finzel Romanova

Comédie en trois actes
Mise en scène Olindo Cavadini, avec Françoise Dehlinger, Sofia Efraimsson, Sarah Ginevra, Amelie Guillot, Jeaninne Milange, Valentin Terrer
La chose se veut tumultueuse et dénonciatrice de ces travers qui font des acteurs et actrices des êtres hyper-narcissiques, donc grotesques. Les comédiennes sur-jouent (style ancienne «comédie-fran-ç-aî-aî-aî-ze») à en donner le vertige, elles cabotinent. Cela aurait pu être drôle ou simplement rigolo, mais ce texte même au degré zéro- pointé est une démarche qui laisse perplexe. Le pitch ? Nous sommes dans la loge d’un théâtre où se donnera dans trois semaines une pièce existentielle en trois actes, actuellement en répétition. Et c’est là que les vraies choses se disent avec règlements de comptes entre théâtreuses et le commentaire intelligent mais sulfureux de leur unique partenaire masculin. Entracte annoncé, ouf ! Sonnerie : c’est reparti : nous tournant le dos, tous rejoignent le plateau. On se demande à nouveau si une conclusion intéressante peut être envisageable. Les costumes superbes sont du genre déguisements, mais les accessoires pléthoriques sont réalistes. Cette salle d’attente, alias loge de théâtre, que les cinq ‘elles’ et leur seul ‘il’ (Valentin Terrer remarquable comme toujours) vont déserter pour aller faire leur numéro sur le plateau, est jonchée de boîtes des pilules dont tous se sont gavés pour avoir « la pêche ». Stop ! La metteur (e) en scène qui en a déjà plus qu’assez menace de démissionner ; notez qu’elle a perdu le texte du troisième acte dont elle n’avait pas envisagé de faire un double : donc il va falloir improviser. N’en jetez plus. Allez voir cette 'Valse' et assurez-nous que nous n’y avons rien compris.
Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 20 juin. Dates et réservations: 01 47 70 32 75.

18 mars 2013

Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo

Adaptation : Marie Popovici
Mise en scène Nicolas Luquin, avec Maïlis Dupont et David Mallet
L’homme se prépare à subir la peine capitale en Place de Grève. Son compte à rebours, donc son calvaire au cachot de la prison, est décrit et analysé par lui d’une façon de plus en plus bouleversante. Pénombre propice aux confidences et décor minimaliste : d’abord une table modeste et des chaises et à cour une cuvette avec de l’eau et un gant de toilette. Au fil des confidences, pendant les noirs scéniques meubles et accessoires sont évacués. L’homme pieds nus et en tenue de toile sait à peu près le nombre d’heures qui lui restent à passer sur cette terre, mais il espère qu’à la dernière seconde il sera gracié par son souverain. Son crime qu’il ne nie pas ? On ne saura jamais en quoi il a consisté, mais cet homme tendre, attentionné, est plus qu’attendrissant et nous sommes de plus en plus touchés par sa confession. Et perturbés par les apparitions successives du geôlier, du juge etc… bref de tous ceux qui sont chargés de veiller à ce que la sentence soit exécutée et que justice soit rendue. On s’enfonce avec cet homme qui sombre, grâce à David Mallet interprète du condamné, comédien bouleversant dont on admire la démarche et le travail. Maïlis Dupont joue les nombreux rôles masculins de ceux qui veillent sur le prisonnier ou le surveillent, puis celui de la jeune Marie qui le croyant mort est admise à lui rendre visite dans sa geôle : ultime grâce pour ce grand-père. Pour elle c’est certes une gageure, pour nous c’est également dérangeant. Des musiques off classiques escortent les confidences de l’âme de cet homme aussi troublé que troublant. Allez découvrir ce que Nicolas Luquin et ses camarades vous offrent au Théâtre du Nord-Ouest cette saison.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Paroles d’aujourd’hui, jusqu’au 23 juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75

