22 décembre 2013

L’avare, d’après Molière

Idée originale : Jordi Bertran
Adaptation du texte : Eva Hibernia, Olivier Benoît, Miquel Gallardo ; texte version française : Olivier Benoît ; mise en scène: Olivier Benoît et Miquel Gallardo ; interprétation : Olivier Benoît, Jean-Baptiste Fontanarosa.
« L’avare d’après Molière » … vous avez presque grommelé : 'd’après ?' ou encore vous vous êtes dit : 'quel intérêt !'. Mais vous êtes amoureux de tout ce qui est théâtre et vous avez continué à lire les résumés-commentaires publiés dans les magazines disponibles en kiosques. Il y est seulement question de parti-pris et de version surprenante. Vous êtes montés à Belleville rejoindre ce théâtre si singulier et accueillant. La suite ne se raconte pas. Ce spectacle devrait récolter des Molières interplanétaires. Mais comment tenter de vous expliquer pourquoi ? Reprenons: 'théâtre d’objets' donc de la vie dite ‘courante’. Bien sûr la vie court, comme l’eau dans les ruisseaux, les rivières et les fleuves vers l’océan. Ici c’est un raz-de-marée que l’équipe d’Olivier Benoît provoque. Sur le plateau une longue table nappée de blanc, et dans une semi-obscurité officient deux comédiens à la présence devenant de plus en plus redoutable, aux voix de femmes ou d’hommes, voyez monsieur ronchon ou mademoiselle délectable et ces jeunes gens sexy, amoureux fringants. Poquelin ? Ils le mettent dans leur poche. Cet or sans lequel Harpagon ne peut envisager de vivre tout compte fait est devenu de l’eau, celle du robinet ! Vous avez compris 'éco-l’eau'? Le texte savoureusement et amoureusement déjanté est cependant truffé de vrais vers (verres ?) de Molière et la musique si classique intervenant entre les épisodes… qui vous ont fait décoller, vous donne envie de danser royalement, comme on le faisait sous Louis XIV. Inutile de signaler que ce spectacle a été donné dans un nombre fou de pays et parfois dans d’autres langues que le français où il a séduit tous les publics. Alors pourquoi ne serait-il pas joué au « Français » alias la Comédie Française ? Rêvons-en.
Théâtre de Belleville, mercredi, jeudi, samedi à 19 heures, dimanche à 14 heures 30. Réservations : 01 48 06 72 34.

16 décembre 2013

Journal d’un imbécile, de Benoît Marbot

Mise en scène de Benoït Marbot
Avec Rosa Ruiz, Loïc Haetty, Nicolas Montanari, Cyrille Labbé et Aurélie Tasini
Dix-huit épisodes couvrent la période 1940-1954 soit celle de la deuxième guerre mondiale puis de la guerre d’Indochine et l’auteur avoue avoir rencontré ceux qui ont inspiré les personnages de cette pièce passionnante mais dont le titre est assurément déroutant. Un imbécile est un être qui manque d’expérience et donc court le risque de commettre erreur sur erreur…impardonnables selon Madame de Brémancourt qui qualifie son fils Arnaud d’imbécile mais admire son neveu Gilles, admiration que celui-ci, homme pratique et expérimenté lui rend bien. Madame passe ses journées dans son château à jouer aux tarots, quant à son époux il est grabataire, donc hors circuit. Tout peut commencer et le parcours d’Arnaud, militaire à qui «on ne demande pas de comprendre mais d’obéir », bizarrement marié puis divorcé, s’est vite mis à nous toucher. Il finira par partir pour un Nouveau Monde et le vœu de sa mère sera: « Que le Nouveau Monde t’apporte ce que l’ancien n’a pu t’offrir ! » raillera-t-elle. La mise en scène est à la fois réaliste et schématisée, avec détonations et bruits effroyables mais aussi des musiques classiques de bon ton. Un lit d’hôpital et un paravent apparaissent et disparaissent, une table à repasser avec gros fer électrique moderne aussi, des prie-Dieu nécessaires pour épisode dans une église sont aussi là. Çà tonne à nouveau aux moments opportuns et le public est séduit par la dérision, la tendresse et le réalisme d’un tel journal.
A partir du 28 mars au Centre Culturel de Courbevoie (92400) 11 bis, rue de l’Hôtel de Ville. Réservations : 01 43 33 63 52.

10 décembre 2013

Lomania, de Charlotte Escamez

Mise en scène de William Mesguich
Avec Anne de Broca, Françoise Cadol et Zazie Delem ; assistante à la mise en scène : Charlotte Escamez.
Le titre vous a intrigués, vous avez tapé lomania dans un moteur de recherches et trouvé un mot polonais qui vous a plus déroutés encore, puis vous avez décidé que le mot français…mais oui bien sûr… serait mégalomaniaque, très amputé, mais pourquoi ? De plus en plus perplexes, vous avez atterri à l’Atalante, et alors là quel bonheur ! Trois comédiennes plus que performantes sont sur le plateau, l’une à jardin, la deuxième au centre, la troisième à cour. Trois 'bonnes' femmes ? Voire ! Elles se racontent. Elles : LOla MAria et AntoNIA sont veuves et ont eu des existences plutôt agitées. Assises ensuite sur une table genre salle à manger qu’elles ont recouverte d’une vaste nappe elles se mettent à gigoter leurs jambes, à s’ébrouer, à ricaner, à se donner des coups de coudes ou se serrer l’une contre l’autre. C’est gaguesque, cocasse, mais elles paraissent heureuses, donc nous le sommes aussi - une petite heure durant - même s’il y a une séquence un peu longue où deux d’entre elles nous font l’une une lecture et l’autre un récit qui brisent le rythme de la pièce ; mais cela repart, pour devenir de plus en plus déconcertant et émouvant. A la fin la nuit est tombée avec un ciel constellé d’étoiles. D’immenses lanières traversent l’espace, nos commères comme dégrisées doivent alors les enjamber, et c’est la fin.
Théâtre de l’Atalante, à 19 heures les jeudi, samedi et dimanche à 17 heures. Réservations : 01 46 06 11 90.

