28 avril 2014

Les Mouettes d’Etretat, de Bernard Sinclair

Avec Bernard Sinclair et Hadi Rassi, mise en scène de l’auteur.
Pièce-falaise, mais station pas exactement balnéaire, où le vertige vous guette vite et les mouettes caquettent. Qui a dit que les oiseaux chantent pour rendre hommage au créateur du ciel, de la mer et donc de l’univers ? Cette pièce se passe dans une prison où se retrouvent deux hommes aux destins qui n’avaient rien de commun : l’un a peut-être l’âge d’être grand-père et l’autre est trente ou quarantenaire : pourquoi sont-ils incarcérés et que ce châtiment va-t-il leur faire comprendre, si l’on croit aux vertus de l’incarcération et du purgatoire que constitue une cellule ? Notez que la scène du Guichet-Montparnasse n’est pas un enfer mais plutôt un lieu où toutes sortes de lumières pourront se faire. Mais qu’ont-ils à se dire, ce senior chaleureux aussi remarquablement intelligent que lucide et son codétenu laconique, du moins au début ? Pourtant c’est parti et vous ne décrocherez pas, car il est question de justice et de la façon dont, de nos jours, beaucoup tentent de ne surtout pas la reconnaître ni de s’y soumettre, prétextes et faux-prétextes, comptes en banque et fausses-bonnes raisons à l’appui. Les répliques et les échanges entre les deux hommes deviennent ravageuses, à vous faire rire, ou pouffer de... ! Donc rires de mouettes ? L’auteur et comédien principal vous sidèrera et vous vous direz qu’il a parfaitement choisi son partenaire : normal puisqu’ il a tant de cordes fermes à son arc du genre arc-en-ciel. Pardon nos mouettes, vous vouliez dire quoi d’autre encore ? Notez à la craie blanche (d’Etretat ?) sur votre tableau : « à voir » et puis soulignez.
Théâtre du Guichet Montparnasse, les vendredis et samedis à 22 heures, les dimanches à 18 heures. Réservations : 01 43 27 88 61.

24 avril 2014

L’aide-mémoire, de Jean-Claude Carrière

Mise en scène de Patrick Courtois, avec Guylaine Laliberté et Michel Laliberté
C’est elle Suzanne qui va remettre en marche la mémoire de Jean-Jacques, homme à l’emploi du temps et au mode d’emploi organisés et aux relations amoureuses aussi bien gérées que raisonnables. Elle vient s’installer dans son studio, genre garçonnière, et s’est allongée dans son lit, ayant investi aussi son placard à habits et planté son sac de voyage au milieu de la scène. Que va-t-il lui arriver et que va-t-il leur arriver… l’idée de départ est amusante : donc ce qui pourrait n’être qu’un match deviendra-t-il une love-story ? Allons-nous marivauder ou bien J-J convoquera-t-il les flics pour avoir une certaine paix chez lui ? Ou encore aurons-nous une happy end ? La pièce habile (peut-être même trop puisque si bien ficelée) a des épisodes touchants, surtout quand Elle Lui déclare qu’elle vit en couple avec un homme richissime et avec qui elle a des projets énormes, pour ensuite avouer qu’elle lui a... et c’est un des meilleurs moments de la pièce puisqu’on bascule dans le vrai rêve. Lui va se déboutonner au propre autant qu’au figuré, pour jeter l’éponge, abdiquer et avouer qu’elle a gagné le match : Elle, finaude perturbatrice et perturbée et Lui, mâle finalisé. Présentée en cette saison dans deux théâtres parisiens aux programmations exigeantes, cette pièce touchante, malgré ses rythmes légèrement déconcertants va faire ‘carrière’, c’est sûr à Paris jusqu’au 10 juin et en Avignon à l’Essaïon-Avignon et de nouveau à l’Essaïon-Paris d’octobre 2014 à janvier 2015.
Théâtre Essaïon, lundi et mardi à 20 heures.
Réservations : 01 42 78 46 42.

