30 novembre 2013

La liste de mes envies, d’après le roman de Grégoire Delacourt

Mise en scène Anne Bouvier, avec Mikaël Chirinian.
Reprise de ce spectacle pour cause de critique positive unanime dans cet étonnant théâtre nord-montmartrois ; vous vous souvenez qu’à deux pas de là vivait Jean Marais et que presque en face Tania Balachova avait installé son cours de théâtre fréquenté entre autres par Michael Lonsdale : donc un lieu inspiré. Pourquoi commencer ainsi ? Parce que nous sommes assez mal à l’aise pour vous parler de ce seul-en-scène de qualité certes, mais… L’acteur à la barbe de quasi-ayatollah ou pour anachorète est performant, mais microté, pardon ‘sonorisé’ dans un lieu où un comédien avec une belle et bonne voix suffit à se faire entendre et aimer sans cela. L’adaptation du roman est effectivement astucieuse et cette Jocelyne, mère de famille modeste qui vient de gagner à la loterie et ne sait que faire de l’argent qui lui dégouline dessus est touchante. Nous avons été sensibles par la mise en scène et en espace, aux accessoires plus que malins et à ces fils (à la patte ?) enjambés par Michael vers la fin de sa prestation. Tous nos saluts à l’équipe.
Ciné 13 Théâtre, mercredi, jeudi, vendredi à 20 heures, samedi à 17 heures, dimanche à 16 heures. Réservations : 01 42 54 15 42.

27 novembre 2013

Les Chiche-Capons : La 432

De et mise en scène par Les Chiche Capon avec Fred Blin, Patrick de la Valette, Ricardo Lo Giudice, Mathieu Pillard.
Nous attendant à un spectacle d’abord musical nous nous sommes retrouvés dans le chaos intégral de voix déglinguées provenant des coulisses ; ça couinait dans le noir. Débarquent quatre messieurs dont l’un, du genre petit et rond, ressemble à Dario Moreno, un autre très grand dont le pantalon n’arrive pas à atteindre les chaussettes, un autre encore trop beau du genre Don plus que Juan et enfin ce dernier aux lunettes gigantesques et à la chevelure blonde diablement longue ; notez aussi sa quasi-absence de vêtements : c’est un extra-terrestre du genre animal en cours d’apprivoisement, mais très agité et pas seulement du bocal. Ça démarre, le feu peut prendre mais d’abord au sens propre quand ils allument une espèce de torche crachant des étincelles plus ravageuses que celles d’un feu quatorze-juillettiste ; et des cavalcades s’ensuivent, les Chiche enjambant les sièges, chevauchant les spectateurs, rang après rang, les titillant avec leurs fausses battes de bèzebaule… ces Chiche que nous aimons depuis toujours, finalement se mettent à jouer d’instruments de musique qui feront de cette soirée un redoutable empêchement de dormir. Le soir où nous étions aux Béliers une vingtaine de jeunes filles et de jeunes gens étaient là, accompagnés par le directeur de leur cours de théâtre : on comprend pourquoi. Ces futurs comédiens plus qu’enthousiasmés interviewaient le public à la sortie des Béliers. Un certain relais est pris, un relais savoureux, magique et nécessaire.
Théâtre des Béliers Parisiens mardi, mercredi, jeudi à 19 heures. Réservations : 01 42 62 35 00.

