07 décembre 2014

Thérèse l’universelle

Pièce de Michel Pascal, avec Justine Thibaudat et Marie Lussignol en alternance.
Benoît Saint Hilaire présente cette pièce en accord avec Niwis Production.
La comédienne a investi son texte avec ferveur, enthousiasme et jubilation. Elle dynamise la deuxième pièce que cet auteur a écrite concernant cette jeune fille dont il est éperdument amoureux. Et il n’est pas le seul. Très vite après sa mort, elle a suscité un engouement extraordinaire qui n’a pas cessé depuis. Rapidement canonisée par une Eglise aux normes alors très exigeantes, son culte ne se dément pas suscitant dévotions, grâces et miracles. Parmi ces derniers, certains officiellement reconnus, d’autres beaucoup plus nombreux restant ignorés.
Née mademoiselle Martin dans une famille atypique qu’aujourd’hui on pourrait qualifier de « caste » tant ses membres vivaient dans une certaine symbiose à la fois assez éloignée du monde réel, et pourtant très présente à ce que l’on pourrait appeler « le siècle ». Entre ciel et terre pourrait-on dire.
Sourire d’enfant aux lèvres, l’air mutin et ravi, selon les photos dites « officielles » prises de face comme à l’époque, Michel Pascal la voit plutôt « de biais », sous un angle singulier qui révèle d’autres perspectives. Il est sensible à son pas de nonne aux sandales douces mais résistantes, à ses cheveux de gamine peut-être légèrement bouclés comme ceux de ses sœurs, elles-mêmes toutes nonnes, bien sûr. A d’autres détails aussi, petits mais révélateurs qui, habilement utilisés et bien mis en valeur dans la pièce, campent au final un personnage assez différent de l’imagerie habituelle. La fascination qu’a suscité Thérèse au siècle dernier et qu’elle suscite toujours est surprenante et révélatrice aussi de l’évolution du culte dont elle fait l’objet. L’aspect dévotionnel et populaire de celui-ci s’estompe aujourd’hui quelque peu (disons peut-être plus justement qu’il évolue ) au bénéfice d’une spiritualité paradoxalement plus concrète, d’une théologie toute à la dimension de la Sainte : d’une merveilleuse simplicité, d’une humilité confondante et d’une fermeté étonnante. Ce que fait bien sentir la pièce.
Une petite sœur Thérèse aux antipodes de celle que l’on nous donne à voir dans presque toutes nos églises entourée d’une multitude de cierges : statue immense et corps raide, au visage de poupée Barbie, d’un goût discutable. Espiègle comme elle l’était, elle doit en pouffer de rire là-haut, elle qui n’aura peut-être jamais eu le temps de pratiquer la dérision de l’adulte qu’elle savait ne jamais devenir.
Mais pourquoi l’universelle ? Tout simplement parce que la petite sainte peut à tout moment être rencontrée par quiconque, même si parfois on la prend pour ce qu’elle n’est pas.

Eglise Notre Dame des Champs
: 27, rue du Montparnasse, Paris 6ème. Infos et réservations : www.thereseluniverselle.net et au 07 82 92 18 82. Lundi et mardi à 17 h et 20 h 30 mercredi à 20 h 30, jeudi, vendredi à 14 h 30 et 20 h 30, samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h 30.