16 juin 2014

Mes prix littéraires, de Thomas Bernhard

Traduit de l’allemand par Daniel Mirsky, mise en scène et scénographie : Olivier Martinaud, avec Laurent Sauvage et Olivier Martinaud
Gageure ou performance, ces termes excessifs ne le sont pas cette fois-ci tant ils sont devenus amis intimes. Rarement nous a été offert un spectacle si court où deux comédiens seuls en scène restent l’un après l’autre au centre parfait du plateau sans éléments de décor non plus qu’ accessoires, tous deux pourtant si différents et si complémentaires ; mis à part le précédent épisode au même titre et dont l’étonnant Claude Aufaure est à l’origine. Thomas Bernhard est un personnage fascinant, un révolté attendrissant et un écrivain pour qui chaque mot compte autant que le souffle qui lui aura manqué, lui pour qui chaque seconde d’une vie plus que fragile a compté. Donc que valent et à quoi servent les prix littéraires si ce n’est à cirer les bottes d’auteurs qui en éprouvent un besoin ressemblant à un prurit ? Bien sûr les prix sont accompagnés de subsides dont les artistes ont tant besoin puisqu’ ils ne sont pas subventionnés et qu’ils n’ont plus pour mécènes ces princes ou empereurs éclairés à la cour desquels ils pouvaient vivre. L’humour corrosif de Bernhard soulage et rend percutante et vengeresse cette dénonciation de la lâcheté proverbiale des gens décrétés « de très grand talent » encensés en permanence, et sans lesquels… bla-bla-bla. Nous sommes sortis du Lucernaire, il faisait nuit, mais le ciel était bleu-bleu-bleu. Danke !
Lucernaire, jusqu’au 5 juillet, du mardi au samedi à 19heures, réservations : 01 45 44 57 34.