21 novembre 2013

Cinna ou… la clémence d’Auguste, de Pierre Corneille

Mise en scène de Jean-Luc Jeener
Aucun élément de décor ; seules trois chaises curules schématiques et noires. La mise en scène est plus que sobre, les déplacements symboliques des comédiens se font dans un calme glacial ; cela au début. Tout est lent et les personnages martèlent leurs alexandrins ‘fermant’ leur sens au bout de douze pieds, mais Auguste - homme vraiment clément - les enchaîne pour nous les adresser chaleureusement. Il est vrai que lui seul est remué par ce qu’il sait constituer ses devoirs d’empereur devant assurer l’ordre et faire respecter une loi souvent plus qu’inhumaine et cruelle. Et puis voici les passions humaines, le désir de vengeance qu’elle juge sacrée d’
Émilie , fille dont le père a subi le châtiment réservé à ceux qui conspirent et seraient fiers de devenir régicides, tant ils croient avoir le droit pour eux. Auguste doit périr et Cinna, amoureux de la fière jeune Émilie romaine, va être l’exécuteur de l’empereur. Des amis se sont ralliés à eux, et tout aurait pu se dérouler rapidement si Auguste n’avait pas eu vent de cette conspiration. Torturé par ses doutes, il nous offre des monologues superbes et son épouse, belle, généreuse et qui lui fait confiance, apparaît. Dans le camp adverse Émilie a fait succomber à son charme tous les conspirateurs recrutés par son amant. Ici Corneille nous surprend et nous touche quand il nous montre des hommes aveuglés par la passion qu’ils ont pour une telle femme. Troublée par eux et leurs désirs, différera-t-elle l’accomplissement de sa décision ? Les déplacements sont plus rapides, le rythme plus soutenu, et l’émotion plus violente. La fameuse scène où Auguste convie Cinna à rester assis pour entendre son verdict est remarquable: Cinna est de plus en plus raide et figé tandis que son empereur est devenu un vrai père… « Le lait de la tendresse humaine » ? Une équipe de comédiens étonnants et touchants sert Corneille, au Théâtre du Nord-Ouest dans le cadre de la deuxième partie de Les grands chefs-d’œuvre du théâtre jusqu’en mars 2014. Voir dates et réservations : www.theatredunordouest.com ou appeler le théâtre : 01 47 70 32 75.

13 novembre 2013

La douce, d’après Fédor Dostoïevski

Traduction et adaptation de Guillaume Tavi
Mise en scène Guillaume Tavi, avec avec Chloé Dunn et Guillaume Tavi.
La nouvelle est courte et la version scénique qui nous est offerte est percutante tant les deux comédiens sont à la fois rigoureux et touchants. Lui arbore un pantalon ordinaire et une simple chemise blanche et Elle, blonde jeune fille d’autant plus sexy qu’elle refuse de vouloir l’être porte une gracieuse robe longue toute aussi blanche et a son violon à la main. Elle en joue avant de parler et le ton et le paysage sont donnés : la Douce est d’abord musique et écoute. Lui a investi la parole convoquant les mots et les phrases qu’il enchaîne et qui sont les armes dont il se servira pour tenter d’expliquer et défendre ce qu’il croit être sa position. Il lui faut étaler et légitimer ses griefs de mari incompris, autant que ses vrais regrets. Il a aimé cette douce au point de l’épouser et l’aime toujours. Au centre du plateau seulement un petit coffre avec posée dessus une élégante paire de bottines. Les lumières resteront plus que tamisées, car Elle va vite se réfugier dans ce fauteuil au pied duquel Elle a déposé son instrument. Lui continuera de dire, d’expliquer, mais Elle a choisi de dormir, même s’ils ont eu une tentative d’explication: ces confrontations joliment ponctuées de mains ouvertes se rejoignant comme pour un jeu d’enfants se tenant par la barbichette. Et puis la voix de l’homme qui finit par comprendre qu’Elle ne s’éveillera plus. On pense à des personnages chers qui, submergés par leurs doutes et assommés par les paroles de ceux qui se sont mis à leur faire des reproches, choisissent de s’évader. Toujours aussi gracieuse mais devenue fantomatique Elle s’est endormie dans le fauteuil central, s’est réveillée et puis ré-endormie. Quant à Lui ? Les lumières ont joliment décliné, arrive un noir qui ne résout rien. Le soir où nous avons tellement aimé cette Douce le public vibrait intensément : à vous de prendre son relais.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre des Grands chefs-d’œuvre du théâtre. Jusqu’au 2 mars 2014 ; dates et réservations : 01 47 70 32 79.

