21 mars 2014

Une petite fille privilégiée, de Francine Christophe

Mise en scène de Philippe Hottier, scénographie et créations lumière Pierre Wendels, création sonore Claude Villères
Francine Christophe est née en 1933, Anne Frank en 1929. Ces deux ‘petites’ puis ‘jeunes’ filles d’origine et de culture juives nous disent ce que le Dieu de leurs prières a attendu d’elles. Parce que Francine a pour père un officier de l’armée française, elle sortira des camps de la mort, mais dans quel état ! Anne Frank, si tendrement protégée par ses parents y a perdu la vie d’ici-bas. Mais les deux surdouées ont écrit, et leurs journaux intimes sont des hymnes à la joie. Francine aime la vie follement mais intelligemment ; elle la traverse, la parcourt, court, lui met le grappin dessus comme si elle lui avait fait ’coucou’ et joué à colin-maillard avec elle. Son Dieu lui donne la possibilité d’aimer ce qu’elle voit à chaque seconde, de découvrir ceux qui l’entourent, même s’ils lui veulent du mal. Mais le mal, mais le bien ? Réponse : des trains, des trains, encore des trains et Bergen-Belsen. Et puis 1945, et les sauveurs russes. On oublie les amas de cadavres, leur odeur, les poux et les têtes rasées, qui faisaient prendre un monsieur pour une vieille dame ou l’inverse, et puis tout le reste, tant le texte est servi par une comédienne exceptionnelle. Fagotée dans une robe intemporelle de bonniche, trainant derrière elle un tabouret minable, elle évolue sur un plateau vide, la toile de fond est grisâtre et parfaitement navrante. Mais l’amour de la vie de son personnage l’irradie en permanence et nous prend en otages. A 12 ans l’auteur a retrouvé la France. Aujourd’hui arrière-grand-mère, elle ne cesse de témoigner. Pour nous autres qui vivons dans un monde si blasé et en demi-teinte, ayant perdu le sens du temps et des vrais repères, elle devient une bénédiction.
Théâtre du Lucernaire jusqu’au 26 avril, du mardi au samedi à 18h30. Réservations : 01 45 44 57 34.