02 mai 2014

Lorenzaccio, d’Alfred de Musset

Vous avez étudié la pièce au lycée, vous y abordiez alors une période dite romantique, et vous êtes tombés plus qu’amoureux de cet attendrissant ex-gamin du genre collégien révolté contre la morgue, la cruauté et l’indifférence des profs (pardon : ces princes) et de tant d’autres hommes de pouvoir qui piétinent tout sans jamais être rappelés à aucun ordre. Ils finissent par se faire supprimer : tout va si vite à cette époque. Vous aviez noté aussi que la pièce a été jouée en son temps par Sarah Bernhardt dans le rôle-titre. Au Nord-Ouest vous serez subjugués par ce Valentin Terrer qui est Lorenzo avec violence, subtilité, autorité, grâce et donne l’impression d’inventer sa partition, ce qui est le privilège des comédiens « habités ». Tous ses partenaires le sont aussi et le metteur en scène au rôle-phare également. La mise en scène fascine car le plateau de la salle réduit les déplacements et favorise ce qui se passe dans les coulisses : soit rumeurs et bruits. Tout dans la scénographie est charnel, intelligent, astucieux et pendant les nombreux noirs la troupe déménage les coffres qui, assemblés, deviennent des lits où les comédiennes et leurs partenaires sont d’une sensualité touchante. Mention spéciale pour ces rideaux dont une paire blanche et l’autre noire masquent les deux portes minces et symboliques qui séparent un monde réel de son indispensable coulisse où tout peut toujours et encore se tramer… jusqu’à ce que… Tout est réglé au presque millimètre et une musique tendre romantise un parcours qui sans elle serait d’une cruauté peu envisageable. N’envisagez rien : allez aimer et admirer Nicolas, Valentin et leur quinzaine de partenaires au TNO, lieu où tout est étrange, donc possible.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 11 juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.