25 août 2014

Faute d’impression, une histoire de traductrice

Solo pour une comédienne
Ecrit et interprété par Laurence Sendrowicz
Mise en scène et scénographie : Naf Salah, musique originale : Meir Salah et Yaacou Salah, lumières Pascal Noël, costumes : Esther Marty- Kouyate.
Cette pièce est une bénédiction, mais dans quel petit purgatoire sommes-nous plongés quand nous tentons de vous expliquer pourquoi et comment elle nous a transportés. Il y aurait peut-être une solution : aller la revoir avec des amis. Le texte original dont il ne faut surtout pas croire que faute signifie erreur mais manque de, est dû à un auteur qui a choisi de vivre en Israël après un baccalauréat obtenu en France et dont le premier spectacle datant de 1982 a pour titre : « Tirez pas, je suis pacifiste ! ». « Personne ne m’a téléphoné pour me prévenir que je tremperais ma plume dans du poison ». Le poison ? Celui qui a incité tant d’auteurs de théâtre et de romanciers à faire allusion à un « passé indicible », comprenez la Shoah. Mais cela ne sera surtout pas dit parce que personne n’en a besoin et donc ce serait de parfait mauvais goût. Les rapports entre l’écrivain et son éditeur célèbre sont pleins d’humour et également d’une vraie drôlerie et d’une intelligence fascinante. Les allusions à la famille donc aux enfants de l’auteur vous toucheront. Le livre, ce texte que la comédienne-auteur n’arrivera finalement pas à traduire et qui ne sera donc pas publié deviendra des dizaines de feuilles format vingt-et-un-vingt-neuf-sept jetées en l’air et qui aboutiront sur le plateau comme des feuilles d’automne qui avant d’atterrir tourbillonneront quelques secondes gracieusement. L’équipe responsable de ce spectacle est étonnante tant on sent et comprend qu’elle navigue comme au plus près de nous autres qui une fois encore nous sentons chez nous dans cette Manufacture à la programmation que nous admirons régulièrement, la direction sachant prendre des risques. En cette fin d’août où tant de théâtres parisiens archi-courus ont cadenassé leurs portes (d’accord on y répète activement) et que tant d’autres reprennent sans aucun risque des succès archi-confirmés que nous ne citerons surtout pas : nous serions comblés de savoir que vous y avez plus qu’aimé ce qui se donne - heureusement tôt - jusqu’en octobre à Montmartre…le soir !
La Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 18ème. Du mercredi au samedi à 19 heures. Réservations : 01 42 33 42 03.