07 décembre 2013

Bac à sable, de Michal Walczak

Mise en scène d’Ewa Rucinska, avec Simon Jeannin : LUI, et Ewa Rucinska : ELLE.
Les mères tricotaient ou échangeaient des confidences soulageantes avec d’autres mères, avaient déposé leurs enfants dans des bacs à sable d’où elles étaient obligées de les sortir quand ça criait trop fort et qu’il y avait batailles de pelles, mais elles ramenaient leurs bambins le jour suivant et tout recommençait. Ici les mères ne sont pas là et les bambins sont devenus des gamins ou des adolescents, mais toujours aussi soucieux de ne pas se faire mal comprendre, mal entendre ou prendre pour des minus. Mais le sable leur coule entre les doigts et représente le temps qu’ils ne maîtriseront peut-être jamais. Ewa Rucinska réalise une mise en scène simple et troublante utilisant la porte à jardin pour disparaître et laisser son partenaire (LUI) endosser un blouson, traverser et retraverser la scène et continuer à ressasser ses problèmes dont il ne sait pas qu’ils sont existentiels, à dire aussi ses doutes quant à la qualité des relations qu’il entretient avec ELLE. Il parle à toute vitesse, boulant presque son texte mais fascinant. ELLE entre et sort, changeant de robes et pantalons à chaque fois et devenant de plus en plus sexy sans le savoir non plus peut-être que le vouloir, et finalement élégante avec chaussures à talons hauts. Les lumières sont perturbantes tant elles changent subitement, gagnant brusquement en intensité, et le temps peut alors se laisser bousculé et nous avec. Les cadres de bois qui délimitent le bac sont empilés, désempilés, recadrés, rapprochés. Ils deviennent les murailles d’un château médiéval : « qui va là ? Halte-là ! ». Ils finiront par devenir de simples bancs mis bout à bout prêts à recevoir peut-être des élèves, au sortir du bac et promis à cet autre bac, sans lequel rien de sérieux ne serait envisageable, du moins chez nous, paraît-il. Il ne serait pas sérieux que vous n’alliez pas à la Manufacture aimer le travail si réussi de ce couple pourri de talents et plus que bluffant.
Manufacture des Abbesses, à 19 heures du mercredi au samedi, jusqu’au 28 décembre. Réservations : 01 42 33 42 03 et www.manufacturedesabbesses.com.

06 décembre 2013

Frida Khalo attention peinture fraîche

Ecrit, mis en scène et joué par Lupe Velez avec Damien Dos Santos.
Avec un micro (caché ?) allez au Quartier Latin par exemple et questionnez les passants : « Frida Kahlo qu’est-ce que ce nom évoque pour vous ?» Vous risquez gros, du genre : «ben-heu… » Mais encore : « Non, pitié ! » Parce que la personne interrogée a encore en mémoire des films et des articles dans des revues haut de gamme où paradent des psycho-plus-que quelque chose. N’ayez rien en mémoire à votre arrivée au Déjazet où vous allez découvrir une prestidigitatrice : la comédienne Lupe Velez et son délicieux partenaire Damien Dos Santos, qui officie en douce, mais sans lequel rien ne serait possible, à commencer par cette mise en scène et cette autre en espace, toutes deux pharamineuses avec trouvailles toutes les secondes. Pourtant vous allez souvent au théâtre et vous croyez avoir tout vu et tout compris. Vous ne pouviez envisager que sur les planches débarque cette femme qui va faire tout basculer. Vous sortirez en vous épongeant le front : parce que Frida c’est d’abord et enfin : « Viva la vida ! ». Même si mademoiselle Khalo a vu la sienne raccourcie, amputée, malmenée, et ses talents déniés, reniés, niés. La révolte que provoquent les mutilations d’un corps devenu purgatoire, transcende un enfer où il ne basculera jamais. Soit l’amour d’un mari faillible ou infidèle autant que le sera sa moitié qui n’aura pas pu lui donner d’héritier et l’abandonnera pour se retrouver très vite auprès de lui qui compte pour elle plus que tout. Peinture fraiche : vous n’aviez pas vraiment compris pourquoi ce sous-titre était un surtitre et pourquoi l’affiche montre Frida seins nus entre fers et enfers mais dont le bas du corps est recouvert d’un tendre tissu blanc enroulé pour que des mystères qui n’en sont pas deviennent merveilleux. Nous n’allons pas vous redire combien nous avons admiré et adoré ce spectacle et combien nous sommes reconnaissants à Jean Bouquin, patron du Déjazet, de nous l’offrir pour la quatrième fois. N’attendez pas la cinquième.
Théâtre Déjazet, du mardi au samedi à 20 heures, jusqu’au 13 janvier 2014 ; matinée : samedi et dimanche à 15 heures. Réservations : 01 48 87 42 55.