La Cerisaie, d’Anton Tchekhov

Mise en scène Coralie Salonne
La Compagnie de l’Incartade présente une douzaine de comédiennes et comédiens jeunes et beaux, qui évoluent comme des danseurs dans ce vaste espace de l’étonnante salle Laborey. C’est festif, une petite musique de fond est là et ils dansent pour nous communiquer leur joie d’exister, et de retrouver leur adorable 'petite Maman' ou maman adoptive : cette jeune veuve Lioubov, si généreuse et attendrissante qui revient de Paris où elle avait rejoint un homme aimé. C’est l’été russe, période d’arrivée de ces cerises divines, d’autant plus chéries qu’elles ne murissent que tous les deux ans. Le charme du domaine familial leur doit tout. Malheureusement il va falloir le vendre car Lioubov s’est ruinée. Lopakhine, fils de serfs et homme rustique donc malin et devenu riche est toujours dans le sillage de Lioubov. Il est amoureux de l’une des jeunes filles et pourrait aider ou conseiller la propriétaire, mais elle ne l’écoute surtout pas. On connait la suite et on aime la fin. Tout ce joli monde -ou presque- repartira pour…peu importe. La demeure sera fermée mais provisoirement puisque Lopakhine a fini par avouer l’avoir rachetée et souhaite la transformer en lieu où des petites maisons accueilleront des gens de condition modeste. Lioubov un temps anéantie et assaillie par toutes sortes de doutes existentiels pleure dans les bras de son frère, quant au très vieux domestique Firs, il s’est laissé enfermer dans la maison d’où il ne sortira plus. Rideau. Cette pièce poétique et métaphysique écrite au soir de la vie de son auteur est un chef d’œuvre que Coralie Salonne nous propose dans des décors simples mais des costumes gracieux. Muriel Adam est une Lioubov du genre femme de tempérament et sans complexes, elle mène épatamment la partition d’un auteur qui était aussi médecin aimant nous bercer et nous soigner. La vodka tutélaire que l’on devine ou que l’on boit pour de bon ferait le reste. En 1804 après avoir mis au monde cette pièce, Tchekhov a retrouvé ses ancêtres ; quant à nous, nous le remercions avant de rentrer rêver dans nos HLM.
Théâtre du Nord-Ouest jusqu’en mars 2014, dates et réservations : 01 47 70 32 75 et www.theatredunordouest.com.

11 novembre 2013

Ravel, de Jean Echenoz

Mise en scène Anne-Marie Lazarini, avec Coco Felgeirolles, Michel Ouimet, Marc Schapira et Andy Emler ou Yvan Robillard.
Echenoz a choisi de nous faire revivre la fin de l’existence d’un compositeur brillantissime et rare, mais homme aussi singulier que touchant. Anne-Marie Lazarini est tombée sous le charme de ce roman qu’elle met en scène. Le résultat est si étonnant que cette pièce a récemment obtenu le prix du syndicat de la critique ainsi que celui du meilleur compositeur de musique de scène attribué à Andy Emler. Les comédiens habitent leur texte, ils sont généreux et fascinants comme le sont le décor avec pléthore d’accessoires, la scénographie, la mise en scène astucieuse et regorgeant de trouvailles. Un plateau plus qu’encombré : on dirait un magasin d’antiquaire avec ce petits bassin d’où jaillit parfois de l’eau, et cet autre où Ravel s’assied qui ressemble à un recoin ou une baignoire d’enfant, un paquebot miniature évoquant celui emprunté par Ravel pour gagner l’Amérique, une statue de la Liberté archi-stylisée, et surtout des chaises, des divans, des fauteuils, le tout dans une ambiance bleue pastel. A cour, un piano à queue et ce musicien à la présence réconfortante qui fait tout décoller et convie un Ravel vieillissant mais qui continue à naître de la musique qu’il nous transmet. De canapé en chaise longue, il finit par s’effondrer. Nous restons sidérés et pleins d‘admiration pour le comédien également rigoureux qui incarne le musicien-compositeur ainsi que son partenaire et la dame qui veille sur lui. La critique élogieuse est unanime.
Théâtre Artistic Athévains, jusqu’au 31 décembre, dates et réservations : 01 43 56 38 32.