11 mars 2013

Nuit, un mur, deux hommes, de Daniel Keene

Traduction : Séverine Magois
Mise en scène Cédric Grimois, avec Philippe Blanchard et Jean-Pierre Bernizeau
Sur le plateau un banc et tout ce que des clochards ordinaires récupèrent pour vivre ou survivre sans être obligés de s’enfourner dans un de ces centres où la nuit, endormis, ils seront agressés et dépouillés des quelques pièces ou billets qu’ils ont réussi à se faire donner en faisant la manche. Putain ! Ils se racontent leurs faillites successives, putain ! Et quand l’un s’endort sur un matelas à drap blanc plutôt douteux, l’autre sort d’une grosse poubelle en plastique de quoi grignoter. Il vient à l’avant-scène et parle à celui ou celle qu’il aime ou qu’il a aimé. Ce serait touchant mais putain ! Tous deux de nouveau face à face se refont des scènes de faux-ménage, putain ?... Pardon ! mais ce mot putain est utilisé plusieurs dizaines de fois par l’un comme par l’autre durant ce spectacle d’un réalisme forcément confondant. Il ressemble à une sorte de serpillère plus que grise ayant servi à nettoyer de bonnes pièces contemporaines écrites sur le sujet, récupérant des poussières répugnantes mais… putain ! Et ça repart : « toi tu penses comme ça, mais moi… » Très vite on a décroché, même si la mise en scène hyperréaliste est réussie et si les comédiens sont très bons. Putain, quel dommage !
Théâtre du Nord-Ouest, voir dates et réservations : 01 47 70 32 75

08 mars 2013

Bouvard et Pécuchet d’après Gustave Flaubert

Adaptation et mise en scène Vincent Colin, avec Roch-Antoine Albaladéjo et Philippe Blancher
On serait tenté de recourir à des tonnes de qualificatifs louangeurs pour un spectacle que nous avons adoré au point de vouloir retourner le voir encore et encore en compagnie de nos amis, connaissances, des gens que nous côtoyons dans des ascenseurs ou qui font avec nous la queue devant des caisses de supermarchés, ou même piétinent sur les quais du métro. De ceux dont on pressent qu’ils vont vous dire : « vous savez, le théâtre ça n’est pas trop ma tasse de thé et puis…». Vous leur auriez rappelé que quand même : Flaubert, etc. et que s’il n’avait pas réussi à terminer le roman dont cette petite merveille est tirée il avait des raisons aussi étonnantes qu’étranges. Peine perdue ? Bouvard et Pécuchet tous deux copistes encravatés aux costumes stricts se rencontrent par hasard dans une artère animée de la capitale ; ils sympathisent, échangent leurs points de vue sur l’existence, décident de se revoir régulièrement. Quand Bouvard apprend qu’il vient d’hériter d’une somme colossale à lui léguée par son « parrain » qui n’est autre que son vrai géniteur, nos compères décident d’aller vivre loin de Paris dans une maison à la campagne. Ils atterrissent en Normandie où ils continuent de s’entre-expliquer les paradoxes de l’existence, mais là ils festoient, voisinent avec des gens simples et authentiques, Pécuchet fricotant avec une servante accorte qui, bien sûr et hélas, sera à l’origine… d’ennuis vénériens. Ils se concertent toujours et se déconcertant un peu plus chaque fois philosophent à tout-va jusqu’à ce que l’envie de finir de vivre les prenne. Rassurez-vous : ils réintégreront la capitale, se remettant chacun à sa table de travail. La mise en scène et la scénographie sont stupéfiantes. Accessoires malins devenant quasiment aussi essentiels que le texte. On pouffe. Bruits effarants ou rafraîchissants, lumières ébouriffantes, nouvelles voix « off » : donc pour nous c’est « ouf !» Courts intermèdes où les personnages plaquent leurs paroles censément existentielles sur des airs de chanteurs jazzesques reconnus. Ce qui nous fait jubiler, outre les astuces de mise en scène avec accessoires parlants ou désopilants, c’est la performance des comédiens. Bouvard est du genre charmant serveur dans un bar pour votre café du matin : comédien parfait il sourit en permanence, c’est mieux qu’un cadeau. Son Pécuchet nous la joue un brin renfrogné, tirant des conclusions de trop de conclusions.
Lucernaire, Théâtre Noir, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 15 heures. Réservations : 01 45 44 57 34