14 avril 2014

« Moi, le Mot » d’après un texte inédit de Matéi Visniec

Mise en scène de Denise Aron-Schröpfer avec Rebecca Forster, Eva Freitas et Aurélien Vacher.
Au départ il y a le repérage, la rencontre et la confrontation avec toutes les sortes de mots qui façonnent les êtres humains même avant leur naissance, permettant à l’univers et à toutes ses fenêtres de s’ouvrir ou de se fermer si besoin est, ce dont nous ne sommes pas forcément sûrs. Evangile selon Saint Matéi, pensez-vous. Visniec qui joue avec eux comme au ballon est à genoux devant eux, les berce, leur fait des pieds de nez, les empoche, les ressort de ses poches où il ne sait plus pourquoi ils y ont atterri. Ils sont devenus des alliés : des mouchoirs, des foulards à ne surtout pas trop agiter dans le mauvais sens, mais dont on s’entoure pour ressembler à des sorcières ; il ne manque que le balai qu’on enfourche et qui nous permettra de traverser le ciel et ses nuages. Bien sûr cet auteur incomparable a été comparé à tous nos surréalistes, contemporains ou pas. La liste serait trop courte ou trop longue ; ne nous la donnez pas. On n’est plus au collège ni au lycée, et les amoureux de Prévert ne se font pas photographier encravatés non plus que de face. Trois sur scène cela donne deux jeunes charmantes hyperactives et leur indispensable Roméo Prince de Homburg aux cheveux bouclés, tout aussi imprévisible que récupérable avec pour double et partenaire son violoncelle à la queue pointue rétractable. Face à ces jeunes dames aux grands yeux et jolies robes, ou à côté d’elles, il nous offre les siens : la petite salle du charmant théâtre cligne aussi de tous les siens. Mais il faut sortir parce que du trottoir parviennent les voix de ceux qui, billets en mains, font la queue pour le spectacle suivant. Dieu soit loué, celui-ci vous est proposé à Paris jusqu’au 11 mai et il se donnera à Avignon-festival-off cet été.
Théâtre du Guichet-Montparnasse, vendredi et samedi à 19 heures, dimanche à 18 heures. Réservations : 01 43 27 88 61.

10 avril 2014

Total danger, de Romain Gary

Adaptation et mise en scène de Jean-Pierre Bernard, avec Jean-Pierre Bernard ; lumières de Patrice Le Cadre
Jean-Pierre Bernard est plus qu’habité, investi par Romain Gary ; il s’est fait adopter par lui au point de lui ‘faucher’ (mais on est persuadé que l’auteur est d’accord) ce roman probablement volontairement inachevé. Il en fait un moment de théâtre fulgurant. Il est devenu Gary et ses doubles, et nous autres ne savons qui admirer : l’adaptateur, le comédien cet être si élégant, homme à la voix et aux intonations tellement justes, tout cela dans une mise en scène qui n’en est pas vraiment une, tout y étant si naturel et parfois comme improvisé. Vous vous demandez peut-être pourquoi le titre ou le sous-titre est aussi Fuckberger… A notre avis ne vous demandez surtout rien, même pas comment Jean-Pierre Bernard s’y est pris pour mener à bien ce projet qui comptait évidemment tellement pour lui, le temps précieux et le travail que cette réussite lui ont demandé. Mais dites à vos amis et aux amis de vos amis d’aller vite l’aimer au Théâtre du Nord-Ouest.
Théâtre du Nord-Ouest, dates et réservations : ww.theatredunordouest.com, tél : 01 47 70 32 75.

07 avril 2014

Variations sur Hiroshima mon amour

Texte de Marguerite Duras, mise en scène de Patrice Douchet
Avec Dominique Journet Ramel. Précisons que Dominique est une dame comme le sont d’autres Claude(s) et Camille(s).
Embrouillaminis dans une mise en scène et en espace multi facettes et encombrées, donc un comble sur cette scène où l’art doit jongler avec, ou se marier à l’essai. Mais il s’agit de variations et Alain Resnais, patron et ange gardien du tout, n’est plus hélas ici-bas. La Marguerite a regrimpé dans les cintres il y a des lustres, elle qui nous renvoyait aux nôtres. Au départ il y a forcément un homme et une femme : avec une initiation pour elle, juste pubère, et une redécouverte pour lui, asiatique initié. Sur le plateau ça s’allume et ça va brûler. Sur l’écran on lit des messages politico-intello-scientifico, et quoi d’autre encore ? Non-non Marguerite, vraie Donnadieu, n’habite pas dans la Somme ; elle vient et revient d’un pays… La comédienne s’active, change drolatiquement de tenues, les éclairages malins interviennent de façon intermittente à jardin et à cour, donc tout fonctionne mieux que très bien, mais pour quelles raisons sortez-vous de ce spectacle en vous frottant les yeux? Ne nous dites surtout pas que devant votre écran ou votre ordinateur chéri vous serez retournés à Hiirrô-shiima et que… « Pourquoi nier l’évidente nécessité de la mémoire ? » telle est la « notice à lire de préférence avant le spectacle » que propose le metteur en scène.
Théâtre Lucernaire du mardi au samedi à 18h30. Réservations: 01 45 44 57 34.