08 novembre 2013

Mémoires d’Outre-tombe, de Chateaubriand

Lecture par Jean-Luc Jeener.
Que dire des lectures faites au théâtre par des comédiens tous plus prestigieux les uns que les autres ? Qu’elles sont généralement réussies et attirent un public de qualité, même si très vite les « spectateurs » ont l’impression que le lecteur n’a pas forcément consacré beaucoup de temps à la préparation de la soirée tant ils font confiance à leur physique avantageux, à leur voix, à leur talent et à leur expérience, bref à leur empathie reconnue. Mais trop souvent on a l’impression d’avoir à faire à des acteurs ressemblant à des doubleurs de films, situation financièrement plus confortable. Rares sont ceux qui vivent intensément ce qu’ils lisent, parce qu’ils connaissent plus que parfaitement un texte, qu’ils l’aiment passionnément et depuis longtemps, ce qui fait frissonner le public, lequel a du mal à se remettre, mais rassurez-vous, a le cœur enflammé. Jean-Luc Jeener est de ceux-là. Assis derrière une simple table au centre d’un grand plateau, il tourne les pages de cet ouvrage énorme publié en 1849 que constituent les "Mémoires" de cet écrivain mort l’année précédente. Nous voilà embarqués, et la croisière en compagnie de ce Breton sera longue. On se souvient que Victor Hugo (mort deux ans plus âgé que François-René) avait clamé vouloir être « Châteaubriand ou rien ». Or de ces deux-là, lequel est le plus bouleversant ? Le vrai pays de l’aristocrate breton, Jeener le connaît bien et il nous communique son amour et sa fascination pour cette terre d’Armor et la mer qui la baigne mais aussi pour l’homme et sa destinée autant que pour celle de l’univers. Nous lui en sommes reconnaissants autant que nous le sommes pour cette heure qu’il nous offre et vous offrira de nouveau durant cette seconde partie des "Grands chefs-d’œuvre" au théâtre du Nord-Ouest.

Programme et réservations : www.theatredunordouest.com ; téléphone : 01 47 70 32 75.

06 novembre 2013

Une sorte d’Alaska, d’Harold Pinter

Mise en scène Ulysse Di Gregorio, avec Dorothée Deblaton, Grégoire Pallardy, Marinelly Vaslon.
L’Alaska est cette partie extrême-septentrionale des Etats-Unis qui fut russe et se réveilla américaine ; et la jeune femme qui vient de passer seize ans plongée dans l’inconscience étendue dans un lit genre d’hôpital se réveille lentement et doit réapprendre qui elle est et ce qu’elle est devenue. Ce qu’elle se met à raconter est incohérent d’abord. Le médecin debout à son chevet et qui la veille presque tendrement la laisse dire. Est-elle devenue adulte quand elle émerge de son coma ? Elle est assise dans le lit puis se lève et fait quelques pas sur la scène et cela devient le second acte de cette pièce déménageante et qui n’en comporte qu’un en fait. Mais dans la salle nous sommes sous le charme de la comédienne et fascinés par ce qu’elle dit, le temps n’a plus de contenu. Sur l’une des chaises en fer est venue s’asseoir une jeune femme calme qui n’est autres que la sœur de Déborah et l’épouse du docteur-confident malgré lui. La pièce dure 70 minutes ponctuées de silences et pas un instant nous ne décrochons. La fin ? Peu importe : une vraie pièce n’a pas besoin de fin, et nous autres spectateurs sortons de là bouleversés : tout a été remis en question. Merci à Ulysse Di Gregorio et à ses camarades qui ont emmené ce spectacle de l’étonnant Aktéon au Théâtre des Déchargeurs, dont nous voulons redire tout le bien que nous pensons de la programmation.
Théâtre des Déchargeurs, salle Vicky Messica, le lundi à 21h30. Réservations : 01 42 36 00 50.

05 novembre 2013

Velouté, de Victor Haïm

Mise en scène de Nicolas Luboz et David Bottet, avec Rebecca Bonnet, David Bottet, Jonathan Haïm. Vous savourez le titre parce que vous n’êtes surtout pas dans le potage où baignent plutôt nos trois personnages, quoique… Pièce inracontable, Dieu (et Victor) merci ! Deux comédiens aux allures de jeunes gens normaux dans un bureau où l’avenir de l’un est incertain, à l’encontre de celui de l’autre puisqu’il est le patron-embaucheur, le boss quoi ! Une longue dame brune en robe rouge sang archi-moulante va-t-elle faire tout basculer et réduire la pièce à ce que des critiques ont qualifié de « huis-clos » « grinçant » voire « empoisonné » ? Victor a plus de tours et retours dans ses sacs et vous comprendrez vite pourquoi cette pièce qui a cartonné à Avignon-off est reprise aux Abbesses par son équipe.
Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi et samedi à 21h00, dimanche à 17h00. Réservations : 01 42 33  42 03.