21 août 2013

Le Journal d’une femme de chambre, d’Octave Mirbeau

Mise en scène Nicolas Luquin, assistant Leman Jovanovic, costumes Frédéric Morel
Avec Isabelle Hollensett.
Mirbeau est le dénonciateur des toutes sortes d’injustices, et de mystifications, et bien sûr des religions qui dissimulent voire bénissent tout ça. Il fait se désenchaîner puis se déchaîner une femme dite « de chambre » comprenez une femelle de caste inférieure vouée à faire la révérence devant un patron, une patronne qu’elle connaît plus qu’intimement puisqu’elle leur sert de serpillière. Célestine (prénom pour sainte femme n’est-ce pas?) au cœur de tout cela nous le conte dans la version théâtrale du roman d’Octave. Isabelle est belle, pulpeuse et élégante et se démarque tout à fait de ces gravures datant de l’époque de l’auteur qui nous montrent une femme en bout de parcours au dos déjà courbé et qui ne pourra prendre aucune retraite. Mais les patrons auront la charité de la faire inhumer dans un caveau public près de la chapelle aristocratique dominant toutes les autres du cimetière. La comédienne, elle, évolue dans un décor avec à cour un lit sommaire et à jardin une petite table qu’elle garnit d’assiettes et de couverts. Et puis en coulisse elle ôte ou remet et renoue son tablier blanc. Noirs successifs : le lit a été remisé, et une autre bête de scène prend le relais de la servante. On vous fera grâce de la suite et du personnage de Joseph avec lequel elle tentera de… mais une fois de plus vous aurez été bluffés par cette comédienne déjà souvent admirée dans des rôles et des pièces majeures au Théâtre du Nord-Ouest. Et vous aurez apprécié la mise en scène et en espace aussi sobre qu’ingénieuse.
Théâtre du Nord-Ouest, en alternance dans le cadre des Grands Chefs-d’Œuvre jusqu’au 27 octobre. Dates et réservations : www.theatredunordouest.com : 01 47 70 32 75

15 août 2013

Macbeth, d’après William Shakespeare

Théâtre de clown
Mise en scène Maria Zachenska en collaboration avec Pierre Cornouaille,  avec Louis-Jean Corti et Maria Zachenska, compagnie Parallèles.
Soit des sous titres du genre clins d’yeux : 'compagnie Parallèles', 'spectacles hors normes' et d’abord 'théâtre de clown'. Naïfs nous étions loin d’envisager ce que cela voulait dire, et comme à l’ordinaire nous sommes allés à Belleville les yeux fermés dans ce théâtre que nous aimons tant. Youpiiiiiie ! Une fois de plus c’était le bon choix, la bonne pioche. Macbeth et son copain Shakespeare (serait-ce l’inverse ?) sont astucieusement revisités par deux comédiens-danseurs-mimes et quoi d’autre encore ? qui habitent la scène comme s’ils l’avaient inventée. Rideaux forcément noirs, passages alias fentes entre-rideaux, nez rouges lesquels s’ils faussent les visages ne nous crèvent surtout pas les yeux : c’est parti pour un marathon surréaliste. Lui et Elle plus Elle et Lui sont une clique qui embauche et endosse tous les personnages voulus par leur prince William et qu’ils ont revisités et dépouillés de leur pesanteur tragique. Clownesques à deux cents pour cent Louis-Jean et Maria le sont mais dans une grande tradition qui n’a pas besoin de piste de cirque : leur prodigieux cirque à eux, ils l’ont dans la tête et dans les neurones. Et nous nous connectons illico avec eux. Comme ils souhaitent qu’on le dise « Leur regard clownesque est un verre grossissant. Il révèle la fraîcheur du grand classique comme lavé par la pluie de l’innocence. » Allez basculer, tanguer et pirouetter avec eux ; pour vous le temps ne passera pas, ne passera plus. Notez que la pièce dure 1heure 05 mais qu’on aimerait qu’elle ne s’arrête pas, et qu’elle est de celles qu’assurément on retournera voir. Vous serez dans la salle ce soir-là, n’est-ce pas ?
Théâtre de Belleville, du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15 heures, jusqu’au 8 septembre. Réservations : 01 48 06 72 34 et www. theatredebelleville.com.

10 août 2013

Week-end en ascenseur

Comédie de Jean-Christophe Barc
Mise en scène : Michaël Cohen
Avec Pierre-Louis Bonnat, Stanislas Châble, Barbara Lambert, Véronique Martin.
Un ascenseur se muant en scène de spectacle devient un lieu théâtral dont on peut se servir pour un plus que fascinant huis-clos, n’est-ce pas mesdames et messieurs? Pour Sartre ils n’étaient que trois, ici ils sont quatre. Mais leur week-« end » serait la fin de quoi ? Ces 'enfermés' sont deux beaux jeunes messieurs - dont l’un aux fines lunettes d’intello – qui se donnent à fond ; quant à leurs jeunes dames : l’une grande, hardie et empanachée de cheveux d’un blond de rêve avec des chaussures à talons si hauts qu’elle les abandonne vite, rassurez-vous ; l’autre babille telle un moineau, regarde à droite et à gauche avant de se ré-envoler. Bruits tonitruants : pannes, courts circuits et boum ! Les lumières sont devenues forcément folles. Ça a déjanté et disjoncté. Résultat des courses : n’allez surtout pas chez votre 'psy' après avoir vu ce spectacle. Vous en avez compris et vous en savez forcément bien plus.
Le Funambule Montmartre. Du mercredi au dimanche à 20 heures. Réservations : 01 42 23 88 83 et www.funambule-montmartre.com. Jusqu’au 31 août.

03 août 2013

L’Ours, d’Anton Tchekhov

Adaptation, mise en scène et costumes : Monique Beaufrère
Avec Alice Dhume, Gérard Duval, Michel Brun
Tchekhov, médecin-écrivain (cf : notre Louis-Ferdinand C.) se voulait surtout auteur comique ; tous les rouages et les ratages de l’homme ordinaire constituaient sa cour de récréation - vous auriez dit re-création ? - Monique Beaufrère a pris le parti de faire rugir son comédien principal sous prétexte qu’il veut récupérer l’argent que lui doit une très jolie jeune dame en longue robe noire, veuve plus qu’impeccable et apparemment non récupérable. Cependant qu’un joli jeune homme joue le domestique de la charmante, apparaissant quand il le faut, et puis laissant sa maîtresse aux prises avec l’ours et enfin dans les bras de ce dernier. La pièce est courte bien sûr, et sa metteur en scène la fait jouer de façon simpliste voire résolument clownesque. C’est un choix.
Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de « Les grands chefs-d’œuvre du théâtre d’hier et d’aujourd’hui », 01 47 70 32 75 ; voir dates : www.theatredunordouest.com.