20 mai 2014

Maman revient pauvre orphelin

De Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Stéphanie Valensi, avec Marc Bernard, Marc-Henri Boisse, Guillaume Londez, Boris Winter au violon.
Le titre est rassurant, et puis c’est du super Grumberg un amant de la langue française. Miraculeusement court, oui, mais diaboliquement aimable avec au départ des mots toqués se cognant, voire loufoques : c’est ainsi que démarre notre Grumberg-ci. Mais les lumières sont celles de nos mauvais rêves. La voix off reprécise ce qu’a été l’existence de ce Grumberg-là. Suivent les confessions de l’homme dont la vie a été rognée au départ puisqu’il est né quand il ne fallait pas, dans le pays qu’il ne fallait pas, de parents qu’il n’aurait surtout pas fallu avoir… destinés aux camps de concentration. Notez que l’auteur s’est confié à nous en voix off dans une de ces pénombres qu’il aime. Un homme au centre du plateau, assis sur une chaise, vêtu d’un vrai-faux pyjama alias uniforme de prisonnier pour camp ; à sa droite un monsieur très comme il faut vient et revient, sa voix est grave donc rassurante. Est-ce un médecin ou un psy-quelque chose ? A la gauche de l’homme assis, une dame en noir et un peu triste lui explique et ré-explique toujours tout : d’où il vient et surtout ne vient pas, le fils minimaliste qu’il a été et risque de rester. Et toujours ce texte à la limite du cocasse, mais qui ne permet pas à l’homme pieds nus assis sur sa chaise de se lever et de venir vers nous, tant il est « oui Maman, mais… ». Il ne le fera qu’à la toute fin avant que le rideau (qui n’existe pas) se ferme. Alors, très maladroitement, il se sera mis debout, mais prêt à basculer en avant. Maman, au secours ! Le secouriste c’est ce violoniste visible ou semi-caché dans le noir, qui joue divinement bien de son instrument et éclaire tout.
Lucernaire, Théâtre Rouge, du mardi au samedi à 18h30, jusqu’au 21 juin. Réservations : 01 45 44 57 34