06 mars 2013

La mort de Marguerite Duras, d’Eduardo Pavlovsky

Traduction Françoise Thanas
Mise en scène Bertrand Marcos avec Jean-Paul Sermadiras
Seul en scène, huit panneaux bien répartis le cernant à jardin, au fond de la scène et à cour le comédien raconte d’une voix qu’il module si bien. Nous autres avons été avertis que sa Marguerite n’est qu’un prétexte et qu’il est seulement question d’une mouche qui va quitter la vie ; comprenez passage d’un monde à un autre dont on a tout dit mais dont on sait si peu et l’auteur moins encore. Cela se veut métaphysique, mais l’impression que nous éprouvons vite c’est d’être bloqués dans la cage d’escalier d’un immeuble d’une dizaine d’étage mais dont l’ascenseur ne fonctionne pas. On se dit : hélas le sommet d’un Himalaya voire d’un moindre Mont-Blanc n’est surtout pas en vue. Passe pour les confidences avec détails intimes qui veulent faire de cette pièce un psychodrame percuteur et dynamiteur avec remises en questions existentielles tous azimuts. Celle que nous nous posons serait plutôt : pourquoi cette pièce du señor argentin Pavlovsky (la seule de lui traduite en français) a-t-elle atterri à la Manufacture des Abbesses qui programme régulièrement des œuvres étranges mais exigeantes. Notez que si la mise en espace existe à peine car tel est le choix du metteur en scène, les lumières seules sont remarquables.
La Manufacture des Abbesses, jusqu’au 24 avril, du dimanche au mercredi à 21 heures. Réservations : 01 42 33 42 03

04 mars 2013

Divorcer de Jean-Luc Jeener

Mis en scène Olivier Bruaux, avec Camille Timmerman, Isabelle Hollensert, Frédéric Thérisod
Une table, deux chaises, un minimum de décor, mais des accessoires troublants que l’on découvre petit à petit et qui sont des guirlandes, de celles qu’on déploie dans les salles où sont célébrés les mariages. On y fête joyeusement maintenant les divorces en compagnie de famille(s) à vite recomposer. Monsieur est archi-sympathique, il a l’air bonasse et prêt à tout négocier pour retrouver une certaine paix. Notez qu’il joue de l’harmonica: c’est surtout un artiste. Madame ? On dirait une ancienne 'pin-up' à la tenue redoutablement sexy. Leur 'petite' c’est une Alice d’une quinzaine d’années avec sur les genoux un gros nounours. Elle se réfugiera loin de ses parents, assise par terre, puis se rapprochera d’eux et s’installera à leur table. La confrontation commence. « Pourquoi divorcez-vous ? » La mère : « parce que nous ne nous supportons plus, tout a un temps. » Alice : « Mais vous vous êtes aimés et moi je vous aime ». La mère : « oui, mais ça ne nous suffit plus. » On apprend qu’elle a opté pour une psychanalyse ; son argumentation est intelligente et irréprochable, malgré les présupposés erronés de cette thérapie. Tout va tourner très vite en rond : Alice est au filet, Lui et Elle entrent ou sortent de scène. Elle embrasse systématiquement sa fille qui n’arrête pas de demander : « Pouvez-vous envisager de prendre votre décision plus tard » ? C’est apparemment gagné, la petite s’est installée au centre de la table soit à la place de l’arbitre. Ouf ? Surtout pas, car ça repart et retourne en rond, parce que Madame ne supporte pas, a le droit ( ?...) de ne plus supporter. Cette pièce courte et percutante est servie par des comédiens étonnants. Isabelle Hollensert est une mère ravageuse, Frédéric Thérisod est le genre de père qu’on aimerait avoir aimé, même si… Quant à la jeune Camille Timmerman, l’adolescente qui veut toujours tout questionner, mettant ses parents régulièrement K.O, elle vous enverra vite au tapis, vous aussi.
Théâtre du Nord-Ouest, en alternance jusqu’au 23 juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.